AlimentationSanté
Cultiver l’appétit des seniors pour leur éviter la dénutrition
La dénutrition toucherait un million de personnes de plus de 65 ans en France. Un mal insidieux, aux conséquences parfois désastreuses pour la santé de nos aînés, contre lequel lutte l’association Les Insatiables. Depuis plus de dix ans, ses équipes mènent différentes actions de sensibilisation à travers la France auprès des seniors et de leurs proches, pour leur (re)donner le plaisir de faire bonne chère.
Les seniors n’ont pas besoin de manger autant que les plus jeunes puisqu’ils sont moins actifs. Ce type de cliché a la vie dure ; or il peut avoir des effets dangereux pour les personnes âgées. Car ne pas suffisamment s’alimenter, ou pas assez varié, peut les mener tout droit à la dénutrition et sa spirale infernale : perte d’énergie, amaigrissement, problèmes de santé, jusqu’à l’hospitalisation (lire bonus). « Même quelqu’un en surpoids peut être en dénutrition », souligne d’ailleurs Astrid Chazaux. Elle est cheffe de projet dans les Bouches-du-Rhône pour Les Insatiables, association spécialisée dans la prévention santé par l’alimentation, membre du groupe SOS.
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Face à elle, une assemblée de seniors réunis à l’occasion d’un concours culinaire entre trois Ehpad d’Aix-en-Provence. Le concept est simple : chaque équipe, constituée d’une demi-douzaine de résidents, doit engranger un maximum de points lors de deux épreuves. Un quiz sur la thématique de la nutrition de la personne âgée d’abord, suivi d’un atelier pratique où les groupes ont une heure pour concocter 30 bouchées individuelles, salées ou sucrées. Une activité qui les sort de leur train-train quotidien, voire rompt l’isolement que connaissent certains, tout en les sensibilisant à l’importance de bien se nourrir.
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Retrouver un plaisir d’antan

Didier, tablier serré autour de la taille, s’occupe avec rigueur du découpage des pommes sous l’œil avisé de Tina, sa « petite sœur de cœur ». « C’est une vraie cheffe », glisse Michaël, animateur au sein de la résidence Léopold Cartoux, qui a imaginé les recettes que sa brigade de résidents est en train d’élaborer. Au menu : aumônière de crêpe garnie d’une farce aux saveurs automnales (potimarron, champignons, châtaignes) et gâteau au yaourt aux pommes façon tatin. C’est loin des plats que la mamma italienne avait l’habitude de mijoter avant de s’installer à l’Ehpad, ce qui ne l’empêche pas d’apprécier le moment. « Ça me plaît et on se régale », appuie Tina de son accent méditerranéen, le fouet en action.
À la table voisine, France, fervente représentante de l’Ehpad Éléonore, hôte de la journée, reconnaît aussi avoir toujours aimé cuisiner. L’épluchage de pommes – son équipe s’est aussi lancée dans une recette de gâteaux à base de ce fruit de saison – lui rappelle d’ailleurs de vieux souvenirs. « Quand j’étais petite, j’étais préposée à la soupe tous les soirs ! J’aimais bien, contrairement au ménage », plaisante-t-elle. Si ses mains tremblent un peu plus aujourd’hui, du haut de ses 85 printemps, ses gestes restent néanmoins sûrs. Le personnel d’animation n’est de toute façon jamais loin pour donner un coup de pouce si besoin, épaulé par des jeunes en service civique de l’association Unicité. Une belle brochette intergénérationnelle.
Une activité qui rassemble

L’ambiance se veut conviviale et bon enfant. Si bien que le classement des jurés n’est finalement qu’accessoire. « Tu t’es amusé cet après-midi ? Alors c’est l’essentiel, t’as tout gagné », explique Michaël à Didier, compétiteur dans l’âme et fervent supporter de l’Olympique de Marseille dont il arbore le maillot.
Chaque équipe est repartie avec des cadeaux : un appareil de cuisine chacune –raclette, crêpes ou gaufres – et un kit d’animation imaginé par Les Insatiables, composé de quatre ateliers cuisine clé en main. De quoi planifier de futurs moments de partage avec leurs résidents.
D’ailleurs, le personnel de ces trois établissements en organise déjà régulièrement. À l’Hospitalité Saint-Thomas de Villeneuve, rendez-vous est ainsi donné trois fois par semaine. « Les résidents participants réalisent l’entrée ou le dessert du repas servi, explique Sylvie, aide-soignante responsable du pôle d’activités et de soins adaptés (PASA). C’est une bonne façon de stimuler leur autonomie ». Ils ont lieu une fois par semaine à la résidence Léopold Cartoux, où ils sont tout autant appréciés des seniors et font leur fierté lorsque les plats préparés sont dégustés par leurs proches.
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Des ateliers pour tous

Le concours culinaire inter-Ehpad est l’une des actions historiques et emblématiques des Insatiables. C’est toutefois loin d’être la seule. L’association propose des ateliers sur diverses thématiques – cuisine, décryptage d’étiquettes, stimulation des sens, etc. –, des balades, des lotos… Les formats sont divers et variés et dépendent de la réalité du terrain. « Puisque chaque territoire a ses spécificités, il nous paraît essentiel d’adapter nos actions à leurs enjeux (zone blanche, désert agricole…) et d’assurer leur complémentarité, indique la structure. Nous portons une attention particulière au fait de connaître nos bénéficiaires, répondre à leurs besoins afin de leur transmettre les savoir-faire liés à l’alimentation ».
L’association ne cible d’ailleurs plus seulement les seniors. C’était initialement le cas lors de sa création en 2014, « mais aujourd’hui, on s’ouvre à tous les publics », précise Astrid Chazaux. Car, quel que soit son âge, chacun a tout intérêt à adopter une alimentation équilibrée, pour sa santé et la planète. Dans cette optique, Les Insatiables sillonnent l’Hexagone à bord de leur camion mobile. Dans cette véritable cuisine ambulante, équipée « comme à la maison », une dizaine de personnes apprennent à réaliser des recettes saines, responsables et petit budget. Un bon moyen de sensibiliser un maximum de monde tout en passant un bon moment. ♦
Bonus
# Les idées reçues sur la dénutrition – Contrairement à la pensée générale, ce mal peut toucher tous les âges et pas seulement les personnes âgées, rappelle l’Agence régionale de Santé (ARS) Grand Est. Autre fake news que l’organisme débunke : la dénutrition serait incompatible avec toute activité physique. « L’activité physique adaptée et l’alimentation limitent la fonte musculaire, favorisent la guérison et accélèrent la convalescence », démonte-t-elle. Un échantillon parmi divers préjugés et recommandations pour repérer et combattre la dénutrition à retrouver sur son site internet.
# 2 millions de personnes seraient dénutries en France – Selon le Collectif de lutte contre la dénutrition. Une grande partie sont des seniors : 400 000 vivent encore à domicile et 270 000 résident en Ehpad. Parmi les autres publics concernés : les personnes malades – 40%des malades cancéreux sont dénutris et 40% des individus atteints par Alzheimer – et les enfants (un enfant hospitalisé sur dix est touché).