Environnement
Une agence tous risques pour la biodiversité
À Saint-Barthélemy, le décor de carte postale, plages de sable blanc et eaux cristallines, cache une réalité plus complexe : la biodiversité de l’île est sous pression constante, du tourisme, de l’urbanisation, du réchauffement climatique et des espèces invasives. Face à ces multiples menaces, l’Agence Territoriale de l’Environnement (ATE) est devenue, depuis 2013, un organe central de protection disposant de son propre Code de l’Environnement.
« Notre action, notre mission est de protéger la biodiversité locale terrestre, marine et aviaire et de préserver un équilibre fragile, souvent menacé par les pratiques humaines », résume Emma Tinelli, responsable communication et éducation à l’environnement de l’ATE (l’Agence Territoriale de l’Environnement). Fort d’une équipe d’une dizaine de personnes, cet établissement public, organisme unique dans les territoires et départements français, est chargé d’appliquer le Code de l’environnement propre à Saint-Barthélemy, cette île française des Petites Antilles située en mer des Caraïbes. Au cœur historique de l’ATE figure la Réserve naturelle : créée en 1996, elle s’étend sur 1 200 hectares de zones marines et littorales.
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Un pouvoir de police

Depuis juin 2023, les bateaux de plus de 25 mètres ne peuvent plus pénétrer dans certaines zones de la réserve sous peine d’amendes. L’ATE doit faire preuve de réactivité, en suivant les mouvements depuis son promontoire perché à au-dessus du port de Gustavia. Et en faisant régulièrement des patrouilles dans les secteurs sensibles pour contrôler embarcations, plongeurs et jet-skis. Cette vigilance constante fait écho aux suivis écologiques. Ils permettent de mesurer l’état de santé des écosystèmes. Coraux, herbiers, poissons : tout est scruté et consigné. En octobre 2024, la barrière de corail a subi un blanchissement spectaculaire, conséquence directe d’un épisode de chaleur extrême sans pluie. « En quatre jours, les coraux sont passés du jaune-marron au blanc éclatant, signe d’un stress vital. Certains sont revenus à la vie, mais on en a perdu beaucoup », regrette Emma Tinelli.
Une réserve sous surveillance

Les patrouilles sont quotidiennes. « On a même installé une caméra radar sur le lagon pour surveiller la circulation des bateaux, car il y a des vitesses à respecter, notamment pour protéger les tortues ». Les infractions sont nombreuses : pêche et chasse illégales, braconnages, mouillages abusifs. Ici, le permis de pêche est obligatoire mais délivré à vie par l’ATE après une mini formation obligatoire pour connaître la règlementation et les espèces à préserver (la pêche est strictement interdite notamment dans la réserve naturelle). Les méga-yachts qui font jusqu’à 50 m de long sont responsables à 80% des infractions relevées. «Le but n’est pas de tout interdire, mais de réguler pour protéger le milieu. Car ici, chaque infraction peut avoir de graves conséquences : un ancrage mal placé et c’est un herbier de tortues qui disparaît. Une vitesse excessive de jet-ski ou de seabob et les tortues vertes peinent à remonter respirer ».
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Combattre les espèces envahissantes

La mer n’est pas le seul terrain de bataille. À terre, l’ATE mène une lutte incessante contre la faune exotique envahissante, introduite par l’homme et redoutable pour les écosystèmes insulaires. En tête des espèces préoccupantes, les chèvres sauvages (environ 5 000 têtes) et les chats errants qui perturbent la biodiversité locale. Autre prédateur indésirable, l’iguane rayé venu d’Amérique du Sud et qui menace d’extinction l’iguane des Petites Antilles. « L’iguane rayé, plus gros et plus fort, lui prend son habitat et sa nourriture. Avant, l’iguane local était le plus gros animal de l’île; il n’avait donc déployé aucun moyen de défense. Et c’est sans compter les microbes et les maladies véhiculés par les bateaux de plantes et qui impactent leur population».
La surpopulation de tortues charbonnières (mollocoï en patois local) devient également préoccupante. « Elles tendent à fragiliser les sols en ratissant la végétation. On étudie des solutions de stérilisation, mais celle-ci est compliquée et coûteuse pour les reptiles. Et nous n’avons sur l’île que des vétérinaires spécialisés en chiens et chats », reconnaît Emma Tinelli.
La préservation de la flore indigène
Protéger la biodiversité implique de préserver également la flore indigène, souvent éclipsée par des espèces importées. Les conteneurs de plantes qui arrivent dans l’île sont désormais contrôlés et les fleurs interdites sont saisies et détruites. « L’important, c’est de ne pas perdre nos espèces locales. Elles sont parfois moins spectaculaires, mais ce sont souvent des espèces rares qu’on ne retrouve pas ailleurs dans le monde, et surtout adaptées à notre île. Quand vous allez dans les villas ou les hôtels, vous voyez surtout des palmiers, des lauriers roses et des jasmins blancs venus d’Asie, des flamboyants de l’Océan Indien ou des bougainvilliers importés de Floride alors qu’ils ne sont pas adaptés à notre climat sec ».

Un aménagement du territoire contrôlé
Au-delà des missions techniques, l’ATE joue aussi un rôle central dans l’aménagement du territoire. Elle entretient une pépinière dans laquelle sont plantées des graines d’espèces autochtones pour les diffuser dans l’île. Ses agents analysent chaque demande de défrichement. Ils réalisent alors un inventaire préalable de la végétation et signalent la présence éventuelle d’espèces protégées.

Bonus
Un programme complet de sensibilisation des enfants. Face à ces menaces, la sensibilisation est devenue une arme essentielle. Ne serait-ce que pour expliquer les missions élargies de l’ATE, longtemps assimilée à la seule réserve naturelle préexistante. Elle a donc commencé ce travail pédagogique avec les enfants de Saint-Barth.

L’agence participe aussi à des événements grand public comme la Journée du patrimoine et le Jour de la Nuit mettant en lumière la biodiversité nocturne. Elle ne délaisse pas pour autant les messages vers les adultes en travaillant également en collaboration avec les entreprises et le secteur touristique.