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Une vie sociale à Cabriès, grâce à un bus anglais

Par Agathe Perrier, le 20 juin 2023

Journaliste

Baptisé Roberts, le bus à impérial a auparavant servi dans le réseau de transport de la ville de Birmingham en Angleterre © Agathe Perrier

Au pied du Piton sur lequel se perche Cabriès, commune des Bouches-du-Rhône, un bus à impériale s’est installé. Non pas pour assurer des trajets, mais pour héberger un café associatif. Tenu par l’association A+ dans le bus, il s’est pleinement intégré dans le quotidien des habitants. Si bien qu’ils sont prêts à tout pour le garder, alors que son avenir est dans le flou. 

 

Depuis quatre ans tout pile, un bus rouge à étage, typique de l’Angleterre (“double-decker bus”), a pris ses quartiers en contrebas du centre-ville de Cabriès, village de quelque 10 000 habitants. Plus précisément, juste à côté du groupe scolaire, de la bibliothèque, de l’école de musique et du marché. Un emplacement qui ne laisse rien au hasard. « Ça faisait quinze ans que nous, parents d’élèves, nous plaignions qu’il n’y avait aucun lieu où nous poser, notamment aux horaires d’entrée et de sortie de classe. À force de ressentir ce besoin, on a décidé d’y répondre », se rappelle Sylvie. Elle fait partie de la vingtaine de membres fondateurs de ce projet qui s’est très vite concrétisé. « Une fois que l’on a pris cette décision, on s’est réuni dès le week-end suivant avec l’idée de monter un café associatif dans un bus ».

 

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Les traces de la première utilisation du bus ont été conservées, comme les anciens sièges où les écriteaux en anglais © AP

Dear Roberts

Dans la foulée, l’association « A+ dans le bus » a été créée. Et le véhicule – baptisé Roberts – est arrivé à peine trois mois plus tard. Tout droit venu de Birmingham, au cœur de l’Angleterre. Un périple de près de 1 500 kilomètres, pas de tout repos vu l’étroitesse de certaines routes de la campagne aixoise. Il a été financé par une campagne de crowdfunding qui a permis de récolter plus de 26 000 euros.

« Auparavant,il a servi dans les transports. On a d’ailleurs laissé pas mal de traces de son histoire à l’intérieur », glisse Marie-José, l’une des membres de l’association. Comme le numéro de la ligne qu’il a longtemps desservie – la 604, qui n’existe plus aujourd’hui –, des petites affichettes rappelant les règles à suivre à bord (« No smocking », « Do not distract the driver ») et même d’anciennes banquettes en tissu, témoins d’une autre époque.

 

 

Du transport au café

Le bus a connu un bon coup de propre avant d’être réaménagé de sorte à coller à sa nouvelle activité. À son ouverture en septembre 2019, après une inauguration le 22 juin, il n’a vocation  qu’à proposer cafés et boissons. Mais suite au Covid, décision a été prise d’assurer un service de petite restauration le mercredi midi.

En cuisine, c’est Anne, salariée de l’association, qui est aux fourneaux. Elle élabore ses petits plats en fonction des produits de saison et se fournit auprès des commerçants locaux. Que ce soit pour les fruits et les légumes, les œufs ou le pain. Au menu de ce mercredi de juin : wraps, tartines ou encore poke bowls. Sans oublier les fameux cookies, marque de fabrique de l’association. Le tout est vendu à prix réduit – 5 euros le plat, 1,30 euro le biscuit… Les actifs des structures avoisinantes se mélangent aux habitants pour déjeuner. Tous les âges se confondent, des enfants en bas âge aux seniors. « On ne vient pas manger ici parce que ça dépanne, mais car on aime bien ! On sait qu’on va passer un bon moment », apprécie Domi, habituée du lieu.

Les clients peuvent profiter en plus d’une belle terrasse fabriquée par l’équipe de bénévoles. C’est également le cas d’une partie du mobilier – le reste provenant de la récup.

