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Par Marie Le Marois, le 27 septembre 2024

Journaliste

Le cotransportage, pour des livraisons vertueuses

La croissance exponentielle de la livraison à domicile se fait au prix d’un impact écologique. Shopopop s’est appuyé sur cette problématique en 2015 pour réinventer la livraison : des particuliers profitent de leurs trajets quotidiens pour livrer en chemin, via l’application éponyme. Avec plus de 150 000 cotransporteurs actifs et 8600 commerçants partenaires, l’entreprise couvre plus 30 000 villes et villages dans toute la France. L’application s’est depuis développée en Espagne, Italie et au Benelux. 

Tranquillement assis sur son canapé, Rémy effectue d’un clic ses courses sur le site internet de son hypermarché. Quelques heures plus tard, il reçoit ses paquets par coursier. Comme ce trentenaire, de plus en plus de Français s’appuient sur la livraison à domicile pour leurs achats de proximité, divers et variés : alimentation, équipements sportifs, bricolage, livres, fleurs, etc. S’il est pratique et facile pour les consommateurs, ce service est devenu un enjeu majeur. Car, en créant un flux de transport supplémentaire, il augmente les émissions de GES (gaz à effet de serre).

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Une livraison collaborative

Johan Ricaut et Antoine Cheul, les fondateurs de Shopopop basé à Nantes @DR

De cette problématique est née une solution. Antoine Cheul et Johan Ricaut, les fondateurs de Shopopop (bonus), ont imaginé une nouvelle manière de livrer sur les courtes distances : la livraison collaborative. Sur le même principe que Blablacar, des particuliers se servent de leurs trajets quotidiens pour livrer les commandes d’autres habitants. Moyennant un pourboire crédité sur leur cagnotte –  « entre 5 et 9 euros », précise Dorothée. Cette quadra a basculé cotransportrice depuis qu’elle a été livrée par Shopopop, en mars 2023. « J’ai découvert ce concept en cochant la case au moment de ma livraison, j’ai trouvé ça génial ». Cette maman solo au foyer a commencé cette activité davantage « pour sortir de chez [elle] et renouer avec le monde extérieur ». 

Une solution responsable

Dorothée, cotransportrice depuis mars 2023 @DR

Chaque jour ou presque, cette habitante de la périphérie de Saint-Nazaire reçoit des propositions de livraisons. À elle de les accepter ou pas. « On est libre, c’est ce que j’aime ». Souvent le matin, après avoir déposé ses jumeaux de sept ans à l’école, elle passe dans l’un des deux hypermarchés de son secteur prendre des commandes. Les mettre dans son coffre et les livrer à droite à gauche. En utilisant les véhicules qui circulent déjà, plutôt qu’en ajouter, l’application réduit l’impact carbone de la logistique et du transport. Une récente étude de Shopopop montre que le cotransport produit 72% d’économie de CO2 par rapport au trajet aller-retour qu’aurait effectué un consommateur pour se rendre en magasin.

Économique, flexible… 

Shopopop a réalisé 10 millions de livraisons depuis sa création en 2015 et versé  19 millions d’euros de pourboires en 2023 aux cotransporteurs @Adeline Viaud

Le cotransportage, qui ne nécessite ni véhicule ni livreur supplémentaire, réduit en outre les coûts de livraison. Il permet ainsi aux commerçants, qui l’utilisent en solution unique ou complémentaire, de proposer au consommateur un service peu onéreux – le prix dépend des enseignes. Et plus flexible : 7 jours sur 7, sans limites horaires et sur rendez-vous. Au-delà de l’aspect écologique et économique, le cotransportage rend service à tous les consommateurs dans l’incapacité de se déplacer pour effectuer leurs courses – personnes âgées, handicapées, sans voiture. Et ceux qui vivent en milieu rural. Grâce à son maillage, Shopopop offre une livraison quasiment partout. 

♦ (re)lire Quand des voyageurs acheminent des colis

…et sociale

Cette entreprise, forte de 140 collaborateurs, souhaite créer de l’entraide et du lien. Dorothée n’hésite jamais à effectuer vingt minutes de route pour livrer « une petite mamie qui vit seule ». Et une femme de son âge en fauteuil roulant « très positive ». À chaque fois, elle reste quinze minutes sur place « à papoter ». Cette aide-soignante de formation aime ces petits moments, « je suis une grande pipelette ». Il lui est déjà arrivé de tomber sur des clients froids ou dérangés – « un monsieur qui n’avait plus toute sa tête ». Mais ce genre de situation s’avère rare. « La plupart du temps, les gens sont très chaleureux, j’en ai même qui me donnent un petit pourboire. Il y a aussi une dame qui commande une brioche, en plus de ses courses, pour moi ». De belles histoires d’amour et d’amitié sont nées grâce à Shopopop, confirme Tiffany Mauriange, directrice de la marque et de la communication. « Comme ces anciens collègues de travail qui ne s’étaient pas revus depuis quatre ans ».

