Environnement
Balance ton gecko !
La Société Herpétologique de Touraine invite le grand public à participer à une enquête naturaliste. Elle demande aux citoyens de leur signaler toute présence de tarentes de Maurétanie dans le Centre-Val de Loire ou ailleurs. Une démarche utile pour comprendre comment l’espèce de gecko évoluant en région méditerranéenne étend son aire de répartition vers le nord du pays.
Les tarentes de Maurétanie évoluent sur le pourtour méditerranéen depuis longtemps. L’espèce de gecko, en préoccupation mineure selon le classement de l’Union internationale pour la conservation de la nature, a colonisé le sud de la France à partir des années 1970. « Les habitants, glisse Cyril Michel, administrateur de la Société Herpétologique de Touraine, sont habitués à la voir. » En tout cas les personnes qui font attention à ce qui les entoure. Le petit reptile – 15 centimètres au mieux – fréquente volontiers les bâtiments d’habitation.

« On voit des tarentes plutôt au cours des soirées estivales non loin des luminaires et des lampadaires, explique l’herpétologue (l’herpétologie ou erpétologie étant la partie de la zoologie qui s’intéresse aux amphibiens et reptiles – NDLR). Les individus s’en approchent pour se nourrir des insectes volants attirés par la lumière. » Pourvues de pelotes adhésives organisées en lamelles sous les pattes, les tarentes se déplacent aisément sur des surfaces verticales, telles que les vitres. Ou le corps à l’envers au plafond pour chasser typiquement les moustiques, si peu appréciés du grand public. Selon Cyril Michel, elles jouissent ainsi d’un « capital sympathie non négligeable ».
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On les disperse vers le nord de la France

© Société herpétologique de Touraine
Chose rare du côté des reptiles français, l’aire de répartition des tarentes tend à augmenter. Et les humains y sont pour beaucoup : « On les disperse vers le nord du pays depuis plusieurs années. » Une évolution, poursuit-il, facilitée par la manie des uns et des autres de se déplacer et de transporter des marchandises. Typiquement des plantes et des arbres du Sud comme l’olivier que l’on achète pour son jardin. « Les tarentes pondent leurs œufs dans la terre, et c’est probable qu’elles finissent dans les pots que l’on transporte dans la partie nord de l’Hexagone. » Et c’est ainsi que l’on a retrouvé des spécimens en région Centre-Val de Loire, « dans des pépinières, dans les anfractuosités des végétaux, mais encore au sein d’entrepôts logistiques par exemple », explique l’administrateur de l’association naturaliste.
On sait déjà que de nombreux individus s’installent dans les grandes villes, telles que Grenoble, Lyon, Bordeaux ou encore Toulouse. Le spécialiste l’observe, « des populations apprécient les zones urbanisées au vu du nombre de bâtis et des îlots de chaleur ».
Avis de recherche

Plus précisément, afin de savoir combien de tarentes fréquentent désormais les territoires, notamment le Centre-Val de Loire (mais pas seulement), la Société Herpétologique de Touraine a lancé dès le printemps 2024 une enquête participative. Elle appelle les citoyens à signaler, photo ou vidéo à l’appui, la présence d’individus près de chez eux ou ailleurs. « Il est intéressant de se rendre compte et de suivre l’évolution de l’espèce. Les habitants pourraient être surpris », dit-il en souriant.
Au printemps dernier, l’association a relancé l’opération menée en partenariat avec l’Inventaire national du patrimoine naturel (l’INPN, portail administré par le Muséum national d’Histoire naturelle et l’office français de la biodiversité). Et l’action porte ses fruits. Des médias locaux en région Centre ont relayé l’avis de recherche, et de nombreuses personnes ont ouvert l’œil et se sont prêtées au jeu des sciences participatives ces dernières semaines. Y compris d’ailleurs en Bretagne, en Île-de-France, en Alsace ou dans les Hauts-de-France.
Cyril Michel indique avoir reçu « plus de 130 signalements depuis le début de l’opération », tant en provenance de zones très urbaines – à Tours même – que dans des territoires plus périphériques et ruraux. « J’ignorais qu’il y en avait autant », précise Cyril.
♦ Lire aussi : Les chercheurs en appellent au grand public pour scruter les fonds marins
Une démarche participative utile

© Société herpétologique de Touraine
Impliquer le grand public dans ce type d’initiatives naturalistes, lui donner envie de participer et de se mettre presque dans la peau d’un enquêteur ou d’une enquêtrice, lui semble en tout cas utile à plus d’un titre. D’abord en vue d’améliorer la connaissance au sujet des tarentes de Maurétanie. « À certains endroits, précise-t-il, on a vu des jeunes, on va essayer de les suivre pour comprendre s’ils se reproduisent à terme. »
L’association en profite pour échanger avec les participants. L’occasion, peut-être, de les aider, via les images, à mieux reconnaître ces geckos du jardin et de ne plus les confondre avec d’autres types de reptiles. Une opportunité en or également pour lutter contre les idées reçues. Contrairement à ce que certains pourraient imaginer, il ne s’agit pas d’une espèce exotique ; la tarente de Maurétanie fait bien partie des reptiles français. Et à ce titre, elle est intégrée à la faune sauvage de l’Hexagone et elle est strictement protégée. « Il convient de la laisser tranquille quand on la voit. » Cette bête à la peau pleine de protubérances n’est d’ailleurs pas dangereuse. « De manière générale, on connaît peu le monde des reptiles et des amphibiens, alors sensibiliser est important ».
Envie de protéger la faune sauvage
L’initiative en faveur des tarentes ne s’arrête pas à la fin de l’été. Elle se poursuivra au cours des saisons suivantes. Petit à petit, au vu des journées plus froides, les chances de tomber sur le gecko vont diminuer. Pour autant, il n’est pas impossible de croiser un individu au niveau d’une habitation, surtout si les températures augmentent à un moment donné d’ici la fin de l’année. « En hiver, les reptiles tombent en léthargie. En cas de journées un peu plus chaudes, ils peuvent toutefois ressortir. On peut observer des ruptures d’hivernation… »
Au-delà de la démarche, Cyril Michel, également à l’origine de SOS Serpent (lire bonus) invite le plus grand nombre à ouvrir l’œil et à s’intéresser à la vie des non-humains avec qui l’on partage le territoire. Le tout pour pouvoir, peut-être, arriver à les toucher. « Quand on connaît un peu mieux les animaux, on peut les apprécier davantage. Et peut-être que cela peut inciter certains à vouloir les protéger, qui sait ? » ♦
Bonus
# SOS Serpents. Cette opération menée par la Société herpétologique de Touraine vise à aider les personnes qui tombent sur une vipère, une couleuvre ou tout autre reptile dans leur jardin par exemple. Et qui recherchent de l’aide ou un conseil. : 06 16 10 02 13 ou 06 51 91 08 10 en PACA.
# Pour participer à cette enquête naturaliste. Rendez-vous sur le site de l’association pour remplir le formulaire. N’oubliez pas de télécharger votre photo ou votre vidéo.