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Par Zoé Charef, le 3 juillet 2024

Journaliste

Une Capitale du Livre pour relancer la lecture

Bibliothèques, médiathèques et librairies jouent le jeu et souhaitent donner ou redonner le goût de lire, d’écouter et de raconter des histoires ©Pixabay
En 2023, 86% des Français se disent lecteurs ou lectrices, mais de fortes disparités en fonction de l’âge et des habitudes persistent. Capitale mondiale du livre 2024, Strasbourg célèbre la littérature et s’engage à rapprocher les livres et les citoyens. C’est ainsi que plus de 200 actions et initiatives innovantes mettent à l’honneur les libraires, bibliothécaires, auteurs et illustrateurs locaux.

D’avril 2024 à avril 2025, la ville de Strasbourg succède à la ville ghanéenne d’Accra et se hisse au rang de Capitale mondiale du livre. Une première pour une ville française ! Décerné par l’Unesco depuis 2001, ce titre promeut la lecture et les livres sous toutes leurs formes. 

Comment rapprocher les gens de la lecture ? 5

Éditeur à La Nuée Bleue pendant trente ans et président de l’Académie des sciences, lettres et arts d’Alsace, Bernaud Reumaux rappelle l’héritage culturel et littéraire très riche de la ville. « Strasbourg a une légitimité évidente à être Capitale mondiale du livre puisque c’est la ville de Gutenberg, inventeur de l’imprimerie. Mais l’édition y est également importante, Strasbourg étant une référence en édition et impression commerciale avec Mayence, en Allemagne. » À la frontière des deux principales cultures européennes (française et allemande), un certain nombre de grandes figures de la littérature sont passées par là, comme Goethe.

Un écosystème propice à la littérature 

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Cet écosystème est de ce fait récompensé par le label Unesco auquel Strasbourg a décidé de postuler. « Nous nous sommes dit qu’il fallait mettre en avant notre savoir-faire, notre région et nos nombreux événements autour du livre, présente l’éditeur. L’idée est de pouvoir diffuser tout cela à un public varié. » Et la capacité de la ville et de son agglomération s’y prête bien : 33 bibliothèques, 25 librairies indépendantes, la Haute école des Arts du Rhin (HEAR), un Conseil de l’Europe qui développe la culture… « une nébuleuse extrêmement active dans une ville de taille moyenne », résume l’ancien éditeur.

Les organisateurs ont eu à cœur de faire travailler ensemble « des milieux très différents. Créer des rencontres et des connexions diverses. Lier ceux qui se côtoient mais ne se connaissent pas. » 

Un label pour faire lire les enfants

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À La Bouquinette, librairie spécialisée jeunesse située en plein centre-ville, on se réjouit de ce label. La libraire Audrey Rossi développe : « Il y a environ 200 actions menées sur l’année. En direction de l’écologie du livre, du domaine privé des éditions, des auteurs, des illustrateurs. Mais également en direction des publics éloignés de la lecture, et évidemment des enfants. » De nombreuses dotations de livres dans les écoles ont par exemple été faites. Cela représente « une aide monstrueuse pour l’accès à la lecture pour les enfants », commente la libraire.

Bien sûr, les bibliothèques, médiathèques et librairies jouent le jeu et souhaitent donner ou redonner le goût de lire, d’écouter et de raconter des histoires « dans la joie et le partage. » Des ateliers d’écriture pour stimuler l’imaginaire et d’autres pour l’éveil et l’accompagnement à la lecture sont proposés. Car Audrey Rossi en est certaine, l’un des éléments décisifs pour amener les enfants à la lecture, c’est « d’oser et d’être curieux. De voir les autres lire, de les voir prendre du plaisir et être étrangers à ce qui est autour d’eux. Mais aussi de partager la lecture, autour de livres et d’albums. Il n’y a rien d’autre qui marche mieux que le mimétisme », ajoute-t-elle. 

Éditeurs, artistes, libraires et Strasbourgeois se mobilisent

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Et les adultes ne seront pas en reste. À côté de la célèbre cathédrale à une seule flèche, des hamacs, des livres et des panneaux de libre expression sont à disposition des Strasbourgeois et des touristes. « C’est une bonne idée, les gens passent voir, testent, sont curieux », commente Bernard Reumaux.

Aux abords de l’Ill qui traverse Strasbourg, la librairie des Bateliers a proposé un événement pour mettre en avant la traduction. Une double lecture par un chef d’orchestre du Tessin italien et une historienne et artiste strasbourgeoise. De quoi « donner du sang neuf, un air frais et une nouvelle approche à certains textes » selon l’ancien éditeur. « Et de telles initiatives, il y en a tous les jours ! Par exemple, les Rencontres de la traduction, une manifestation internationale pour débattre des enjeux auxquels ces secteurs font face aujourd’hui. »

Sans compter les conférences du festival Bibliothèques idéales qui se tient à Strasbourg depuis une dizaine d’années. 

« Qui passe le pas de la porte d’une librairie strasbourgeoise voit le travail du monde du livre local »

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Plus loin dans la ville, c’est à l’illustrateur, sculpteur et Strasbourgeois de naissance Gustave Doré qu’une exposition est dédiée au musée de la ville de Strasbourg. Cependant, la libraire Audrey Rossi a surtout un coup de cœur pour la participation importante des libraires de la ville. Chacune a été invitée à mettre en avant « un trio local formé d’un éditeur, un auteur et un illustrateur. À La Bouquinette, ce sont les éditions Accès. Elles développent un travail intéressant pour les premières lectures des enfants. Qui passe le pas de la porte d’une librairie strasbourgeoise voit le travail du monde du livre local. C’est fantastique, foisonnant et très riche. » Avant d’ajouter que toutes « mettent la gomme » avec encore plus d’ateliers et de dédicaces que d’habitude. 

Et pour ceux qui n’auraient pas l’idée de passer cette porte, au-delà d’installations parfois proposées dans les rues, un réel travail est mené ailleurs pour amener les livres aux gens. Pour « proposer sans enfermer. » C’est en effet l’un des axes forts de cette année : « inviter au dialogue démocratique sur les défis et les enjeux de notre temps et développer l’éducation aux médias et à l’information », indique le programme. Toutes les communautés d’habitants, d’artistes et de décideurs participent donc aux ateliers-rencontres « Solidarité lecture » ou « L’écho des langues ».

Support naturel de la diffusion du savoir, le livre est également mis à l’honneur dans les associations de quartier et les prisons. « Pour leur faire raconter leur quotidien par exemple, à l’écrit, précise Bernard Reumaux. Il faut aller vers les gens, mettre en scène des romans variés, avec des fiches explicatives du contexte historique, de la littérature… Cela permet de toucher de nouveaux publics ! »