Environnement
Redeem Equipment, la seconde vie du matériel de montagne
[je recycle, tu surcycles, ils valorisent – #8]
En Haute-Savoie, deux entrepreneuses donnent une seconde chance au matériel de montagne abîmé. Cordes, tentes, baudriers et bâches publicitaires deviennent sacs, porte-clés et accessoires outdoor. Découverte de l’univers engagé de Redeem Equipment, où économie et écologie vont de pair.
En anglais, le verbe « to redeem » signifie acheter, échanger ou réhabiliter quelque chose. Précisément ce que Pauline Calandot et Irène Marcotti ont décidé de faire avec le matériel de sports outdoor. Le collecter pour le transformer en accessoires de mode et de montagne. Et éviter qu’il ne finisse en déchet. Fortes de ces idées, elles ont créé Redeem Equipment, il y a six ans. <!–more–>
Un gâchis industriel de matière résistante et noble

Dans leur atelier localisé à Sallanches, au pied du Mont Blanc (Haute-Savoie), les deux entrepreneuses surfent sur la vague du surcyclage – l’art de valoriser les déchets du quotidien. Elles viennent tout juste de se faire livrer plusieurs kilos de cordes d’escalade et d’alpinisme usagées. Et Pauline Calandot et Irène Marcotti ont l’habitude de gérer ces commandes.
L’aventure est née d’une prise de conscience partagée : Pauline Calando, issue du monde associatif, cousait déjà des accessoires à partir de matériaux récupérés auprès de particuliers. « Je voyais bien la quantité de matos de montagne – de matière souvent noble et résistante ! – que les gens jetaient, développe la cofondatrice. L’économie et l’écologie sont liées, donc par souci économique d’abord, j’ai fait de la récup’. Puis ça a pris une dimension écologique propre. » De son côté, Irène Marcotti s’occupait du développement produit pour une marque de montagne. Elle se désolait du gâchis industriel qui y était pratiqué. Alors les deux copines se lancent et, avec des chutes de prototypes tout d’abord, l’histoire de Redeem Equipment commence à s’écrire en 2019.
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« Prouver que de vraies alternatives existent »

Le dispositif repose entièrement sur les dons et la collecte de vieux matériel de montagne (inutilisable pour des questions de sécurité, de goût ou d’usure). Des bornes en bois, fabriquées localement, sont mises à disposition des particuliers dans sept villes alpines : Sallanches, mais aussi Grenoble ou Chamonix. Plus récemment, le magasin Au Vieux Campeur de Paris en a également été doté. « C’était une vraie demande des pratiquants de montagne, assure Pauline Calandot. Avoir un endroit où déposer leur vieux matos. Maintenant, ils peuvent le faire dans ces boîtes au lieu de le jeter. On veut tout simplement prouver que de vraies alternatives existent. »
Du côté des entreprises, la dynamique est plus subtile. « Beaucoup nous ont approchées pour se débarrasser de leurs déchets. On a mis le holà. On veut qu’elles s’engagent vraiment dans une démarche d’économie circulaire. » Car Redeem Equipment ne se contente pas de récupérer ces kilos de cordes, parapentes, tentes et sacs à dos en fin de vie. Mais conçoit également des objets utiles pour les marques donatrices. « On valorise leurs rebuts, commente la cofondatrice. Avec Salomon par exemple, on a fabriqué des sacs, sacoches et housses d’ordinateur à partir des bâches publicitaires. Les produits sont ensuite vendus en dans les boutiques distribuant la marque et les bénéfices sont reversés à la Fondation Salomon. » Beal, Patagonia ou encore la Compagnie des guides de Chamonix ont aussi adhéré à la démarche.
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Du design local et solidaire
Fabriquer local, elles y tiennent nos entrepreneuses. Chaque objet est collecté et conçu sur place, découpé manuellement, lavé, repensé et recomposé. Un process entre les mains de trois employés à plein temps et de couturières indépendantes, sollicitées en fonction des besoins. Les demandes affluent : des trousses de secours pour l’École nationale de ski et d’alpinisme (Ensa), des objets sur mesure pour un événement de la marque Arc’teryx… « Et même des sacs à sèche-cheveux pour un hôtel de luxe du coin ! Faits à partir de toiles de parapente. Une bonne idée qu’ils optent plutôt pour ça », se réjouit Pauline Calandot.

Redeem Equipment, c’est aussi du social et du solidaire avec, chaque mercredi, des jeunes de l’Institut médico-éducatif (IME) de Passy ou de l’Esat du Mont Joly de Sallanches qui viennent prêter main-forte et apprendre. Ils démêlent les cordes, font des nœuds, participent à la fabrication. « On leur fait faire des tâches simples, directes. Ils découpent par exemple les chutes de tissu qui servent de rembourrage pour nos coussins. »
Pour autant, Irène Marcotti et Pauline Calandot ne prétendent pas sauver la planète. Elles travaillent en circuit court car « c’est comme ça que ça marche. Économiquement, éthiquement, écologiquement. L’industrie ne peut pas se réformer toute seule. Alors nous, on apporte une autre voie. » Sans courir après la croissance, mais en visant plutôt la constance, elles entendent continuer sur ce chemin. ♦