ÉducationSociété
ViensVoirMonTaf : un bon stage de 3ème pour tous !
Depuis 2015, ViensVoirMonTaf accompagne des collégiens en réseau d’éducation prioritaire vers des stages de 3e de qualité. Parce que l’inégalité d’accès aux réseaux doit être corrigée, l’association œuvre en France pour ouvrir les horizons des collégiens. Reportage à Grenoble dans les pas de Virginie, 14 ans.
Un mardi de novembre, fin de journée. Responsable de l’antenne grenobloise de l’association ViensVoirMonTaf (VVMT), Vincent Simon fait le tour des sites de stages, pour vérifier que tout se passe bien pour ses protégés. Dans les locaux de WeVan, une dizaine de véhicules sont garés et quelques-uns sont en cours de nettoyage. Il attend le retour de sa stagiaire Virginie, qui arrive bientôt, accompagnée de deux employées de l’entreprise, tout sourire. Depuis la veille, elle découvre le quotidien de cette entreprise de location de vans aménagés. Un univers bien éloigné de sa vie de collégienne.
135 stages en cours !
Il est vrai que la saison des stages de 3e bat son plein : 135 élèves sont actuellement en immersion professionnelle dans l’agglomération, répartis dans 78 entreprises partenaires. « Soit à peu près 40 stages par semaine. Dans l’informatique, la construction, le commerce, l’artisanat…, liste Vincent Simon. Notre premier objectif, c’est qu’ils changent un peu d’environnement socioculturel, qu’ils rencontrent des adultes bienveillants qui leur présentent leurs métiers. »
L’association, née en 2015 en région parisienne, s’est implantée à Grenoble en 2022 et travaille étroitement avec quatre collèges en réseau d’éducation prioritaire (REP et REP+) : Olympique, Aubrac, Vercors et Picasso.

Le réseau des jeunes sans réseau
Avec sa tutrice Kayla, elle-même étudiante alternante en licence, Virginie se familiarise avec le vocabulaire de l’entreprise, les procédures d’accueil, la comptabilité, le fonctionnement d’un garage. « On a déjà géré les amendes des clients, on a regardé les relevés de gestion, raconte la collégienne. Et cet après-midi, on est allées déposer deux vans pour des petites réparations. »
Bienveillante, Kayla sourit : « Je me mets à sa place et à son âge, j’aurais aimé pouvoir discuter avec des adultes, voir des métiers différents, en savoir plus sur leurs parcours. » Car dans les collèges défavorisés, les stages se déroulent trop souvent « à la pharmacie du coin ou à la boulangerie du quartier, faute de contacts familiaux. Ils ne se posent même pas la question de savoir s’ils peuvent découvrir une grande entreprise ou un secteur qui les intéresse davantage », souligne Vincent Simon.
VVMT offre ainsi un réseau à ceux qui n’en ont pas. Pour corriger cette inégalité sociale et les immerger dans des métiers « qu’ils n’auraient jamais envisagé comme une possibilité pour eux. »
Un accompagnement de A à Z

En mettant en relation élèves, entreprises et équipes éducatives via sa plateforme en ligne, VVMT permet aux collégiens de chercher les stages disponibles et de s’inscrire librement. C’est là que Virginie a trouvé son stage. « J’ai vu qu’il y avait du nettoyage, tout ça… et j’ai postulé. » Plutôt autonome, elle a rédigé sa lettre de motivation et fait signer sa convention de stage toute seule.

Mais pour ceux, moins dégourdis, qui auraient besoin d’aide, ViensVoirMonTaf propose des ateliers en classe sur les codes de l’entreprise, la rédaction d’une lettre de motivation, le choix d’un stage… Ils s’assurent également que le trajet entre le logement et l’entreprise accueillante est faisable. « En général, je viens avec eux pour la signature des conventions et on prend les transports en commun, on vérifie les horaires. Ça rassure les enfants et les parents, commente Vincent Simon. Ensuite, ils savent faire ! »
Cet accompagnement humain se confirme aussi du côté des entreprises, pour le suivi des élèves et la formation des tuteurs. « On voit avec eux ce qu’il est possible de faire. On met en place un programme structuré, varié, avec des tâches en autonomie et plusieurs référents. » Selon le responsable grenoblois, il n’y a pas de miracle : quand toutes les parties sont motivées, le stage se passe très bien !
♦ Lire aussi : Un collège inspirant contre l’échec scolaire
« J’ai tout aimé ! »

Virginie, pourtant, sait déjà qu’elle veut exercer le métier de sage-femme. En effet, ces stages ne visent pas nécessairement à susciter une vocation. « Ils ne sont pas faits pour déterminer leurs futurs métiers. Plutôt pour découvrir, rencontrer et gagner en autonomie. Et ici, en plus, pour corriger une inégalité », souligne Vincent Simon.
Les effets positifs se voient rapidement : Virginie discute avec l’équipe, avoue qu’elle préfère s’occuper de l’organisation des vans que de la partie comptabilité et semble contente de cette expérience. « Mais en fait, j’ai tout aimé ! », assure-t-elle. Comme cette collégienne, des dizaines d’autres s’adaptent actuellement à de nouveaux environnements. Le responsable de VVMT Grenoble ne semble pas inquiet pour le bon déroulé des stages : « 97% de ceux qui acceptent d’être tuteurs recommencent l’année suivante. Ça fonctionne et ils y voient de l’intérêt. »
Jérôme Wolff, gérant de WeVan, souligne cet esprit « coup de pouce » pour les jeunes. C’est la première fois qu’ils accueillent un(e) stagiaire et ils se sont formés pour être opérationnels. « On a connu cette initiative grâce à un ami et on a tout de suite trouvé ça intéressant. C’est difficile d’avancer sans réseau et on est satisfaits de pouvoir faire découvrir nos activités. On espère que ça offrira une première vision enrichissante du monde du travail à ces collégiens ! »
♦ (re)lire : L’orchestre s’invite au collège
Environ 27 500 élèves aidés par VVMT
Au détour d’une conversation, Vincent encourage Kayla, l’alternante, à montrer à Virginie le site de l’ONISEP, repérer les différentes filières du lycée et études supérieures envisageables. De quoi possiblement élargir les horizons des collégiens.
« Et tu as aussi ton rapport de stage à écrire, continue le responsable en s’adressant à l’élève. Ce serait bien d’y mettre des fiches-métiers. En faisant une mini-enquête sur leurs emplois, les points forts requis, quelles études ils et elles ont suivies… Comme ça tu vois des parcours variés. Ça peut aussi te donner des idées. »
Depuis trois ans de présence à Grenoble, VVMT et ses trois employés locaux assurent le lien entre les mondes du scolaire et du professionnel. Car les élèves d’établissements d’éducation prioritaire sont confrontés à des restrictions du champ de possibles « du fait de mécanismes émanant à la fois des institutions scolaires et des employeurs. »
En créant des ponts là où n’y en avait pas, ce sont déjà un peu plus de 27 500 élèves aidés par l’association qui ont revu leur avenir à la hausse. ♦
* La Criée, scène nationale de Marseille, parraine la rubrique éducation et vous offre la lecture de cet article *

Bonus
# Alors que ViensVoirMonTaf fête ses dix ans, voici quelques chiffres :
- une équipe de 23 personnes au total qui œuvrent dans toute la France : 12 en Île-de-France, 6 dans la métropole lyonnaise, 3 à Grenoble, et 2 à Marseille.
- Ils et elles travaillent avec un réseau d’environ 300 entreprises.
