Éducation

Par Agathe Perrier, le 26 janvier 2026

Journaliste

Relâcher la pression autour de Parcoursup

Photo d'illustration © Pixabay

Avec ses dizaines de milliers de formations proposées, bien souvent la plateforme Parcoursup désoriente plus qu’elle n’oriente les lycéens et leurs familles. Sans parler des (nombreuses) fausses informations qui circulent à son sujet et font encore un peu plus monter le stress, à quelques semaines du baccalauréat. Comment réduire la pression et gérer au mieux ce moment clé menant vers la vie étudiante ? Marcelle est allé demander conseil.

C’est une période que redoutent la plupart des lycéens et leurs parents en ce début d’année : la déclaration des vœux sur Parcoursup, la plateforme de préinscription aux études supérieures. Depuis lundi 19 janvier, les futurs étudiants ont deux mois pour déposer leur candidature auprès de différentes formations (lire bonus). « C’est assez stressant, reconnaît Naomi, en terminale au lycée Paul Mélizan d’Allauch, près de Marseille (Bouches-du-Rhône). C’est quand même quelque chose qui va avoir une incidence sur toute ma vie ».

Un sentiment partagé par une grande partie des plus de 980 000 candidats (lycéens, étudiants en réorientation, personnes en reprise d’étude). 60% à 70% d’entre eux se déclaraient en effet stressés et paniqués à la veille de l’ouverture de cette période décisive les quatre dernières années, selon un sondage réalisé par l’association Article 1.

Trop d’infos tue l’info

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Plus de 25 000 formations sont proposées sur Parcoursup © Capture d’écran

Il faut dire que le sujet de l’orientation est souvent comparé à une « jungle » tant il est fourni. Sur Parcoursup, plus de 25 000 formations sont proposées. Toutes regorgent de détails : caractéristiques, coûts, débouchés… Même les critères d’analyse des candidatures par les établissements sont précisés.

Si cette volonté d’éclairage et de transparence est louable, elle présente toutefois des limites. Surtout pour les personnes qui ne savent pas exactement dans quelle voie s’engager. « Il y a tellement de choses et, en même temps, il y a tout et rien, estime Naomi. On ne sait pas par où commencer, vers où aller. On est noyés dans les informations ». 21% des candidats se disent ainsi « perdus » au moment des vœux et 47% encore « hésitants » sur leurs choix d’orientation, alors qu’ils sont à quelques semaines du baccalauréat.

♦ Lire aussi l’article : « Des tiers-lieux « comme à la maison » pour les étudiants »

Casser les idées reçues

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Ange Sacchetti partage sur les réseaux ses conseils sur Parcoursup © Capture d’écran

Un constat qui n’étonne pas Ange Sacchetti. Connu sur les réseaux sociaux sous le pseudo « Ange Réussite », cet étudiant en deuxième année à Sciences Po Paris partage depuis quatre ans ses méthodes de travail pour aider les adolescents à mieux réussir à l’école. « Parcoursup met en avant l’orientation, sauf qu’il y a un manque d’accompagnement et de sensibilisation sur ce sujet. C’est un souci d’école et de société qui a pour conséquence que tout le monde – parents, profs, élèves – part avec l’idée que c’est compliqué », déplore celui qui cumule près d’un million d’abonnés sur TikTok et Instagram.

Pour baisser la pression, l’influenceur scolaire a dédié cette semaine plusieurs contenus vidéo à Parcoursup, comme chaque année à la même époque. Il y distille des astuces pour comprendre la plateforme, savoir où chercher les informations souhaitées, éviter les erreurs… Il tord aussi le cou aux fausses informations qui circulent et alimentent le stress. « La plus grande idée reçue est qu’il y a un algorithme qui classe les candidatures, c’est faux », assure-t-il. Une allégation également débunkée sur le site internet de la plateforme. Parcoursup « ne fait pas l’analyse des candidatures. Ce n’est donc jamais un algorithme qui décide de l’affectation (des candidats) », y est-il affirmé.

