Société
Le vivre autrement d’un habitat participatif intergénérationnel
À Villeneuve d’Ascq (Nord), les « ToitMoiNous » ont réussi à réunir des logements sociaux, pour une mixité sociale où se côtoient propriétaires et locataires, à égalité de droits et de devoirs. Mais aussi pour une mixité générationnelle, qui fait cohabiter sur les mêmes paliers autant de familles jeunes que de seniors en couple ou isolés.
Sur deux et trois étages, vingt-deux appartements reliés entre eux par des coursives, un bâtiment comme tant d’autres… Mais derrière les murs, ce sont près de cinquante personnes qui découvrent une façon de vivre autrement, celle de l’habitat participatif.
Pour les réunir, la résidence s’est complétée d’espaces collectifs, autogérés et ouverts à tous : une grande et belle salle commune équipée d’une cuisine pour l’accueil des familles et des amis, comme pour des réunions, des fêtes et d’innombrables rencontres. Un studio permet à chacun de recevoir les membres de sa famille. Une buanderie et un atelier de bricolage complètent le décor et accroissent les occasions de partager et de collaborer.
Retarder les difficultés de la vieillesse
L’histoire des ToitMoiNous n’est pas simple. Dans cette ville qu’on disait « nouvelle » dans les années 80, les familles ont vieilli et un groupe d’études locales a découvert la montée des difficultés et de l’isolement dans des logements conçus pour des familles et des enfants et bien peu adaptés à une population vieillissante. Vivre ensemble, en partageant les services serait, ont pensé les premiers promoteurs, un moyen d’éviter ou au moins de retarder les difficultés de la vieillesse.
Le hasard a voulu que les seniors puissent rencontrer un groupe de jeunes, soucieux de partager l’éducation et une manière de vivre autrement la famille. La rencontre a tout de suite révélé l’intérêt de la mixité générationnelle. Les grands-parents sont présents pour les enfants, pour des gardes imprévues ou des après-midis de jeu. Les adultes savent apporter aux plus âgés un soutien précieux. C’est par exemple ce qui permet à Marie-Hélène, la doyenne de 80 ans dont la vue a baissé, d’abandonner sa voiture pour se faire conduire quand nécessaire.
Un Whatsapp pour tous à la faveur du confinement

L’habitat participatif est déjà présent à Villeneuve d’Ascq. Deux résidences plus anciennes, Anagram et Hagrobi abritent chacune une dizaine de familles. Mais avec les Toitmoinous le projet a pris de l’ampleur. L’appui d’un bailleur social, la société Notre Logis, a facilité le développement du projet. Intégrer des logements sociaux correspondait aux désirs des porteurs du projet. Mais trouver un terrain, adapter la construction au projet des résidents avec l’aide d’un architecte qui accepte de tenir compte des demandes, tout cela a été long et difficile.
La gestion est un casse-tête lorsqu’il faut mixer les logements sociaux et des propriétés privés. Un à un, les responsables ont levé les obstacles pour une inauguration six ans plus tard en juillet 2018.
Atelier bricolage et soirées-débats
Depuis, c’est 35 adultes et quinze enfants qui cohabitent (dont le journaliste qui signe cet article – ndlr), mais le chiffre est incertain. Un célibataire a fait entrer une compagne, deux enfants sont arrivés. Ce n’est sans doute pas fini. Car dans cette mini-république, ou disons plutôt ce village participatif, tous ont développé une vie faite d’échanges. Marie-Hélène, confrontée à des difficultés d’autonomie, trouve dans son voisinage une aide qui lui permet de continuer une vie normale. Marie a pu installer à côté de chez elle son fils handicapé, et lui permettre de devenir enfin indépendant et autonome. Au sein de la résidence, chacun est prêt à l’accueillir et le soutenir.

Bien sûr, une place est donnée au festif. Chaque mois une réunion permet à chacun e s’exprimer. Elle est suivie d’un « chantier » où chacun vient donner un coup de main : ici on bèche et aménage le jardin encore largement en friche, là on donne un coup de « tornade blanche » aux locaux et aux espaces communs… les travaux ne manquent pas qui se finissent par un repas collectif, des rires et des chansons.
Une charte de vie commune
La volonté de partage est de solidarité est inscrite dans une « Charte de vie commune » signée par tous. Elle se concrétise par la mise en commun de tout ce qui peut l’être : perceuses, échelles, friteuses, vélos, voitures parfois, sont partagées. Et plus que les objets ce sont les idées, les recettes les coups de main, les bonjours qui enrichissent chacun.
Vivre en habitat participatif, chacun chez soi mais en développant chaque jour des occasions d’échange et de partage, c’est vivre autrement dans une société où, justement, la sobriété et le lien social deviennent condition de vie et de survie. Les ToitMoiNous sont inscrits dans le Mouvement national de l’habitat participatif et contribuent au développement de ces nouvelles façons d’habiter. ♦
- L’habitat participatif ne coule pas de source. À Marseille, un projet n’a pas fait long feu ! (Re)lire notre article de février 2020.
Bonus – MasCobado, habitat participatif et bioclimatique à Montpellier-
- Témoignage de Julie, directrice de crèche, résidente depuis 2016 de MasCobado. Les 23 foyers (49 habitants de 6 à 82 ans) ont conçu chacun leur propre appartement avec les architectes et, ensemble, les espaces collectifs.

- Tous les projets d’habitat collectif de connaissent pas le même destin. (Re)lire notre article sur ce projet marseillais qui n’a jamais vu le jour.
https://www.marcelle.media/2020/02/10/au-fait-notre-serie-sur-lhabitat-participatif-a-tourne-court/