Un chien au collège pour apaiser les élèves
Depuis un an, un élève un peu particulier a débarqué dans un collège d’Aubagne (Bouches-du-Rhône). Il s’appelle Nao et c’est… un chien de presque 2 ans. Admise dans les cours, la boule de poils aux yeux d’un bleu de glace accompagne les enfants, notamment ceux qui sont affectés de troubles spécifiques du langage et des apprentissages. Sa présence améliorerait le bien-être dans la classe, en réduisant notamment le stress, et faciliterait le dialogue.
Ce lundi 2 mars, c’est la rentrée des vacances d’hiver pour les élèves du collège Joseph Lakanal d’Aubagne, commune située à une vingtaine de kilomètres de Marseille. C’est aussi la rentrée pour Nao, le berger australien qui a intégré l’établissement en décembre 2024. L’idée en revient à celle qui l’a adopté lorsqu’il n’était encore qu’un chiot. « Il était déjà très proche des enfants, se souvient Alexandra Bussez, enseignante spécialisée et coordinatrice de l’Unité locale pour l’inclusion scolaire (Ulis). Puisque, depuis des années, je me disais qu’un animal peut apporter beaucoup en classe, c’était le moment d’essayer ».
Le canidé a commencé par venir en demi-journées, avant de basculer sur des jours complets. Cette adaptation a permis de s’assurer de son bon comportement. « On y est allés progressivement », explique Hervé Couturier, le principal du collège, pour qui la sécurité était primordiale. Nao est aujourd’hui la mascotte de l’établissement, autant pour les élèves que pour l’ensemble du personnel.

Boule d’amour
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Nao suit le planning d’Alexandra Bussez, qui accompagne en classe les élèves présentant des troubles spécifiques du langage ou de l’apprentissage. Pendant que les jeunes adolescents écoutent le cours, le berger australien vit sa vie. Il déambule entre les rangs, passe sous les tables ou pique sa meilleure sieste. « On pourrait penser que sa présence agite les élèves mais, au contraire, ça les apaise », affirme madame Grec, professeure de français. Et son homologue en mathématiques, madame Benquey, d’ajouter : « Les élèves ont compris que Nao ne doit pas être l’objet de déconcentration. Il faut parfois le redire, mais comme dans toutes les classes et sur d’autres sujets ».
Les deux enseignantes voient des différences avec les cours où Nao n’est pas là. « Il amène beaucoup de douceur et de joie de vivre. Et un enfant dans la joie n’apprend pas de la même façon », souligne madame Benquey. « Quand ils sont stressés, les enfants lui font un câlin. C’est hyper apaisant », appuie madame Grec, reconnaissant qu’au départ elle n’était pas vraiment convaincue. Une opinion qui, depuis, a changé.
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Classes apaisées

Les élèves, eux, sont unanimes. « Nao apporte de la bonne humeur », apprécie Caleb, du haut de ses 11 ans. Un avis partagé par Chloé, qui ne manque jamais une occasion d’enlacer le toutou. Les adolescents adaptent d’ailleurs leur comportement en fonction de celui du berger australien. Lorsque l’agitation gagne les rangs, le chien s’excite aussi, signe qu’il faut revenir au calme. Et quand il dort, ils s’appliquent à ne pas faire trop de bruit pour ne pas le réveiller.
Si la littérature scientifique sur la médiation animale en milieu scolaire n’en est qu’à ses prémices en France, des études ont déjà montré l’impact positif de la présence d’un animal, selon un rapport de la Cité des sciences paru en mars 2025. Notamment une amélioration du bien-être des élèves, une réduction du stress et de l’anxiété, une potentielle réduction des comportements problématiques et une meilleure participation. « Des études américaines menées par Nancy Gee, pionnière du domaine, suggèrent [aussi] une amélioration des habiletés cognitives (mémorisation, catégorisation) possiblement liée à la réduction du stress et à l’augmentation de la motivation », peut-on lire.
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Délier la parole

Chloé soulève un autre point, sans forcément s’en rendre compte. « Nao nous permet de nous sentir moins seul », lance-t-elle l’air de rien. Une phrase lourde de sens, puisque l’on sait que le cadre scolaire peut être source de mal-être profond pour certains adolescents. Le berger australien a d’ailleurs permis l’année passée de débloquer des situations. « Des élèves ne voulaient plus aller en cours, mais seulement voir Nao, rembobine Alexandra Bussez. Ça m’a permis d’amorcer une discussion et ils ont accepté ensuite d’aller voir le psychologue ».
La direction du collège Lakanal étudie désormais comment étendre l’initiative. « On a pu voir les impacts positifs et le lien social que Nao apporte, donc on aimerait développer d’autres d’actions en faveur des animaux et de la médiation animale. Car on a de plus en plus d’élèves qui ne sont pas bien, qui ne vont pas bien », expose madame Como, la CPE (conseillère principale d’éducation). Une « journée de l’animal » est d’ores et déjà prévue le 12 mai prochain, avec des partenaires extérieurs qui assureront des animations. Un appel à projets pour mettre en place des actions de médiation animale pour les élèves est aussi dans les cartons pour l’année prochaine. Nao n’a donc pas fini d’arpenter les couloirs du collège aubagnais, pour le plus grand bonheur des élèves et de tout le personnel. ♦
Bonus
# Un compagnon, pas un outil – Dans le cadre d’un dispositif de médiation animal, les besoins physiques, émotionnels et affectifs de l’animal doivent être pris en compte et respectés, comme le rappelle la Cité des sciences dans son rapport. C’est évidemment le cas pour Nao. À chaque interclasse, Alexandra Bussez le sort dans le jardin qui entoure le collège. En outre, il n’est pas constamment dans des classes remplies d’élèves, certaines heures se passent en petit comité.
# La médiation animale a déjà fait ses preuves – Ses débuts remonteraient aux années 1960 en France. Aujourd’hui, la pratique est répandue dans le pays, particulièrement dans les établissements liés au handicap et dans les Ehpad. Plus récemment, c’est dans le secteur de la justice qu’elle s’est imposée. Depuis 2019, un nouveau dispositif est en effet proposé aux victimes lors des audiences : la présence d’un chien d’assistance judiciaire. « Sa présence rassurante permet de libérer la parole, de diminuer le rythme cardiaque et l’anxiété, notamment chez les jeunes enfants », souligne le ministère de la Justice. Plus d’infos en cliquant ici.