Environnement

Par Philippe Lesaffre, le 26 février 2026

Journaliste

À Corbeil-Essonnes, les habitants invités à sortir les jumelles

Le vulcain ©DR

494 espèces de végétaux, 75 espèces de lépidoptères, 37 de coléoptères et presque autant d’odonates… Durant le mandat qui s’achève, la ville de Corbeil-Essonnes a conçu un Atlas de la biodiversité. Un bel outil visant à mieux connaître le vivant en vue de le préserver et un projet participatif invitant les habitants à contribuer au comptage des espèces animales et végétales de ce territoire du département de l’Essonne, au sud de Paris.

Au printemps 2024, Corbeil-Essonnes s’est lancée dans la conception d’un atlas de la biodiversité communale (bonus). “L’objectif a été de créer un outil visant à mieux connaître la faune et la flore du territoire en vue de protéger les espèces”, indique Sylvie Dayani. Selon la déléguée à la biodiversité et à la nature en ville au Conseil municipal, l’enjeu est capital “au vu de l’effondrement du vivant”.

Dans un premier temps, l’idée a été de collecter l’ensemble des études faune-flore d’ores déjà réalisées au sein de la commune de 55 000 habitants, qui compte “110 hectares de nature ouverts au public”, d’après l’élue. En effet, plusieurs inventaires avaient déjà été effectués ces dernières années sur certains espaces emblématiques de Corbeil-Essonnes. Par exemple par le Syndicat intercommunal d’aménagement, de rivières et du cycle de l’eau (SIARC). <!–more–>

Des inventaires faune-flore 

Muriel Hamerstehl, directrice de la transition écologique de la ville, cite en particulier le bord de Seine et la vallée de l’Essonne, du nom de la rivière. Ainsi que le Cirque de l’Essonne, un site naturel de 130 hectares de zones humides, d’ormaies, de frênaies ou de prairies qui touche en partie la commune. Celui-ci offre une mosaïque d’habitats importants propices à la présence d’espèces d’oiseaux, d’insectes et de végétaux.

Un flambé, papillon de jour – dit rhopalocère – assez commun, mais quasi menacé faisant partie des espèces découvertes lors des diagnostics ©DR

La mairie a été accompagnée par différents bureaux d’étude, comme ExtraCité, ou Auddicé qui a réalisé de nouveaux diagnostics dans des espaces identifiés par la mairie – des parcs publics, cours d’eau, sentiers, et là où l’on peut débusquer des chauves-souris dans des tunnels par exemple. Plus de 500 espèces animales et végétales ont été repérées grâce à ce travail (bonus).

“Il est primordial d’apprendre à partager notre espace et à connaître les espèces avec lesquelles nous cohabitons”, glisse Sylvie Dayani, déléguée à la nature en ville au côté du maire Bruno Piriou (divers gauche).

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Les habitants impliqués

Une mante religieuse, espèce d’odonate présente à Corbeil-Essonnes ©DR

La mairie s’en est rendu compte, l’élaboration de cet atlas est une occasion en or pour impliquer les habitants. Aussi les a-t-elle invités depuis le début de l’aventure à effectuer des observations, tant dans les zones les plus urbanisées qu’au sein des espaces verts. Des réunions publiques ont été organisées depuis 2024 afin de présenter le projet et d’inciter, in fine, le plus grand nombre à ouvrir l’œil. Depuis près de deux ans, les Corbeil-Essonnois ont donc la possibilité de noter ce qu’ils arrivent à dénicher lors de promenades ou de déplacements dans la ville.

Il suffit de s’y intéresser pour réussir à observer des animaux ou des plantes sauvages”, glisse Cyril Maré. Il est responsable de la Maison de la Transition écologique et solidaire (MTES), inaugurée en novembre 2023 sous l’égide de la mairie.

Dans le détail, les volontaires ont à enregistrer leurs données, photo à l’appui, sur l’application gratuite iNaturalist, sur laquelle on peut voir en temps réel ce qui a été identifié depuis le printemps 2024, période de lancement de l’Atlas. Près de deux ans plus tard, un peu avant la publication de cet article, on comptabilisait 796 observations de 471 différentes espèces. Parmi les plus repérées sur la plateforme se trouvent la zoropse à pattes épineuses, une araignée de grande taille, et la picride fausse vipérine, une plante très commune à fleur jaune et aux feuilles assez rêches. Mais encore l’abeille domestique, la coccinelle asiatique, le vulcain, un papillon taché de noir, de marron et d’orange (photo de couverture), le caloptéryx éclatant (l’odonate en photo) ou le martin-pêcheur.

Le caloptéryx éclatant fait partie des insectes les plus enregistrés sur iNaturalist à Corbeil-Essonnes ©DR

Sensibiliser à la protection des non-humains

“Il n’est pas nécessaire d’avoir des connaissances poussées, explique Cyril Maré. Les sciences ne sont pas réservées aux élites, chaque citoyen peut y prendre part grâce à ses observations.” Une action utile, soutient Muriel Hamerstehl : “Cela peut nous permettre d’enrichir nos bases de données.” D’autant que les habitants ont l’opportunité de “cocher”, comme on dit dans le jargon ornithologique, dans des zones peu accessibles aux associations naturalistes ou aux scientifiques, à savoir dans les jardins privés.

