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La réinsertion de SDF par le sport
Tous les médias en ont parlé… avant la course ! Ce 40e Marseille-Cassis a accueilli une équipe de « Sans Domicile Fixe » coachée pendant deux mois par de vrais pros : Benoît Z, ancien détenteur du record d’Europe de marathon et Joseph Mahmoud, médaillé olympique en 1984 dans le 3 000 mètres steeple. Au-delà de l’opération de com’, l’objectif était de redonner confiance à des hommes en déshérence. Pari gagné pour quatre d’entre eux.
Salut confraternel pour commencer à Benoît Gilles auteur d’une pleine page dans la Provence des sports le week-end du 20 octobre, qui a capté l’attention de toute ma profession. Son article intitulé Le running pour sortir de la rue a lancé nombre de reporters sur les traces des SDF dont il évoquait les parcours. Et, à quelques jours de l’épreuve mythique, m’a conduit pour France Inter devant La Bagagerie, un local qui permet à quarante d’entre eux de bénéficier de casiers sécurisés pour entreposer leurs affaires, mais aussi d’accéder à des ordinateurs.
Une campagne de financement participatif

Stopper les addictions à la drogue, l’alcool…

Le sport passerelle vers la réinsertion !

Le groupe a compté jusqu’à 15 personnes mais, au final, quatre seulement sont allées jusqu’au bout de la démarche (résultats des courses en bonus). « C’est difficile pour eux d’avoir une vision à moyen ou long terme. La notion d’avenir n’est pas la même. Ils vivent au jour le jour », reconnaît Alexandre Sanz. Mais, poursuit-il, « le sport est porteur de valeurs positives. Il oblige à prendre soin de son corps, à réduire les addictions à l’alcool, les drogues, ou même la clope. Surtout, il permet de retisser le lien social car on fait partie d’un groupe, de la communauté des runneurs, où ce qui compte n’est pas qui on est mais ce que l’on est capable de faire sur une course ». Sébastien et Jean-Marc font partie des plus assidus. À la rue depuis plus de dix ans, ils reconnaissent que ce qu’ils vivent depuis plusieurs mois leur a permis de retrouver confiance en eux. Après un trail dans le Verdon cet été, Sébastien, particulièrement affuté physiquement, a ainsi trouvé du travail dans un camping avant d’être pris en stage d’insertion professionnelle par l’UCPA. « Quand on dort dehors, avec le vent, la flotte, la peur permanente de l’agression qui fait qu’on dort peu, oui on est motivé quand on nous donne cette chance ! » Jean-Marc, qui « zone depuis 10 ans », s’est rappelé qu’avant, il avait un métier, coffreur dans le BTP, et désormais il aspire à retrouver un emploi. « Ça m’a redonné confiance et ça m’a remotivé. Je vais avancer, faire des choses constructives »… ♦
* Le FRAC Fonds Régional d’Art Contemporain parraine la rubrique « Société » et vous offre la lecture de cet article dans son intégralité —
Bonus
- Les temps des coureurs de cette équipe formidable : Seb 1h52, Jean Marc 1h53, Zdenek 1h54, Mouloud 2h53, l’entraineur Alexandre 1h53.
- Étude, Sensibilisation et Prévention de l’errance (ESP’errance) est créée en avril 2008 par d’anciens bénévoles du SAMU social de la Croix Rouge. Les projets initiés par l’association se fondent sur les besoins exprimés par des personnes en situation d’exclusion, l’association s’efforce de valoriser leur parole.L’idée d’une bagagerie a germé fin 2009 suite à différents temps d’échanges avec des personnes sans-abri autour de la question de leurs besoins et des dispositifs de prise en charge existant sur Marseille. Ces dernières ont très rapidement pointé du doigt la contrainte majeure que représente le fait de devoir garder avec elles chaque jour leurs bagages et effets personnels. Car, contrairement aux idées reçues, les personnes sans-abri possèdent des effets personnels qui peuvent avoir une valeur monétaire ou pas, mais qui quoi qu’il en soit, ont une valeur à leurs yeux. Elles sont constamment en tension entre la nécessité de garder ces bagages en sécurité avec elles et la volonté d’aller et venir comme tout un chacun.Qu’il s’agisse de structures d’accueil dédiées aux personnes sans-abri, dont l’accessibilité à des consignes (lorsqu’elles existent) reste très limitée où encore de structures marchandes de type sncf ou box qui sont très coûteuses, les solutions institutionnelles existantes sont peu satisfaisantes. D’où ces remarques : « Je ne peux pas me déplacer », « Je prends du retard dans mes démarches administratives », « On m’a proposé d’aller au théâtre mais je ne peux pas laisser mes affaires », « Quand je marche avec mes affaires ou quand je prends le métro, je vois que les gens me regardent et je me sens mal »…
Le projet était lancé !