Des cotransporteurs notés

Shopopop relève de son côté une bonne attitude de ses cotransporteurs grâce aux avis des clients. Certes il est arrivé qu’il y ait des vols de produits, mais ce genre d’acte resterait marginal. La société sécurise au maximum les inscriptions – le cotransporteur doit renseigner, en plus de ses coordonnées, une pièce d’identité et un mandat signé. Elle possède également un important service client – « en interne », précise Tiffany Mauriange. Et un service technique conséquent qui affine depuis dix ans l’application pour qu’elle soit simple d’utilisation. Mais aussi « la plus précise et restrictive possible ». 

♦ D’autres sociétés de cotransportage : Tut Tut et Cocolis

Des ajustements

L’équipe Shopopop à Nantes @Adeline Viaud

L’entreprise entend surveiller au plus près « les petits malins qui se créent plusieurs comptes sur l’application avec des identités différentes » pour gagner le plus d’argent possible. Les cotransporteurs ne peuvent pas toucher plus de 3000 euros, seuil au-delà duquel ils sont bannis. Il s’agit également d’éviter qu’ils livrent en dehors de leurs trajets quotidiens, comme ce fut déjà le cas pour Dorothée les premiers mois. Car cette société à mission depuis 2023, désormais rentable, garde son objectif premier : limiter l’impact carbone du transport. Par conséquent, elle propose des livraisons uniquement sur les trajets renseignés, avec un écart de quelques kilomètres. « Le détour moyen effectué par un cotransporteur par rapport au trajet régulier renseigné dans l’application est de 2,27 km par livraison », développe la direction.

Un complément de revenus

Livrer des fleurs, c’est ce que préfère Dorothée, car « les trajets sont courts et les gens heureux » @DR

Les quelques euros gagnés permettent aux 150 000 autres cotransporteurs actifs d’« arrondir les fins de mois, payer un plein d’essence ou partir en vacances », rapporte la directrice de la marque. Dorothée a capitalisé plus de 1900 euros en 2023, « je ne veux pas davantage, car au-delà de 2000 euros, on est imposable ». C’est pour elle un « vrai plus », d’autant qu’elle possède une voiture hybride peu consommatrice. Mais elle fait « ça surtout pour rencontrer du monde et rendre service ». Elle n’effectue que quelques prestations désormais, « au tout début, j’en faisais huit par jour ! » Et privilégie ses clients chouchous, comme cette centenaire qui vit à côté de chez elle. Elle la livre parfois avec ses jumeaux de sept ans. « Ils aiment bien et elle aussi ! »♦

Bonus

L’origine du nom. ‘’Shop’’ = shopper, shopping, acheter. ‘’Op’’ = l’idée de rebond, de mouvement pour aller d’un point A à un point B, du magasin au client, expression de vitesse. ‘’Pop’’ = signifie population, service rendu aux populations.

Histoire. De retour d’Inde, Antoine Cheul est fasciné par un système de livraison qu’il a découvert là-bas : les dabbawallahs. Une méthode de livraison de boîtes repas hautement ingénieuse. Au même moment, en France, le covoiturage est en plein essor et les drives alimentaires se développent. C’est alors qu’avec Johan Ricault, il imagine les esquisses d’un nouveau concept de livraison : le cotransportage. L’idée est simple : chaque jour, des milliers de particuliers font des trajets comme aller au travail, déposer les enfants à l’école, rendre visite à un proche… Et si tous ces trajets pouvaient également servir à livrer ?  Voilà comment est né Shopopop en 2015

♦ (re)lire La Charrette, le réseau social des professionnels du locavore

Pas de cotransporteur disponible ? « L’équipe support de Shopopop a la possibilité de contacter le client final pour adapter (repositionner) un horaire de livraison s’il n’y a pas de cotransporteur de façon organique. C’est très rare (1 à 2%) », explique la direction.

Projets. Accélérer sa diversification – davantage de magasins spécialisés. Se développer à l’étranger. Et atteindre une logistique 100% responsable, c’est-à-dire avec peu de détours.