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L’association peut compter sur de nombreux bénévoles pour assurer le fonctionnement du café associatif © AP

 

Combler un manque

Sophie, elle aussi cliente régulière, se souvient du temps, pas si lointain finalement, qui a précédé l’arrivée du bus. « Il n’y avait rien à Cabriès, pas un même un café ou un bar ». Un manque que l’association a voulu combler en organisant chaque semaine de nombreuses activités, en journée comme en soirée. Club de lecture, atelier couture ou théâtre, soirée jeux de société, cours de danse, concerts… La programmation est d’ailleurs ouverte aux suggestions et propositions de tous.

Les plannings mensuels sont généralement chargés, mais l’association peut compter sur une bonne trentaine de bénévoles actifs pour les assurer. À l’instar de Chantal qui, fraîchement installée à Cabriès il y a de cela trois ans, a pu pleinement s’intégrer à sa nouvelle vie grâce au bus. « Sans cet endroit, je ne connaîtrais personne ! Il permet de rompre la solitude », souligne-t-elle. Tous les adeptes louent son côté convivial. « Il répond à un réel besoin de rencontre. C’est tout ce qu’il manquait hier », estime Elena.

 

 

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Sophie et Domi, adhérentes fidèles et assidues du bus, font partie de son collectif de défense © AP

Touche pas à mon bus !

Reste que le flou plane sur l’avenir de Roberts. Le bus doit en effet déménager. « On devrait à terme intégrer la nouvelle place que la mairie va aménager », glisse Marie-José. Car avec la fin du chantier du groupe scolaire, attendu depuis plus de 20 ans (bonus), des travaux ont été programmés aux abords, notamment là où est stationné le véhicule.

La municipalité de Cabriès souhaite y créer une place où s’installeraient différents commerces. Dont le bus, comme l’affirme la maire, Amapola Ventron (Génération écologie), contactée par Marcelle. Et d’expliquer : « On est en train d’analyser les offres des architectes puis on attribuera le marché courant juillet. Il faudra déplacer le bus pour réaliser les travaux, qui devraient s’achever en 2025. On ne sait pas encore où il ira exactement pendant cette période. Il sera peut-être d’abord à un endroit puis à un autre au fil de l’avancée. Il y a beaucoup de paramètres que je ne maîtrise pas pour le moment. Je comprends que ça crée l’émoi, mais il faut que tout le monde soit souple ».

Cette situation inquiète du côté de l’association, aussi bien l’équipe que les bénévoles et les consommateurs-clients. Ils l’ont d’ailleurs fait savoir lors du dernier conseil municipal via une « manifestation calme ». « On a rempli la salle en silence, pour montrer à la mairie à quel point les habitants aiment le bus », précise Sylvie.

Puisque tous semblent partager la même volonté de voir le café associatif perdurer, tout ne devrait être qu’une question de temps et d’organisation. En attendant d’en savoir plus, le bus fermera ses portes début juillet – ses périodes de vacances collent à celles de l’école. Avant de rouvrir, tout le monde l’espère bien, à la rentrée. ♦

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Le café associatif fermera cet été à la fin de l’année scolaire et devrait reprendre son activité à la rentrée © AP

 

Bonus

  • Adhérer à l’association – Le tarif annuel est de 2 euros pour les étudiants, 5 euros pour une personne et 10 euros pour une famille. Le planning est mis à jour régulièrement sur la page Facebook de l’association en cliquant ici.
  • Le nouveau groupe scolaire, ou l’Arlésienne de Cabriès – Depuis le début des années 2000, les équipes qui se sont succédé à la tête de la commune ont eu pour projet de réhabiliter le groupe scolaire (écoles maternelle et primaire) du quartier Saint-Pierre. Plusieurs ont été proposés au fil du temps. À son élection en 2020, Amapola Ventron a choisi de conserver celui de la précédente mandature pour le voir enfin se concrétiser. Les travaux ont démarré début 2021 et la livraison est pour cette rentrée 2023. « Il aurait fallu prévoir un schéma global et repenser les mobilités et espaces publics aux abords. Mais ça n’a pas été fait », regrette la maire. C’est pourquoi elle a lancé un projet d’aménagement d’une place comprenant des commerces. Celle-là même où devrait s’installer le bus, ainsi qu’une supérette ou encore une aire de jeux pour enfants.