AlimentationSolidarité

Par Agathe Perrier, le 6 octobre 2025

Journaliste

Des légumes gracieusement cultivés pour les plus modestes

Nadine et Laurence, bénévoles des Cols Verts Provence © Agathe Perrier

Près de quatre Français sur dix déclarent se restreindre sur leurs dépenses alimentaires par souci budgétaire. Notamment pour les produits bio. Afin de permettre aux plus modestes d’avoir accès à cette alimentation de qualité, les bénévoles de l’association Les Cols Verts Provence font pousser des légumes près de Marseille pour les distribuer gratuitement aux habitants de quartiers prioritaires.

C’est un rendez-vous que les habitants de Fardeloup essayent de ne jamais rater. Tous les mardis matin, des cagettes remplies de légumes, herbes aromatiques et fleurs comestibles sont livrées à l’Espace de proximité de ce quartier d’habitat social, perché sur les hauteurs de La Ciotat (Bouches-du-Rhône). Géré par la métropole Aix-Marseille-Provence, ses agents s’assurent de la bonne distribution des précieuses denrées aux personnes identifiées comme modestes. Ces dernières sont libres de se servir à leur guise, avec parcimonie tout de même, dans un esprit de partage. « Ça part généralement très vite, indique Sylvie, ravie de pouvoir encore mettre la main sur de belles tomates anciennes. C’est mon péché mignon, mais je n’en mange pas souvent car j’ai de petits moyens », glisse la coquette Ciotadenne.

Léa, au look également soigné – piercing au nez et lèvres glossées –, fait aussi partie des clientes régulières. « J’aime trop les légumes et les fruits », sourit-elle en remplissant son cabas. À son budget contraint s’ajoutent des difficultés logistiques pour s’approvisionner. « Y’a pas grand-chose à l’alim’ (ndlr : l’épicerie juste à côté) et ici c’est loin de tout », souligne-t-elle. Leurs victuailles dans leur sac respectif, chacune retourne à son quotidien. Sans avoir ouvert le porte-monnaie. « C’est totalement gratuit et sans contrepartie », explique Stéphane Meyere, coordinateur des Cols Verts Provence. Son association veille sur cette initiative solidaire, de la graine jusqu’à l’assiette.

Armée de bénévoles

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En ce début octobre, les légumes d’été cèdent progressivement la place aux incontournables de l’automne © Agathe Perrier

Les légumes proviennent d’une micro-ferme permacole installée quelques kilomètres plus au nord, à la frontière avec la commune de Ceyreste. 1 000 m² occupés par une serre, une ombrière et des parcelles à l’air libre. En ce début octobre, les légumes d’été – tomates, courgettes, aubergines, concombres, poivrons – cèdent progressivement la place aux incontournables de l’automne, tels les épinards, blettes ou encore choux. « On ne cultive pas de légumes racines car c’est compliqué en raison de notre terre argileuse. Et on préfère se concentrer sur un nombre limité de cultures », précise Stéphane Meyere.

Celui qui a imaginé ce projet il y a quatre ans, le développe aujourd’hui grâce à des jeunes en service civique – deux à trois selon les périodes – et des bénévoles. Comme Nadine, qui prête main forte tous les mardis. À ses côtés, Laurence se dit « moins constante ». « Mais là je vois qu’il y a plein de choses à planter, donc je vais venir plus », assure-t-elle. Ni maraîchères ni jardinières, elles ont appris à travailler la terre au fil des mois passés les mains dedans. Et n’hésitent pas à se renseigner sur internet pour parfaire leur pratique. « Stéph’ a sa façon de faire, mais il est aussi à l’écoute de ce qu’on lui dit. Personne n’est garant des connaissances et le jardin nous apprend beaucoup », glisse le joyeux binôme, motivé par l’envie d’aider les personnes dans le besoin.

♦ Lire aussi l’article « Une mairie cultive ses propres légumes pour ses cantines »

Extension à venir

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Stéphane Meyere, diététicien de formation, a changé de voie pour monter son projet de maraîchage solidaire © AP

Après deux années de maraîchage à son actif, l’association mûrit l’ambition de s’agrandir. Dès cet automne, une nouvelle serre va être érigée et les surfaces de culture vont grimper à 3 500 m². De quoi augmenter la production pour approvisionner un troisième lieu de distribution au printemps prochain, dans le quartier de l’Abeille – qui viendra s’ajouter à celui de Fardeloup et un autre dans le centre-ville de La Ciotat.

Une montée en puissance rendue possible grâce à la jardinerie voisine du moulin Saint-Estève, un autre maillon essentiel de cette chaîne solidaire. Son propriétaire, Ludovic Rigaud, prête le terrain actuellement occupé et les futures parcelles à l’association. « J’avais envie de soutenir ce type de projet, a-t-il récemment expliqué à La Provence. Cela permet de développer une activité en lien avec l’agriculture, avec en plus un volet social ». À terme, d’ici 2027, Les Cols Verts Provence devraient encore étendre leur terrain de jeu sur 1 500 m² supplémentaires, portant l’ensemble à 5 000 m².

♦ Lire aussi l’article « Le fabuleux destin des fruits et légumes moches »

À la recherche de nouvelles ressources

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À terme, la surface de culture augmentera de 1 000 à 5 000 m² © AP

Cette boucle vertueuse est financée dans le cadre du « contrat de ville », feuille de route signée entre l’État et les collectivités locales dans le but d’améliorer la qualité de vie dans les quartiers considérés comme prioritaires. Les Cols Verts Provence ont reçu quelque 27 000 euros de subventions sur les deux dernières années, octroyés par la ville de La Ciotat et la métropole Aix-Marseille-Provence, a détaillé cette dernière à Marcelle. Une nouvelle demande a été déposée « auprès des partenaires du contrat de ville pour la programmation 2026 », dont l’instruction est toujours en cours, a-t-elle précisé.

L’association cherche en parallèle à diversifier ses financements, consciente de la rigueur budgétaire imposée aux collectivités françaises. C’est donc notamment vers l’Europe qu’elle se tourne, en espérant décrocher des appels d’offres. Elle envisage aussi de vendre une partie de sa production quand elle sera plus conséquente. De quoi générer ses propres revenus, en plus des prestations de service qu’elle assure déjà. Sa priorité restera néanmoins le maraîchage solidaire, pour continuer à fournir les personnes dans le besoin. « Même si c’est juste un peu, une fois par semaine, c’est cool d’avoir ce service », glisse Léa. Et ce ne sont pas les autres bénéficiaires la contrediront. ♦

* Le fonds de dotation Compagnie Fruitière, parraine la rubrique alimentation et vous offre la lecture de cet article *

Bonus

[pour les abonnés] – Le réseau des Cols Verts – Leur donner un coup de main – Les Français et le bio –

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