Société
À Meudon, étudiants et chercheurs se partagent un potager
L’association de résidences pour étudiants et jeunes (Arpej), qui assure la gestion locative de 93 sites en France, propose aux locataires des activités de jardinage. Treize jardins partagés ont été créés jusqu’à présent, dont un à Meudon, dans les Hauts-de-Seine, au sein d’une résidence accueillant également des chercheurs. Un potager à visée récréative et éducative.
En 1882, Marcelin Berthelot est allé à Meudon « planter ses choux ». Le chimiste et sénateur inamovible s’est installé dans cette commune francilienne à deux pas de la capitale pour réaliser des expériences, en particulier au sujet de la fixation de l’azote sur les végétaux. Il a fait édifier une tour de 28 mètres et ouvert une station de recherche de chimie végétale au sein d’une partie de l’ancien domaine royal, mise à disposition du Collège de France. Plus d’un siècle plus tard, le site appartient toujours à l’établissement d’enseignement supérieur. Il y a vingt-trois ans, l’ensemble a été transformé en une résidence pour chercheurs. Et on y plante toujours des légumes ainsi que des fruits. Mais, cette fois, pour le plaisir.
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En effet, l’association des résidences pour étudiants et jeunes (Arpej), qui assure la gestion du lieu, a créé il y a plusieurs années un jardin partagé mis à la disposition des locataires. Située au milieu d’un parc de 4,5 hectares en lisière de forêt et non loin d’un campus de l’Observatoire de Paris, cette résidence accueille tant des étudiants et des doctorants en astronomie que des professeurs et des chercheurs. Ariel Suhamy, animateur de la revue La Vie des idées au Collège de France, y vit depuis près de dix ans. Très régulièrement, l’agrégé et docteur en philosophie se rend au potager pour désherber ou planter au sein du parc des arbres fruitiers. « J’aime les voir pousser. Petit à petit, je remplace les vieux pommiers et les poiriers d’un ancien verger. »

Permaculture au jardin
Chaque résident est libre de fréquenter le potager, pour s’occuper, ou juste déposer ses déchets organiques dans le bac à compost. Durant ses heures perdues, chacun peut toucher à la terre, entretenir le jardin, expérimenter. Plusieurs fois dans l’année, Fabien Tournan, fondateur de Régénération végétale, vient donner un coup de main et lancer les opérations de plantation aux côtés des résidents volontaires. « Fabien Tournan pratique les préceptes de la permaculture, notamment la rotation de culture, en vue d’améliorer la fertilité du sol et d’éloigner de façon naturelle les ravageurs, à l’instar d’insectes et de champignons », explique Ariel Suhamy, souvent présent lors de ses interventions. En cette fin avril, celui-ci a hâte d’observer le comportement des tomates l’été prochain : « Il a beaucoup plu l’an dernier, et elles ont été attaquées par le mildiou… »
« Tous les résidents peuvent participer aux activités dans le jardin partagé, proposer des idées de végétaux à faire pousser. Le jardinier est là pour les conseiller », précise Marine Karsenti, responsable de l’innovation et des partenariats au sein de l’association.

© Arpej
Le jardin partagé pour éviter le repli sur soi
La structure entend accompagner au mieux les résidents, faire en sorte qu’ils s’approprient les espaces dont ils disposent. Sur l’ensemble du territoire, elle accueille 13 600 personnes au sein de 93 résidences, situées majoritairement en Île-de-France. « Souvent, glisse Marine Karsenti, on loge des étudiants qui s’installent dans une région qu’ils ou elles ne connaissent pas forcément. On veut que ces jeunes se sentent bien et puissent rencontrer leurs voisins. Il faut éviter tout repli sur soi. »
L’Arpej propose tout un tas d’activités, qu’elles soient culturelles, sportives ou dans le jardin. À Meudon, comme ailleurs, des apiculteurs s’affairent également autour de ruchers installés dans une visée éducative. Il y a même des pleurotes dans un garage d’une résidence située à Valenton, dans le Val-de-Marne. « On a su reconstituer les conditions de sous-bois pour cette culture de champignons. »
♦ Relire l’article : Que cultive-t-on dans un jardin partagé ?
Mobiliser les locataires
Pour autant, il n’est pas toujours aisé de mobiliser l’ensemble des résidents. De les faire venir au jardin partagé chaque semaine. Certains, au quotidien, manquent de temps, d’autres n’ont peut-être pas envie de manier la pelle et le râteau. En tout cas, il faut les prévenir que l’Arpej organise de manière régulière des ateliers au jardin, ne jamais cesser de s’y employer. D’autant qu’il y a un important turnover locataire. « En moyenne, raconte-t-elle, ils restent 17 mois au sein d’une résidence avant de repartir. » Alors, pour leur proposer d’assister et de participer aux ateliers, Marine Karsenti et son équipe vont régulièrement sur le terrain toquer à la porte des logements. Une démarche leur permettant de valoriser les événements organisés… presque au pied des immeubles. « Le porte-à-porte est beaucoup plus efficace que l’envoi d’un simple message par mail », sourit-elle.
Dans certaines résidences, les habitants s’organisent et créent des fils de conversation sur WhatsApp. Les locataires échangent sur les événements à proximité, que ce soit en vue de découvrir le miel des ruchers ou encore pour déterminer les essences d’arbres à planter dans les treize potagers créés par l’Arpej au sein des résidences.

© Arpej
Selon Ariel Suhamy, ce type d’animations a tout à fait sa place. Il pourrait même y en avoir davantage selon lui à Meudon, dans les Hauts-de-Seine. Par exemple pour sensibiliser à la faune de passage sur ce type d’espaces verts en lisière de forêt. « De nombreuses chenilles processionnaires sont de sortie actuellement. On verra si les nichoirs installés pourront attirer les mésanges charbonnières. » Celles-ci raffolent en effet du lépidoptère quand il en est au stade larvaire. Il faudra continuer à observer les passereaux affamés… ♦