Démocratiser l’information

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La plateforme Vocajob permet de démocratiser l’accès à l’information sur les métiers © Capture d’écran

Une fois le recul pris et l’anxiété descendue au moins d’un cran, reste encore un problème à résoudre : comment savoir quoi faire ou être sûr que son choix est le bon ? Pour Naomi, aucun doute : elle fera des études de droit dans l’optique de devenir avocate. La future bachelière a été confortée dans son idée grâce à des retours d’expérience auprès de professionnels de son cercle familial et de stages. De précieuses sources d’informations auxquelles tout le monde n’a malheureusement pas accès.

Un trou dans la raquette que la plateforme Vocajob cherche justement à combler. « Son but est de démocratiser l’accès à l’information sur les métiers, peu importe d’où l’on vient et son bagage éducatif », explique son fondateur, Hervé. Ce site internet, lancé en 2011, regorge ainsi de plus de 300 fiches « métier ». À la différence de celles d’autres plateformes, il s’agit d’interviews de personnes exerçant les professions. « Ça permet de montrer la réalité des métiers et à quoi ressemble leur quotidien, de présenter les avantages et les inconvénients sans bullshit (sic) », souligne-t-il. Des fiches « parcours » viennent en parallèle éclairer des choix de carrière afin de montrer qu’elles ne sont pas toutes linéaires et qu’il est possible de parvenir à ses fins, même en prenant des chemins de traverse.

Dans la même veine, Ange Sacchetti recommande de prendre contact avec des étudiants inscrits dans la formation convoitée. Et pour cela, le réseau social LinkedIn se révèle être un annuaire géant et facilement accessible. En quelques clics, il est possible d’échanger avec des dizaines de personnes et d’obtenir leurs témoignages.

♦ Lire aussi l’article : « Travail : les jeunes sont-ils vraiment si fainéants ? »

Se faire accompagner

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Il ne faut pas hésiter à demander conseil pour choisir sa formation © Pixabay

Il ne faut pas non plus hésiter à demander de l’aide auprès du corps enseignant, notamment son professeur principal, ou de spécialistes de l’orientation. Ceux de la plateforme « Mon orientation en ligne » répondent d’ailleurs gratuitement aux questions, par mail, téléphone et même chat. Sans oublier les bons vieux salons de l’étudiant, pour rencontrer physiquement des représentants de formations et d’écoles.

Dernier conseil, peut-être évident : prendre le temps. À l’ère de la surstimulation, cela nécessite probablement quelques sacrifices. Mais le jeu en vaut la chandelle pour éviter de passer par la case réorientation, qui touche près encore d’un tiers des étudiants. En effet, 30% d’entre eux ne vont pas au-delà de leur première année d’étude à la suite d’un choix qu’ils ont finalement regretté. ♦

 

Bonus

# Les dates clés de Parcoursup en 2026 – Du 19 janvier au 12 mars : formulation des vœux, dix au maximum. Chaque candidat a, en parallèle, jusqu’au 1er avril pour compléter son dossier. Les premières réponses d’admission seront connues à partir du 2 juin. Plus d’infos en cliquant ici.

# Un bilan controversé – En 2025, 92% des lycéens et 82% des étudiants en réorientation ont reçu au moins une proposition d’admission sur Parcoursup, des chiffres stables par rapport à l’année d’avant. En moyenne, chaque candidat admis a reçu 4,9 propositions. Le nombre de saisines des commissions d’accès à l’enseignement supérieur (CAES), réservé aux personnes qui n’ont eu aucune proposition d’admission, a en revanche augmenté. Il est passé de près de 19 000 en 2024 à plus de 22 000 un an plus tard.

# Phénomène de mimétisme de promotion en promotion – Les lycéens d’un même établissement ont tendance à viser les mêmes formations que ceux des années précédentes, selon une récente étude de l’Institut des Politiques Publiques (IPP). À cette reproduction sociale s’ajoutent des mécanismes d’identification sociale : les jeunes s’inspirent davantage des trajectoires d’anciens élèves qui leur ressemblent. Si bien que, « à résultats scolaires équivalents, les élèves socialement défavorisés s’orientent vers des formations moins sélectives que les plus favorisés », ont constaté les chercheurs. Ce déterminisme pourrait notamment être évité grâce à un « accompagnement personnalisé et à un meilleur accès à l’information ».