Société

Par la rédaction, le 17 février 2026

Ciné-débat “Marseille fragmentée, entre repli et résistance, comment vit la ville ?”

''Je suis la nuit en plein midi'' de Gaspard Hirshi

[ciné-débat] Avec Je suis la nuit en plein midi, Gaspard Hirschi met en lumière une ville divisée entre le sud (quartiers bourgeois protégés par des voies privées) et le nord (entravé par les points de deal). Le 5 mars, à l’issue de la projection, une table ronde interrogera les conséquences de ces barrières physiques et symboliques. Mais aussi les initiatives citoyennes qui tentent de retisser du lien.

À Marseille, les résidences fermées se multiplient. Des rues disparaissent derrière les grilles et les portails coulissants, morcelant la ville en confettis. Ce cloisonnement de l’habitat, souvent motivé par des raisons de sécurité, bloque les voies traversantes, freinant les déplacements des riverains. Dans d’autres quartiers, ce sont les points de deal qui marquent une frontière invisible. Au-delà des nuisances pour les riverains, ces phénomènes symbolisent la réalité d’une ville polarisée, qui tend vers le repli et l’entre-soi.

♦ 1885 résidences fermées ont été répertoriées par les géographes du Laboratoire Population Environnement Développement d’Aix-Marseille Université.

Les Don Quichotte et Sancho Pança des temps modernes rentrent dans Marseille par effraction in ”Je suis la nuit en plein midi” de Gaspard Hirshi @DR

Le film Je suis la nuit en plein midi de Gaspard Hirschi donne la parole à cette ville fragmentée, à travers une odyssée décalée où deux anti-héros défient les barrières pour renouer le dialogue. Un chevalier (magnifique Manolo Bez du Théâtre du Centaure) et un livreur de pizzas, les Don Quichotte et Sancho Pança des temps modernes, décident en effet de rentrer dans Marseille par effraction. Ils errent du nord au sud, et font fi des barrages pour rencontrer les habitants. Entre fiction et réalité, ce film montre qu’il est possible de lever ces barrières physiques et mentales pour retrouver l’essence même de la cité phocéenne, reliée et fraternelle.

♦ Projection suivie d’une table ronde pour explorer ensemble les résistances et les chemins d’une cité réunifiée le 5 mars à 19h30 au cinéma Les Variétés, à Marseille (1er). Places en ligne ici.

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Pour nourrir le débat :

#Gaspard Hirshi, réalisateur et scénariste installé à Marseille depuis 2007, se distingue par une approche à la fois poétique et engagée de ses sujets, cherchant à comprendre le monde en général, comme il se présente.

#Elisabeth Dorier, géographe et professeure des universités, est une chercheuse émérite spécialiste de la fragmentation urbaine à Marseille, notamment à travers l’étude des résidences fermées et des inégalités territoriales qu’elles engendrent. En parallèle, elle pilote depuis dix ans le projet GRAPHITE. Cette initiative, qui mobilise chaque année des centaines de lycéens, œuvre pour favoriser l’interconnaissance et récréer du lien. Cette année, 350 élèves issus de douze classes et cinq lycées répartis du sud au nord de la ville, participent ainsi à des ateliers en lien avec les enseignements de géographie et d’enseignement moral et civique.

#Tarik Ghezali, cofondateur de la Fabrique du Nous qui accompagne depuis près de quinze ans à Marseille des dizaines de projets visant à abattre les murs invisibles pour réunir la cité et les Marseillais.

#Aude Fanlo et Hélia Paukner, commissaires de l’exposition Don Quichotte – Histoire de fou, histoire d’en rire  qui se tient au Mucem jusqu’au lundi 30 mars 2026.