Environnement
Une deuxième vie pour les tenues de ski
🎄 Pourquoi avoir choisi de glisser sous le sapin la (re)lecture gracieuse de cet article paru en avril 2025 ?* 🎄
« Parce que, pour les chanceux qui partent en vacances en stations de montagne, l’initiative de Zoé Pellicier a du sens : elle s’est lancée dans la revalorisation des tenues de ski et matelas de protection de télésièges, notamment. En les transformant en pochettes et autres accessoires, elle évite que ces matériaux ne finissent à la poubelle et réduit notre impact environnemental. »
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Chaque année, à la fin de la saison de ski, des milliers de tenues techniques professionnelles, usées mais encore résistantes, finissent au placard ou à la poubelle. En Maurienne, la monitrice de ski Zoé Pellicier leur offre une deuxième vie locale grâce à sa marque 3e manche. Pantalons et vestes se métamorphosent en porte-gourdes, sacs et trousses de toilette.
Chaque hiver, moniteurs de ski, pisteurs et employés des remontées mécaniques sont tous habillés de la tête aux pieds avec des tenues techniques et visibles. Des ensembles rouges bien reconnaissables, de longues doudounes floquées au nom de leur club, de leur domaine skiable ou de leur entreprise. Pensées pour être imperméables et résistantes, ces tenues sont néanmoins vouées à être remplacées tous les deux à quatre ans. Mais, pour des raisons de sécurité, elles ne peuvent être ni revendues, ni données.
Alors, Zoé Pellicier, monitrice de ski de 29 ans, a décidé d’agir pour recycler ces vestes et pantalons techniques. Elle a donc fondé sa propre marque pour en faire des trousses de toilette, des pochettes d’ordinateurs, des portes-gourdes et des bobs.
« Une solution locale »

« Faute de pouvoir continuer à les utiliser ou les recycler à grande échelle, nous avons le choix entre les garder dans nos placards ou les jeter. Ou encore les envoyer à l’autre bout du monde, la plupart du temps dans des associations népalaises, explique la fondatrice. Mais quand toute la France fait ça, on décale juste le problème ! J’ai voulu trouver une solution locale pour les revaloriser. » Un « délestage » plus qu’un recyclage, donc.
Son master en entrepreneuriat durable suivi à Berlin l’aide à réfléchir à une solution. « En Allemagne, ils sont vraiment plus avancés que nous. Ça m’a bien ouvert les yeux. » Le résultat ? Un concept et une marque 3e manche, lancée en 2022.
Le nom, clin d’œil aux compétitions de ski où une troisième manche permet aux enfants de se rattraper, évoque autant le sport que l’idée d’une deuxième (voire troisième) vie textile. « Et puis, on réutilise souvent les manches des vestes », sourit Zoé Pellicier.
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« On ne peut pas rêver mieux comme matière »

Depuis son petit atelier d’Albiez-Montrond, au cœur de la vallée de la Maurienne, elle collecte, coud et fait revivre les tenues usées des clubs, des écoles, des moniteurs… et même de l’Équipe de France de ski alpin. « Ce sont des habits faits pour résister à la neige, au vent, à l’usure. C’est du polyester traité pour être imperméable. Autrement dit : pour faire une banane, un porte-gourde ou un sac qui tiennent, on ne peut pas rêver mieux comme matière. »
De la collecte à la couture et la revente, tout est fait localement. « J’externalise la majorité de la production avec une couturière de Saint-Étienne et des ateliers d’insertion parfaits pour de petites séries, entre Chambéry et Lyon. Je veux rester au plus proche des Alpes. » Zoé Pellicier continue aussi de créer les pièces et même les coudre elle-même, parfois accompagnée de sa grand-mère.
Déjà plus de 1000 tenues revalorisées

Alors qu’une nouvelle saison de ski se termine actuellement, Zoé Pellicier fait les comptes : en deux ans, elle a revalorisé plus d’un millier de tenues. Soit plusieurs centaines de kilos de textile détournés de la benne. Chaque vêtement raconte une saison passée à la montagne : usé par les tire-fesses, décoloré par le soleil ou coupé par la carre d’un ski. « C’est ça aussi, le charme du projet, assure la fondatrice. On lave tous les produits, on fait disparaître le plus de taches possible. Avec les pièces en très bon état, on fait les gros produits, par exemple des sacs. Et on utilise les plus abîmées pour les doublures intérieures des bananes. Ça reste de l’upcycling, c’est normal, le matériel a déjà eu une première vie – et quelle vie ! »
Ces matériaux, très difficiles à recycler via les filières classiques, lui sont envoyés en nombre par les écoles de ski et les clubs. Avec les 20 000 ensembles remplacés tous les deux ou quatre ans, Zoé Pellicier a de quoi remplir son garage. « Je ne manque pas de matière ! On utilise même les ceintures des pantalons de ski pour en faire des porte-clés. L’objectif est de donner une deuxième vie, stylée, à ces habits. Mais je ne prétends pas avoir la solution pour tous les valoriser tous », tempère la fondatrice.
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Prendre le problème à la racine

Les écoles de ski commencent à parler de 3e manche à leurs employés. Une première approche au recyclage, mais ce n’est pas assez selon Zoé Pellicier. « Des petites écoles de ski vont plus loin. Elles prêtent d’anciennes tenues aux stagiaires pour leur éviter d’en acheter. Et acceptent que les moniteurs gardent leurs vestes plus longtemps. Ce n’est pas grave s’ils n’ont pas tous les mêmes. Il faut adapter ça à chaque station et en fonction de l’usure des tenues. » D’autres encore commandent des produits siglés à leur effigie, conçus à partir de leurs tenues usées. Un moyen d’en prolonger la vie, tout en valorisant leur identité locale.
La jeune femme continue par ailleurs d’innover. Depuis l’année dernière, 3e manche s’est attaquée à revaloriser une autre matière du monde du ski alpin : les matelas de protection des pylônes des télésièges. Trop rigides pour en faire des vêtements, elle les transforme en trousses de toilette et housses d’ordinateur. « L’association Tyyny recycle la mousse à l’intérieur de ces matelas. Moi je m’occupe de leur emballage ! » Rien ne se perd.
Cet été, Zoé Pellicier prévoit de sortir une nouvelle gamme d’accessoires de voyage upcyclés. Et l’hiver prochain, ce sera un sac à chaussures de ski qui revalorise de nombreuses parties de ces vestes ! Son objectif ? Vivre à 100% de 3e manche… et continuer le monitorat pendant les vacances scolaires. ♦
*🎄Durant les fêtes de fin d’année (et les vacances qui vont avec), la rédaction de Marcelle reprend des forces, mais n’oublie pas ses lecteurs pour autant. Chaque journaliste a sélectionné un de ses articles (republié en lecture libre) et explique son choix – sachant que l’exercice a représenté un casse-tête homérique pour certains d’entre nous. De quoi clore 2025 et commencer 2026 dans l’optimisme et l’allant !