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Par Zoé Charef, le 15 septembre 2025

Journaliste

WOOD, l’immeuble en bois qui réinvente l’urbanisme durable

Le bâtiment WOOD, à Grenoble. ©Nicolas Trouillard

À Grenoble, le bâtiment WOOD s’impose comme la vitrine d’un urbanisme bas carbone. Structure 100% bois, terrasses végétalisées et innovations énergétiques en font un laboratoire grandeur nature de la ville durable. Un plaidoyer pour moins de béton, plus de matériaux biosourcés et de lumière, donc une meilleure qualité de vie ! 

Ce bâtiment de bureaux de six étages, inauguré en avril 2025 à Grenoble, aurait « six ans d’avance sur la réglementation », assure Charles Robert, directeur de programmes chez Vinci Immobilier. Sa structure 100% bois, ses terrasses végétalisées et ses performances énergétiques hors normes en seraient les atouts. Comme une vigie du nouvel urbanisme durable, l’immeuble WOOD se dresse fièrement sur la Presqu’île de Grenoble.

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Bois, terre et paille : le nouveau BTP  

Montagnes et bâtiment durable se lient à Grenoble. ©Nicolas Trouillard

« Le projet répond d’abord à nos objectifs d’emploi de matériaux biosourcés et de leur inscription dans cet environnement. Ce qu’on utilise le plus dans nos nouvelles constructions urbaines, c’est le bois. Bois, terre, paille, voilà le nouveau BTP ! », se réjouit Margot Belair, chargée de l’urbanisme à la Ville de Grenoble. Car dans la grande agglomération iséroise, l’idée est bien de faire du bois le nouveau béton. Une trame constructive préfabriquée, puis assemblée. Des façades où la matière brute se fait manifeste et permet ainsi d’éviter des centaines de tonnes de CO2. Le tout signe une ville bas carbone et agréable à vivre.

« Grenoble est une ville-laboratoire. Avec ses ambitions écologiques, elle nous autorise à expérimenter ce que nous devrons généraliser ailleurs demain », souligne Emmanuel Combarel, l’architecte du projet. Ainsi est né ce bâtiment qui joue avec les reliefs montagneux environnants.

♦ Lire aussi : Comment l’urbanisme relève le défi de la chaleur

Une autre vision des espaces de travail

Des espaces illuminés et aérés. ©Nicolas Trouillard

Concrètement, de quoi est fait un bâtiment « du futur » ? De matériaux plus « purs », oui. Mais aussi d’une autre vision des espaces de travail. Exit les couloirs fermés et les escaliers relégués au fond de l’immeuble. « On pense les circulations autrement. On fait en sorte que ce lieu soit plus en phase avec le mode de vie et de travail actuels, développe Emmanuel Combarel. Depuis le covid et le travail à la maison, les gens se sont aperçus que les entreprises ne proposaient pas des espaces valorisants et intégrant la dimension du bien-être ».

On opte par exemple pour des escaliers non cloisonnés et éclairés naturellement. Certains sont même en extérieur, pour profiter de la vue sur les montagnes et de la végétation lors des beaux jours. « La circulation est beaucoup plus fluide et on évite de mettre les travailleurs dans des boîtes closes », développe l’expert. 

Bonne qualité de l’air, photovoltaïque et plafonds froids rayonnants

Les stationnements au rez-de-chaussée, les espaces de travail baignés de lumière plus haut. ©Nicolas Trouillard

De son côté, Margot Belair souligne la dimension « santé au travail », présente dans la construction même. Au-delà des escaliers qui « invitent à bouger son corps plutôt qu’à prendre l’ascenseur », la circulation de l’air est un sujet important. Les grandes terrasses végétalisées et les portes-fenêtres baignent les travailleurs de lumière naturelle et d’air frais. Les matériaux choisis dans la construction n’altèrent pas non plus la qualité de l’air intérieur. « Ce bâtiment illustre notre charte de l’habitat favorable à la santé », note l’adjointe à l’urbanisme.

