Aménagement
Peinture réflective : des toits blancs vraiment rafraîchissants ?
Selon une enquête de l’Observatoire national de la précarité énergétique (ONCE), en 2022, 55% des français ont déclaré avoir souffert d’un excès de chaleur en été. Entre autres parades à cet inconfort thermique, il y a les peintures dites « réflectives », à apposer sur les toitures. La plupart du temps de couleur blanche, contenant des composants réfléchissant les rayons du soleil, elles permettraient de faire baisser la température en été de 6 à 8°C environ. La solution idéale ?
Maisons mal isolées, étages qui surchauffent, appartements situés dans des immeubles classés « passoires thermiques »… Pour de nombreux Français, l’été, au même titre que l’hiver, devient désormais une saison synonyme d’inconfort thermique. L’augmentation régulière des températures et la présence de canicules à la fois plus nombreuses et plus longues nécessitent de trouver des moyens de se rafraîchir.

Or, la climatisation coûte cher et elle est une composante non négligeable du réchauffement climatique (lire bonus). Quant aux travaux d’isolation, ils s’avèrent souvent être très onéreux. « Le prix de l’électricité s’est envolé en 2022, et parallèlement, la France a connu une canicule estivale sévère. Par conséquent, le temps de retour sur investissement de nos peintures est rapidement devenu très intéressant ! », explique Maxime Claval, cofondateur de la jeune entreprise Enercool. Créée en 2020 à Nantes et comptant cinq salariés, la société commercialise des peintures réflectives, aux propriétés anti-chaleur.
Environ -6°C l’été
Une peinture réflective (également appelée « Cool Roofing ») est une peinture le plus couramment blanche, appliquée sur les toits, qui renvoie les rayons du soleil pour limiter l’absorption de chaleur et garder le bâtiment frais plus longtemps. Plus technique qu’une peinture classique, elle comporte en général des aérogels de silice, des microbilles ayant des capacités réflectives. « Il faut compter trois couches d’application dont une de vernis, et deux à trois jours de chantier par exemple chez un particulier », détaille Maxime Claval. « Le nombre de degrés en moins dépend du matériau du toit, de son isolation, de la présence de velux ou non… En moyenne, on perd entre 3 et 8 degrés. Et moins c’est isolé au départ, comme sur un garage ou un atelier par exemple, plus c’est efficace ! ». Si ces peintures sont encore peu appliquées en France, elles existent depuis plus de quinze ans aux Etats-Unis, où elles sont plus largement déployées.
Surtout sur le toit d’entreprises

En France, quatre entreprises se sont lancées sur ce marché, en plus des grands distributeurs de peintures. Et, pour l’instant, elles travaillent surtout avec des entreprises. Elles représentent ainsi 90% des clients chez Enercool. L’entreprise à mission brestoise Cool Roof, une des plus anciennes spécialistes du secteur, n’intervient pour sa part qu’auprès de professionnels. « Nous sommes déjà débordés par leurs demandes, raconte Gwendal Evenou, responsable du pôle solidarité chez Cool Roof. Il nous serait donc impossible de répondre aux particuliers. »
Pour cette raison, l’entreprise a développé une formule peu onéreuse en « Do it Yourself » (DIY) à poser soi-même, qui tient environ six mois (lire bonus). Quant aux entreprises clientes, ce sont beaucoup de supermarchés, qui essaient ainsi de limiter leurs factures de climatisation l’été, ou encore des entrepôts. Des collectivités font également parfois appel à cette solution pour repeindre les toits des écoles, de bâtiments municipaux ou de logements sociaux.
Contraintes versus bénéfices
Si la peinture réflective semble être une solution rapidement efficace, elle peut néanmoins rebuter sur quelques points. Sa durée de vie par exemple. Cool Roof indique 20 ans pour sa version à destination des entreprises. Alors qu’Enercool ne garantit ses produits que dix ans et estime la durée de vingt ans difficile à atteindre. Quant à la pose, la peinture est en général appliquée par des artisans et professionnels expérimentés. Or, les versions commercialisées à destination des particuliers impliquent un risque puisqu’il faut monter sur son toit si on décide de le faire seul.

Par ailleurs, les clients intéressés font parfois face à la frilosité actuelle des services d’urbanisme, qui rechignent à voir les toits de leur commune recouverts de blanc. « Il faut faire une déclaration préalable de travaux auprès de sa mairie pour repeindre son toit en blanc. Et certaines refusent ! », raconte Gwendal Evenou. Néanmoins, les mentalités semblent évoluer petit à petit. « En trois ans, nous avons constaté que certaines mairies avaient changé leur plan local d’urbanisme afin d’autoriser les toits blancs. On avance, donc », remarque Maxime Claval.
Enfin, la composition peut interroger. Même si chaque entreprise promet des ingrédients naturels -des coquilles d’œufs ou d’huitres notamment-, les produits comportent en général un vernis pour assurer la durabilité de la peinture. Est-ce donc sans risque si l’on se sert par exemple de l’eau de pluie collectée sur le toit pour arroser son potager ? Aucune étude n’a à ce jour été menée pour éclairer ce point.
Plus efficace que les toitures végétalisées
Reste que malgré ces questions, la peinture réflective est probablement l’un des meilleurs compromis actuels pour lutter contre l’inconfort thermique et les ilots de chaleur urbains. Le GIEC, dans son rapport de 2021, l’a d’ailleurs décrite comme « présentant un potentiel d’économie d’énergie presque deux fois plus important que celui apporté par les toitures végétalisées ». ♦
Bonus
- Les chiffres de la clim. Selon l’ADEME, une climatisation consomme entre 300 et 500 kWh pour 500 heures de fonctionnement dans une pièce fermée, soit plus qu’un réfrigérateur branché toute l’année.
- Engagement. Cool Roof est une filiale de l’entreprise à mission Team for the planet qui vient de lever 5 millions d’euros auprès de l’ADEME.
- Une solution en « Do it Yourself » à petit budget pour les particuliers ? Toutes les entreprises du secteur ne proposent pas de kits de peinture réflective pour particuliers. L’entreprise Cool Roof a décidé de répondre à cette demande en créant un kit en « Do It Yourself » afin d’en démocratiser l’accès. Ses avantages : être moins onéreuse (compter 2€/m2 contre 20€/m2 pour la version pour les entreprises), et permettre de tester le cool roofing le temps d’un été. Car, en effet, cette version est temporaire et se délave avec les pluies d’automne. Elle est composée de trois ingrédients : de la caséine, du bicarbonate de soude et de la poudre de marbre. Compter au moins un weekend pour le nettoyage du toit, la préparation du produit et la pose… préférablement sur un toit plat !