Pour l’heure, seules une cinquantaine de personnes ont sauté le pas au moins une fois en créant un compte sur iNaturalist et en enregistrant ce qu’elles ont dégoté. Ce qui est assez limité. Muriel Hamerstehl en a conscience, cela prend du temps de faire connaître telle ou telle initiative. Et de donner envie de s’y mettre.

Quoi qu’il arrive, la ville de Corbeil-Essonnes essaie en attendant de sensibiliser petits et grands à la préservation de “la biodiversité ordinaire”, selon le terme de Sylvie Dayani, l’élue municipale. La commune entend mettre sur la table la question des menaces auxquelles est confronté le monde du vivant. En premier lieu la destruction des milieux naturels (bonus). Pour autant, il est tout de même possible de se mobiliser collectivement, par exemple en prenant soin des habitats naturels. “On peut concevoir des corridors pour laisser les amphibiens et les petits mammifères se déplacer plus aisément. Et tondre moins fréquemment aussi pour les insectes”, énumère Muriel Hamerstehl.

Le célèbre martin-pêcheur, un oiseau repéré dans l’Essonne ©DR

Exposition itinérante pour les enfants

La mairie ne cesse de diffuser des messages. Depuis 2024, quelques sorties naturalistes, par exemple lors des Journées du patrimoine, ont permis aux plus curieux notamment d’apprendre comment reconnaître les espèces d’oiseaux ou de plantes les plus communes.

Une exposition itinérante a également vu le jour, en vue de mettre en avant quelques espèces présentes dans la cité, telles que le murin de Daubenton ou la mauve hérissée. Ensuite, pour expliquer notamment pourquoi il est important de sauvegarder les zones humides, l’antre des grenouilles agiles ou des orvets fragiles.

“L’objectif, précise Cyril Maré, est aussi de permettre au public de se reconnecter à son environnement proche. Et ainsi de changer de regard sur tous ces animaux qu’on connaît assez mal au final.

Cette réflexion concerne tous les publics, mais en particulier les enfants. En janvier dernier, la Maison de la transition écologique et solidaire (MTES) a ainsi accueilli “treize classes d’écoles primaires” pour que les jeunes découvrent l’exposition sur l’Atlas. L’occasion d’échanger au sujet de la défense de la biodiversité.

 ♦ (re)lire : Quand la recherche sollicite le grand public pour scruter les fonds marins

Penser temps long

L’ail des ours aperçu sur le territoire ©DR

Prochainement, l’exposition en accès libre gagnera d’autres lieux, typiquement des maisons de quartier ou des centres de loisirs. Selon Cyril Maré, l’initiative globale doit être “pensée à long terme”. D’autant que la nature évolue au fil des saisons et qu’il est intéressant de l’observer sur le temps long. Peu importe, donc, les échéances électorales et les élections municipales du mois de mars.

La MTES veut continuer d’organiser des balades ces prochains mois et d’inviter petits et grands à sortir les jumelles. Et ainsi poursuivre le travail de mise en lumière des non-humains. Le tout pour inciter toujours plus de monde à se pencher sur son environnement et à “découvrir la ville autrement”. D’autant que prendre conscience de ce qui nous entoure favorise “l’attachement au territoire”, estime-t-il. Quand on aime, on veut protéger ? ♦

Bonus

# Plus de 5 000 atlas Les Atlas de la biodiversité communale (ABC), sous l’égide de l’Office pour la biodiversité (OFB) depuis 2017, permettent aux communes et aux intercommunalités de mieux connaître, de préserver et de valoriser la biodiversité de leur territoire. Plus de 5000 communes en ont réalisé un qui a été soutenu par l’OFB. Celui de Corbeil-Essonnes a coûté 78 000 euros.

# Quelles espèces trouve-t-on à Corbeil-Essonnes ? L’Atlas en tant que tel, est un document d’une centaine de pages terminé en janvier 2026 (pas encore rendu public). Il regroupe l’ensemble des résultats des diagnostics réalisés avant le lancement de l’opération en 2024. On découvre ainsi que la ville accueille 494 espèces de végétaux, dont 24 plantes protégées et 24 espèces exotiques et envahissantes. Ainsi que 75 espèces de lépidoptères (groupe des papillons), 37 espèces de coléoptères, 35 espèces d’odonates (libellules, demoiselles), 21 espèces d’orthoptères (criquets…), 5 espèces d’amphibiens, 3 espèces de reptiles, 3 espèces de chiroptères, 11 espèces de mammifères hors chauves-souris, dont le hérisson et l’écureuil roux, et 81 espèces d’oiseaux.

# Les causes de l’érosion du vivant. La destruction des milieux naturels, la surexploitation des ressources (et le trafic illégal), le changement climatique, les pollutions… Mais aussi l’introduction (volontaire ou non) d’espèces exotiques envahissantes sont les cinq causes de l’érosion du vivant.