Entre les grands pylônes en bois qui font penser à des troncs d’arbres et la vue sur la nature, il semble faire bon travailler dans le bâtiment WOOD. Bon pour la santé, visuellement agréable avec ses végétaux, ses matériaux bruts, ses espaces dégagés… et la prouesse technique qui rend le tout possible. La climatisation, par exemple, n’est pas énergivore : la température ambiante est en effet assurée par des plafonds froids rayonnants qui garantissent une différence de sept degrés avec l’extérieur. Et la nappe phréatique, en sous-sol, est utilisée pour rafraîchir et chauffer l’air ; un système sobre plus connu sous le nom de géocooling. Des panneaux photovoltaïques complètent le dispositif sur la toiture.

« Moins de béton, moins de poussière, moins de bruit »

Les fenêtres et les courbes du bâtiment ont été étudiées pour coller avec l’environnement. ©Nicolas Trouillard

E3C2, BEPOS Effinergie 2017, HQE Très performant, BiodiverCity, autant de labels techniques certifiant une innovation en phase avec « les ambitions environnementales de la métropole », continue l’architecte du projet. Localisé sur l’avenue du Vercors, proche de l’important pôle scientifique de Grenoble, ce choix était bien sûr stratégique. « C’est une entrée de ville, très visible, complète Margot Belair. Ce bâtiment en bois donne une tonalité à nos projets urbains. Il illustre nos objectifs : des matériaux biosourcés, une qualité de l’air intérieur préservée, des circulations saines dans un espace de travail. »

Même les parkings pour les voitures et les vélos ont été pensés autrement : pas de terrassement massif, mais un bâtiment « posé » sur le sol, comme en lévitation, avec un espace laissé pour des stationnements ventilés naturellement. « Moins de béton, moins de poussière, moins de bruit, moins de camions qui font des allers-retours dans la ville », résume l’architecte.

♦ (re)lire : La rénovation : un enjeu crucial pour bâtir la ville de demain 

Le territoire, une réelle source d’inspiration

Bois, pierre, luminaires en forme de pomme de pin… ©Nicolas Trouillard

Dans ce quartier de la ville, ancienne friche industrielle en reconversion, ces nouveaux bureaux sont un emblème de la transition environnementale voulue par les élus. Sans oublier les nombreux matériaux naturels dont jouit le territoire isérois. Ainsi, le sol du hall évoque la lauze (roche alpine), ses murs sont en bois, ses luminaires en forme de pomme de pin. « Car nous voulions un bâtiment ancré dans son territoire », explique encore Emmanuel Combarel.

La première métropole écologiste de France mise beaucoup sur les mutations des quartiers, sans artificialiser de nouveaux sols. Mais en retapant l’existant, en « reconstruisant la ville sur elle-même. » D’ailleurs WOOD est un argument attestant que « bâtir autrement, avec moins de carbone et plus de qualité de vie, c’est possible ! »

Bonus

# Quelques chiffres clés : environ 6 000 m², 6 étages, 53 places de stationnement voiture, 125 places de vélo. Soit quelque 1200 m3 de bois et 350 tonnes de matériaux biosourcés ! 

# En 2023, ce projet innovant a été doublement récompensé aux Pyramides d’Argent avec le Prix de l’Immobilier d’Entreprise et le Grand Prix régional. Il a également reçu la Pyramide de Vermeil de l’Immobilier d’entreprise au concours national des Pyramides d’Or. 

# Dans d’autres villes. À Paris, le bâtiment Wood’up a été livré fin 2024. Avec ses 50 mètres de hauteur, ce bâtiment situé dans le 13e arrondissement est désormais le plus haut immeuble en structure bois d’Europe. Il illustre les nouvelles possibilités qu’offre la construction bois pour les immeubles de grande hauteur. Quelques années plus tôt, en ville précurseuse, Strasbourg inaugurait en 2019 déjà  l’immeuble Sensations, tout de bois vêtu lui aussi.