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Finistesrestes29, anti-gaspi à haut potentiel
Chaque année en France, 10 millions de tonnes de nourriture sont perdues ou gaspillées tout au long de la chaîne alimentaire. Bien inspiré quand il a créé Finistesrestes29, Karim Vincent-Viry n’imaginait probablement pas l’impact de sa petite entreprise : chaque jour, 50 tonnes de légumes bretons, « moches » ou hors calibres sauvés et proposés à la vente à moindre coût. Une croissance fulgurante qui se double désormais de l’ambition de créer de nombreuses supérettes anti-gaspi d’ici la fin de l’année.
Sur tous les fronts. Karim Vincent-Viry gère probablement plusieurs dizaines de problématiques en même temps. Le fondateur de la jeune société bretonne Finistesrestes29, créée en novembre 2021, s’active en effet actuellement à boucler une levée de fonds de 3,2 millions d’euros. Tout en gérant ses soixante employés, contactant les producteurs avec lesquels il travaille, les commerçants, des restaurateurs… « Je dors très peu », confie-t-il. Ancien patron des achats d’une société de la grande distribution, il est habitué à travailler beaucoup et connaît bien le réseau des producteurs de légumes. C’est d’ailleurs en les côtoyant au quotidien qu’il a pu constater l’immense gaspillage en place dans ce secteur.
200 000 tonnes de légumes jetés par an en Bretagne
« On achète tous avec les yeux », concède Karim Vincent-Viry. « Dans les années 90, j’ai participé, du fait de mes fonctions, à la création de ces cahiers des charges qui régissent actuellement la vente de fruits et légumes. Il fallait que les produits soient parfaits pour être mis en rayon ». Or, de cette politique est né ce qu’on appelle les « écarts de tri ». Ce terme désigne l’ensemble des invendus restés sur les bras des producteurs, quand les produits ne correspondent pas à ces critères. « Parce qu’ils sont trop petits, trop grands ou “moches“. Mais parfaitement mangeables. Ces écarts représentent 20% de la production, soit 200 000 tonnes de légumes par an rien qu’en Bretagne ! ».
Au lieu de les jeter ou, au mieux, de les donner aux animaux, Karim Vincent-Viry a donc souhaité les racheter pour les proposer à la vente à un coût raisonnable, via des paniers anti-gaspi de plusieurs kilos. « On en a vendu 50 le premier soir via l’application Toogoodtogo. Aujourd’hui, nous en sommes à 3000 par jour sur un secteur allant de l’ouest de la France à la région parisienne. »
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(re)lire l’article : J’ai testé l’appli Too Good To Go
Du poisson, de la viande, du fromage…
Face au succès du concept, et toujours sur cette même logique, désormais Finistesrestes29 propose également du poisson à la vente. Pour cela, le chef d’entreprise s’est rendu à Lorient, premier port de pêche français qu’il a démarché. « Nous commercialisons depuis avril 2022 des filets de 250 grammes de poissons à 3 euros l’unité, soit 12 euros le kilo. Ces filets proviennent de tous types de poissons, et étaient auparavant jetés. Ça marche extrêmement bien ». Le tout représente une à deux tonnes de poissons frais sauvées de la poubelle chaque semaine.
Depuis peu, l’entreprise propose également du porc, du poulet et du fromage à la vente. Des produits principalement saisonniers ou encore une fois hors calibres (pour les fromages). Seule différence, poissons, viandes et fromages sont eux vendus, non pas via des paniers, mais dans la dizaine de points relais ouverts par l’enseigne dans l’ouest de la France et disposant de réfrigérateurs.
Sortir les commerçants du rouge

L’entreprise a par ailleurs pour objectif de sortir du rouge les commerçants avec lesquels elle travaille. « Nos paniers de fruits et légumes ne sont disponibles au retrait que chez des commerçants en difficulté, qui deviennent alors points relais. L’idée est de leur donner de la visibilité en faisant venir une clientèle importante dans leur magasin », explique Karim Vincent-Viry. Chaque commerçant sélectionné touche par ailleurs un montant par panier distribué. « Le deal est que s’il repasse dans le vert, nous transférons nos paniers à un autre commerçant en difficulté ».
Quant aux producteurs, ils sont désormais rémunérés pour une partie de leur production autrefois jetée. « Chez certains arboriculteurs, cela peut représenter jusqu’à 2000 paniers par semaine, ce qui est loin d’être négligeable. »
Se développer, devenir rentable
Seule ombre au tableau, l’entreprise Finistesrestes29 n’est pas encore à l’équilibre. C’est pour cette raison, ainsi que pour se développer, qu’elle mène actuellement une levée de fonds. « Nous avons déjà levé 1,4 million d’euros auprès de Blast club (lire bonus) et espérons atteindre 3,2 millions d’euros d’ici peu. » L’entrepreneur souhaite notamment avec ce budget déployer des restaurants anti-gaspi en Bretagne. « Nous n’en avons qu’un pour le moment, dans la ville de notre siège, à Saint-Pol-de-Léon dans le Finistère. C’est un restaurateur qui était en difficulté, qui propose désormais des menus à 11,99 euros composés de nos produits anti-gaspi locaux. Il est très régulièrement complet ! ».
Enfin, l’entreprise souhaite ouvrir de nombreuses supérettes anti-gaspi de 80m2 dans les centres-villes. Mais peut-être pas dans toute la France. « Il ne faut pas aller trop vite. Nous sommes pour l’instant déployés sur le nord-ouest ainsi qu’à Paris, Lille et Bordeaux. L’idée est d’avoir une action réelle sur le gaspillage alimentaire en se concentrant sur ces zones géographiques pour pouvoir garantir la fraîcheur de nos produits. » ♦
♦ Blast club. Ce club privé fondé par Anthony Bourbon permet d’investir dans les levées de fonds les plus confidentielles de l’écosystème Startup. Lire ici l’ITW d’Anthony Bourbon pour bien comprendre ses intentions et son système.
♦ Finistesrestes29, les chiffres :
200 000 tonnes de légumes sauvés par an.
- 3 000 paniers proposés par jour.
- 7 formats différents de paniers de fruits et légumes bio et non bio, de 3 à 10kg.
- 1 à 2 tonnes de poisson sauvées par semaine.
- 60 salariés dont 40 personnes recrutées ayant connu un accident de vie ou éloignées de l’emploi.
- 3,2M€ espérés via une levée de fonds en 2024.
- 60 commerçants partenaires.
- Un partenariat avec deux enseignes : « Ecomiam » et « Au vide grenier ».
- 10 points relais exclusivement dédiés à

200 000 tonnes de légumes sauvés par an.