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Le Fourgon remet la consigne au goût du jour
Alternative « zéro déchet et zéro contrainte » aux réseaux classiques de distribution de boissons, Le Fourgon relance non seulement la consigne des bouteilles, mais aussi celle des autres contenants en verre. À Grenoble, quelque 2 000 foyers passent désormais commande. J’ai pris part à une tournée de livraison.
Il a découvert l’entreprise où il travaille désormais grâce à une offre sur un site d’offres d’emploi. Depuis huit mois maintenant, Loïc s’occupe des livraisons de cette entreprise dédiée aux consignes. Dans son camion jaune, floqué Le Fourgon, tournée consignée – Boisson – épicerie – maison, il quadrille le centre-ville de Grenoble et son agglomération. Entre Voiron, Vif et Crolles, il se déplace de maison en appartement pour distribuer lait, sodas, eau ou bières, mais aussi pâtes, riz et autres produits secs. Le tout, dans des contenants en verre. C’est l’essence même de ce service de livraison à domicile de boissons et produits consignés.
« On fait quoi des bouteilles, une fois vides ? »

Cette alternative « zéro déchet et zéro contrainte » existe depuis 2021 et a vu le jour à Lille, dans le nord de la France. Mais c’est aujourd’hui dans l’agglomération de Grenoble que le camion jaune quitte l’entrepôt pour deux heures de livraisons. « C’est une petite tournée, explique la responsable logistique Clara Pavese. Ce sont les vacances scolaires, donc ce n’est pas une surprise. »
Premier arrêt dans une colocation de la banlieue grenobloise qui teste Le Fourgon pour la première fois. Les habitantes voulaient expérimenter ce système qu’elles considèrent bien plus écologique que les bouteilles en plastique. Elles ont commandé du lait, du coca-cola et de l’eau gazeuse, de quoi remplir une caisse. « On fait quoi des bouteilles, une fois vides ? », demande l’une d’entre elles. Loïc leur explique : « Vous les mettez dans la caisse et nous passerons les récupérer. Et si vous refaites une commande, nous viendrons vous la livrer ! » Le temps de regarder sur son téléphone où se rendre pour la prochaine commande, le livreur confie que ce qu’il apprécie dans ce travail est le contact avec les clients. « Et la route, on voit plein de lieux différents. »
Des produits locaux qui plaisent à 2 000 foyers grenoblois

Ce que les clients recherchent le plus souvent, c’est à consommer local. Le Fourgon a su répondre à cette attente comme l’explique la responsable logistique : « L’objectif de notre démarche, c’est que le circuit aille au plus court ! Nous proposons un maximum d’offres locales, dans un rayon de 150 km autour notre entrepôt. » À Grenoble, depuis le déploiement de la start-up il y a un an et demi, plus de 2 000 foyers ont adhéré. « En moyenne, on livre entre 60 et 80 clients par jour, sur trois créneaux différents. Ça fonctionne bien ! », se réjouit Clara Pavese.
Face à cet engouement, l’équipe grenobloise développe d’autres gammes de produits : outre les boissons, ce qui relève des besoins essentiels des familles. « Récemment, on a mis en vente des produits ménagers comme de la lessive et des pastilles de lave-vaisselle. Toujours en verre et dans des récipients consignés ! », précise la responsable logistique. Sans oublier les féculents en vrac et les gâteaux apéros.
La consigne pour réduire la consommation de ressources naturelles
Au Fourgon, on est convaincu que la consigne revient au goût du jour. La population cherche également à « éradiquer le plastique », se plaçant dans une dynamique zéro déchet. Actuellement, la grande majorité des bouteilles en verre vides sont jetées, concassées et fondues dans un four à 1500°C pour de nouveau prendre la forme de bouteilles en verre. Alors qu’elles auraient pu être réutilisées jusqu’à quarante fois telles quelles.
Selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), la consigne permet d’économiser jusqu’à 76% de CO2, 79% d’énergie et 51% d’eau par rapport au recyclage classique. Nettoyer des bouteilles en verre pour pouvoir les réutiliser plutôt que de les fabriquer évite d’utiliser des ressources naturelles et réduit les quantités de déchets.
Pourtant, jusque dans les années 1980 en France, la consigne dominait. Cela s’est peu à peu perdu au profit de produits en plastique et désormais, un tiers seulement des bouteilles sont consignées.
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« Laisser une planète plus propre pour les générations futures »

Pour tenter d’améliorer le tri et le recyclage des déchets ménagers, le gouvernement a signé un accord symbolique sur la consigne. Le 7 février 2024, les magasins Super U et Leclerc ainsi que plusieurs grandes marques de boissons se sont accordés pour faire revivre le système de consigne des bouteilles en verre en Île-de-France. De son côté, Le Fourgon entend « faire bouger les lignes afin de laisser une planète plus propre pour les générations futures. »
C’est sûrement dans cet objectif que les deux familles que Loïc livre maintenant passent commande au Fourgon depuis plusieurs mois. Et voilà qu’un enfant ouvre la porte de l’une des deux maisons. « Maman, il y a le monsieur avec les bouteilles qui est là ! » Juste le temps de récupérer la caisse vide et de s’assurer que tout va bien, les livraisons continuent.
Mais Loïc comme Clara rappellent que la partie est loin d’être gagnée. « Changer les habitudes des gens n’est pas facile, concède celle-ci. Beaucoup sont convaincus que c’est une bonne solution, mais c’est plus rapide pour eux d’aller faire leurs courses dans le supermarché du coin. Ils n’ont pas le réflexe. C’est aussi pour contrer cela qu’on diversifie nos produits et qu’on va plus loin que les seules boissons. Pour qu’ils puissent tout acheter chez nous. »
Un choix de consommation, un engagement écologique et économique

« J’ai commencé avec 280 références, nous en sommes à un peu plus de 450 aujourd’hui, continue fièrement la responsable logistique. Et une cinquantaine sont prévues, par exemple des compotes. » L’autre frein que l’équipe grenobloise soulève, c’est le coût des produits. « Normalement on s’y retrouve en termes de rapport qualité prix entre nos produits et ceux vendus dans des magasins bio et/ou locaux. Oui, ce sera un peu plus cher que certains supermarchés, mais ce n’est pas la même qualité, pas le même travail derrière, défend Clara. Et puis avec Le Fourgon, la livraison et la consigne sont incluses ! »
Elle prend l’exemple du lait proposé par la start-up, qui provient de vaches iséroises : « Il est évidemment plus cher que celui du supermarché, mais il vient d’une ferme à moins de 100 km. Les vaches sont traites trois ou quatre jours plus tôt et le lait est livré au client le lendemain. Il coûte 30 centimes de plus par litre, mais c’est un choix de consommation. C’est une démarche à faire pour réduire les déchets et redonner du sens à son alimentation », conclut-elle, en appelant chacun à tester la consigne.
Le test s’est avéré concluant pour les deux derniers couples grenoblois livrés. L’un passe commande de lait et de jus de pommes depuis quatre mois. L’autre essaye cette fois-ci les produits ménagers et remplit sa réserve d’eau gazeuse. La tournée est terminée, il est temps de rentrer à l’entrepôt préparer la prochaine. ♦
Bonus
- Pandobac est une équipe engagée pour que les emballages réemployables deviennent la norme. Leur mission ? « Remplacer un maximum d’emballages logistiques à usage unique par des bacs réemployables » afin de diminuer l’impact des livraisons de marchandises. Location de bacs, formation d’équipes et collecte de bacs sont organisées pour rendre la transition la plus aisée possible et ainsi proposer des solutions d’emballages zéro déchet.
