[Série] Pollution de l’air #1 : Marseille sur le point d’adopter Crit’Air
Par Olivier Martocq, journaliste
Marseille est la ville la plus polluée de France ! Cette affirmation largement relayée par les réseaux sociaux, mais aussi par les médias, n’est guère étayée. Elle se fonde sur des études que seuls les spécialistes sont capables de décrypter, car ce qui est vrai pour un type de polluant ne le sera pas pour d’autres. Et personne ne peut affirmer le ou lesquels sont les plus nocifs pour l’organisme, quel est le risque réel encouru ni même à partir de quels seuils de pollutions on s’expose. Marcelle m’offre de la place et du temps pour me plonger à bras le corps dans cette thématique casse-gueule.
Le premier volet est publié aujourd’hui parce que : 1/J’ai été destinataire d’une étude passionnante menée à Lille via de nouveaux outils de mesure. 2/Un point étape du projet franco-italien CLIMAERA 2017-2020 cherchant à établir s’il existe un lien entre le changement climatique et la qualité de l’air est présenté aujourd’hui. 3/ Surtout j’ai un scoop : comme à Paris, Lyon ou Lille, la vignette Crit’Air va être déployée ici… avec près de trois ans de retard.
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50 jours à des niveaux supérieurs au seuil de l’OMS
Concernant les particules fines, les fameuses PM 2,5 et PM 10 qui provoquent ces dernières années les inquiétudes les plus vives de la communauté scientifique concernant leur dangerosité pour l’homme : en 2018, les Marseillais ont été exposés plus de 50 jours à des niveaux supérieurs au seuil recommandé par l’organisation mondiale de la santé (OMS). Lille a fait encore moins bien avec 60 jours. Mais, confrontée à des problèmes récurrents de qualité de l’air, la capitale du nord s’est engagée à déployer d’ici la fin de l’année des zones à faible émission. Pour cela, les véhicules les plus polluants seront exclus progressivement des rues. Pas question de se fier aux constructeurs, une start-up a mis au point un radar révolutionnaire qui donne en temps et en situation réels la pollution de chaque véhicule, captée directement derrière son pot d’échappement. Testé en secret sous le nom de code “Meet Pampa”, le dispositif a prouvé son efficacité et mis à jour quelques vérités dérangeantes sur les émissions réelles de particules fines. Loin, très loin des seuils autorisés pour les normes Euro 6, 5 ou 4 établies par les constructeurs.
La première étude en conditions réelles de circulation
Rincent Air (un bureau d’études indépendant spécialisé depuis 20 ans dans l’étude et la mesure de la qualité de l’air) a mené en 2016 une campagne de mesure des ![[Série] Pollution de l’air #1 : Marseille sur le point d'adopter Crit'Air 1](https://www.marcelle.media/wp-content/uploads/2019/04/serie-pollution-de-lair-1-marseille-sur-le-point-dadopter-critair-2.png)
Parmi les autres enseignements : Les motorisations fonctionnant avec de l’essence ont le plus d’influence sur les concentrations de CO et de HC / Les motorisations diesel ont une influence plus importante sur les concentrations en NO et en particules / Les concentrations en CO2 dépendent davantage des autres motorisations, en particulier les motorisations hybrides essence/électricité et diesel électricité / Plus une voiture est « puissante », plus elle émet du CO2 et des HC. A l’inverse, plus elle est puissante et moins elle est émettrice de NO et de particules.
L’étude a également montrée que les normes Euro lancées pour les premières en 1992, et pour la dernière Euro 6 en 2015 ont permis tout d’abord une réduction importante du CO, des HC et des NOX des véhicules à moteur essence, tandis que les récentes ont réduit significativement les particules sur les véhicules à moteur diesel.
Le casse-tête des vignettes Crit’ Air
La loi d’août 2015 relative à la Transition énergétique pour la croissance verte donne aujourd’hui la possibilité aux collectivités françaises d’adopter un dispositif appelé « Zones à circulation restreinte ». Ce dispositif constitue un espace délimité dans une agglomération où la circulation est limitée pour réduire les émissions polluantes issues du transport routier. Cette restriction de circulation concerne les véhicules ne répondant pas à certains critères liés à leurs émissions (type de motorisation, âge/norme Euro). En fonction de ces paramètres, les automobilistes doivent acheter un certificat de qualité de l’air (appelé vignette Crit’Air) qui classe les véhicules en 6 catégories (7 en tout puisque les véhicules les plus anciens n’ont pas accès à cette vignette). Or, ce que démontre l’étude lilloise c’est qu’environ la moitié des grands émetteurs de pollution testés étaient des voitures relativement récentes (normes Euro 4, Euro 5, Euro 6) indépendamment de leur type de carburant (essence/diesel). Car, au-delà du problème de représentativité en conditions réelles des cycles de conduite sur banc d’essai, sur lesquels se basent les constructeurs automobiles pour respecter les seuils d’émissions réglementaires, au-delà de leur triche, d’autres facteurs non mesurables peuvent expliquer ces surémissions en polluants : le type de conduite (écoconduite, conduite sportive) / le régime moteur / le poids du véhicule (nombre de personnes dans le véhicule) / l’entretien du véhicule (filtre à particules notamment). Ainsi, les paramètres dynamiques de conduite (couple conducteur/conduite) seraient des facteurs tout aussi déterminants dans la variabilité des émissions mesurées que les paramètres intrinsèques du véhicule. D’où mon questionnement sur la pertinence des mesures de restrictions sur le point d’être annoncées à Marseille, ville populaire dont 30% des véhicules seraient hors clous… En revanche, l’intérêt du radar anti-pollution développé par Étienne de Vanssay, testé à Lille, est, entre autre, d’alerter automatiquement l’automobiliste par courrier que son véhicule est mal réglé et pollue trop. ♦