Société
Jours de confinement #S6
Très en vogue les premiers jours, les chroniques sur le confinement signées par des stars de la littérature, de la politique, du sport ou de la pensée se sont progressivement interrompues. Les médias se sont rendu compte – via les systèmes de calcul de l’audience- que ça n’intéressait plus les lecteurs (ou les auditeurs). En dehors de quelques égocentrés qui partagent chaque jour leur quotidien sur les réseaux sociaux, cette page « covidique » est tournée. Sur Marcelle, l’aventure -programmée au départ pour un mois- se poursuit car les lecteurs sont au rendez-vous et réclament la suite. Cela tient sans doute à l’éclectisme tant par l’âge, les professions et les modes de vie des membres de ce club de course à pied. Ces récits sans filtre illustrent la palette de nos comportements, émotions, questionnements face à une situation inimaginable il y a encore… trois mois. Une éternité !
Alexy : « Mon challenge, une heure et demi de muscu chaque jour »

Alain : « À 24 heures près, l’antenne était immergée par moins 2 500 mètres ! »
Alain est une énigme pour moi. Ingénieur au CNRS, il est spécialiste de choses que je ne comprends pas. Au détour de la conversation, j’ai ainsi appris que les astronomes se servaient d’antennes de 400 mètres de hauteur, immergées dans les grandes profondeurs. « Pas de rayonnement parasite et l’eau est un milieu transparent. C’est logique ». Lui qui alterne entre le laboratoire, le pont d’un navire et des conférences, se retrouve un peu à l’étroit confiné en télétravail. « Je suis très inquiet pour les PME que nous faisons travailler. Certaines, totalement à l’arrêt en ce moment ne se relèveront pas. Je dois tout faire pour les aider ». Il sort peu car sa femme est considérée à risque. Cuisine beaucoup, avec maestria. Regarde des films en noir et blanc des années 60. À défaut de course dans la colline proche, il accompagne sa fille dans ses séances d’abdos-fessiers : « 45 minutes à suivre une gymnaste sur Youtube, jamais je n’aurais imaginé faire ça ! C’est éreintant ». Il s’inquiète pour ses oliviers des Mées. Son autre grande passion car il est aussi oléiculteur professionnel. Chaque année, on va jouer du râteau dans ses arbres au moment de la cueillette – une faveur, car j’ai appris qu’il gardait une petite parcelle pour nous faire plaisir, tandis qu’avec les pros, il s’attaque au « vrai travail ». Mais on l’accompagne avec notre récolte au moulin. Son huile d’olive “Les Mées” se retrouve dans les cuisines des plus grands chefs. Et donc aussi les nôtres…
Ana Maria : « J’ai un peu baissé les bras ! »

Thierry : « C’est curieux la vie ! »

Marco : « Je vais suivre vos perfs à distance ! »

Isabelle : « Je suis officiellement en vacances, mais rien n’a changé ! »
Je fais partie de ceux qui – par a priori- estimaient que les profs avaient la « belle vie ». Les témoignages entendus depuis le confinement que ce soit ceux de parents débordés ou ceux de professeurs en burnout ont été une claque. Celui du jour est signé par la très flegmatique Isabelle : « Quelle différence entre travailler à la maison et être en vacances à la maison ? Aujourd’hui je ne sais plus trop, les vacances scolaires sont là depuis deux semaines mais rien n’a changé : les appels professionnels s’intercalent entre les séances de travaux domestiques, et les moments de détente. Serait-ce un aspect pervers du télétravail ? » Mais pour la maison, que du bonus ! Les travaux mis en attente depuis au moins… 5 ans arrivent à leur terme !
Michel : « Abasourdi par les dégâts humains »

Carine : « Je profite de cette parenthèse hors du temps »
La commerciale au chômage technique est zen : « Tout va bien, toujours pas d’engueulades à la maison, zéro boulot avec interdiction même d’envoyer un mail par crainte des contrôles ». Elle en a profité pour se mettre au régime : « J’utilise une application pour m’aider, c’est dingue le nombre de calories contenues dans le quignon de pain que l’on grignote par réflexe !!! Objectif d’ici la levée d’écrou, perdre encore quelques kilos et lire un Douglas Kennedy en anglais ! »
Hocine : « Les matchs de foot et l’OM me manquent »

Guillaume : « les 18 ans de ma fille »

Véronique : « les 20 ans de ma fille »
Cette semaine était sa semaine avec enfants : « Cinq jeunes (dont deux pièces rapportées) à la maison, avec tout ce que cela implique de joie de vivre, d’ambiance colonie de vacances et intendance colonie de vacances ! ». Et chez elle aussi un anniversaire, les 20 ans de sa fille Élise. Le télétravail est toujours d’actualité pour cette enseignante-chercheuse en pharmacie : encore et toujours des projets d’essais cliniques à faire évaluer et expertiser.
Anne-Laure : « L’impression de remplir un seau percé »
Notre infirmière en entreprise est épuisée : « Beaucoup de travail, dépistage, gestion des salariés contaminés, prévention… Il faut s’adapter chaque jour aux nouvelles infos, la nouvelle législation du travail, les nouvelles données médicales sur le Covid d’un jour sur l’autre. On a vraiment l’impression de remplir un seau percé ! » Autre stress, la scolarité de ses trois enfants : « J’angoisse beaucoup à l’idée de recommencer les cours en ligne, galère sans nom pour les parents solo qui travaillent. D’autant que les profs ne lâchent rien ! » Mais elle a repris le footing. Plus du yoga et de l’auto-sophrologie pour canaliser le stress lié au boulot.
Olivier : « Je sombre… syndrome du scrabble ! »

Auto-psychothérapie. Je reporte pour la radio dans des conditions idéales. Sur le terrain, le travail est facile. Les personnes interviewées sont plus disponibles, ont des expériences à raconter même quand les conditions de vie sont insupportables. Médecins sans Frontières, spécialisé dans la médecine en milieu précaire, coordonne les actions dans certaines cités des quartiers nord, ce qui donne une idée des défis à relever. Malgré ce confinement allégé par le travail en extérieur, je perds la notion du temps. Suis débordé par… rien ! Mais toujours à la bourre. Les rédactions reçoivent mon sujet à 10 minutes de l’antenne alors qu’il a été enregistré quatre heures auparavant, voire même la veille. Traduction domestique de l’état de mon esprit. Je ne trouve plus le temps de courir. Et puis il y a le syndrome du Scrabble. Il s’agit d’un affrontement au long cours depuis sept ans avec ma mie. Des statistiques notées au fil des parties témoignent de nos performances réciproques. Une centaine de jeux par an. Pour les amateurs, la moyenne des points était de 371 pour moi 369 pour elle en 2019. Je comptais 27 parties d’avances au début du confinement. J’ai enregistré depuis 21 défaites d’affilée ! Une Illustration de mon effondrement intellectuel et moral. Heureusement qu’il y a ces trophées du souvenir pour me consoler ♦