Environnement

Par Audrey Savournin, le 18 mars 2026

Journaliste

Mauvaise gestion des déchets : les Marseillais disent « basta » !

Le tout récent collectif Basta s’est emparé du sujet de la propreté à Marseille et met la pression sur les candidats aux élections municipales. © Basta

Sans surprise, la propreté et la gestion des déchets sont au centre de la campagne des municipales à Marseille. Mais cette fois le débat ne mobilise pas seulement les différents candidats. Le tout récent collectif Basta s’est lui aussi emparé du sujet, avec la ferme intention de placer les citoyens au cœur des discussions. Pour lancer son action, il a mené une vaste enquête à laquelle plus de 3 700 personnes habitant ou travaillant dans la ville ont répondu. Puis a fait signer un Pacte pour Marseille propre à l’ensemble des listes.

Les déjections canines, les décharges sauvages, les poubelles qui débordent… Félix de Monts n’en peut plus. Ce néo-Marseillais, installé dans la cité phocéenne depuis trois ans, a décidé de dire stop. « Basta » plus précisément, puisque c’est le nom qu’il a donné au collectif créé en cette année d’élections municipales pour « sortir de la résignation » et « faire avancer le sujet de la propreté et de la gestion des déchets ».

Avec des ambitions à court terme puisqu’il espère avoir un impact sur le ou la future maire ainsi que sur le futur ou la future président(e) de la Métropole Aix-Marseille Provence, très largement compétente en la matière. Mais aussi « à dix ans », puisque tout ne peut être réglé en quelques mois. « Nous voulons faire en sorte que ça bouge sur la durée. Que l’on sorte des discours répétant que les Marseillais sont sales et les élus locaux incompétents, précise-t-il. La propreté est une des priorités des habitants à qui il faut redonner la parole. »

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Une gestion des déchets très coûteuse

Félix de Monts est à l’origine du collectif Basta.
Félix de Monts est à l’origine du collectif Basta. © DR

Le constat de départ est simple : la quantité d’ordures ménagères générées à Marseille est 40% plus importante que dans les grandes villes équivalentes, le tri y est 2 à 3 fois moins pratiqué et la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (calculée sur la même base que la taxe foncière, c’est-à-dire la moitié de la valeur locative cadastrale de la propriété) est parmi les plus élevées de France avec un taux de 18%, contre une moyenne nationale de 9%, énumère Basta. C’est aussi la plus élevée de la Métropole (14% dans les autres communes), même si l’écart se réduit.

« Le traitement des déchets coûte 2,5 fois plus cher à Marseille qu’à Bordeaux ou à Lyon où il est bien géré », prolonge l’initiateur de Basta, par ailleurs fondateur de Vendredi, une plateforme qui permet aux entreprises et salariés de s’engager. « C’est une gabegie totale. Il faut de la transparence, éventuellement des actions en justice contre la Métropole qui n’est pas dans les clous, n’assure pas un service correct et dégrade l’environnement, et du bon sens. » Car, selon le collectif citoyen, si c’est si cher, c’est parce que 80% des déchets ne sont pas triés et donc incinérés, ce qui est très coûteux. Alors que les ordures ménagères à proprement parler ne représentent que 20% des déchets.

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Une vaste enquête auprès des habitants

Constitué d’abord avec des acteurs associatifs historiques comme Clean my Calanques, Un déchet par jour ou Alternatiba, Basta a vocation à embarquer un maximum de Marseillais lambda. Le collectif a donc lancé une grande consultation en ligne avant d’en tirer un plaidoyer « réalisé avec beaucoup d’acteurs hétérogènes », souligne Félix de Monts. Ce sont les premiers concernés, à eux d’évaluer la sit­uation. En deux minutes, chaque volontaire habitant ou travaillant à Marseille a pu répondre aux dix questions de départ. Ceux disposant d’un quart d’heure ont même pu se pencher sur la totalité des 50 items. L’idée ? « Disposer de données localisées et mesurables, d’indiquer que l’on souhaite une démarche différente, un rapport intelligent, et enfin d’identifier des personnes prêtes à se mobiliser à nos côtés ».

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La propreté, une priorité

Grâce à l’enquête, le collectif a pu réaliser un premier état des lieux sur la propreté des rues, des parcs et jardins ainsi que des plages.
Grâce à l’enquête, le collectif a pu réaliser un premier état des lieux sur la propreté des rues, des parcs et jardins ainsi que des plages. © Basta

Et le bilan des plus de 3 700 répondants à ce baromètre est sans appel. Ils sont 79% à juger que la ville est « très sale ». 86% à estimer qu’il n’y a eu aucune amélioration ces cinq dernières années. 75% à classer la question de la gestion des déchets et de la propreté dans le top 3 des problématiques à traiter. Un constat amer difficile à généraliser. Car l’échantillon n’est pas statistiquement représentatif de la population marseillaise, qui compte environ 885 000 personnes. Mais une indication sur la perception que les habitants ont de leur ville. Et surtout, la preuve que plus de 3 700 personnes ayant eu connaissance de l’enquête se sont senties suffisamment concernées pour donner leur avis entre le 20 décembre 2025 et le 10 février 2026.

Cela a permis au collectif d’établir un premier état des lieux sur la propreté des rues, des parcs et jardins ainsi que des plages. Mais aussi sur le système de tri ou encore la gestion des déchets. Si près de la moitié des répondants marseillais ignorent le montant de leur taxe d’enlèvement des ordures ménagères, 71% savent qu’elle est plus élevée que dans les autres communes de la Métropole.

Une démarche constructive

Parmi les pistes prônées par Basta, le développement du tri.
Parmi les pistes prônées par Basta, le développement du tri. © Basta

Une donnée que l’initiateur de Basta a bien en tête et ne digère pas. « Plus je creuse, plus je trouve la situation absurde », insiste Félix de Monts. Assumant pleinement « une démarche politique mais apartisane, rationnelle et constructive ». L’enquête a d’ailleurs permis aux répondants de proposer des solutions. Des points repris par Basta dans son Pacte pour Marseille propre. Un texte rédigé également à partir de recommandations déjà effectuées et de contributions d’experts. Il a été signé par l’ensemble des listes des candidats aux municipales, qui s’engagent à mettre en œuvre les 21 mesures. Mais aussi à convoquer rapidement des États généraux de la propreté. Prévus entre mai et octobre 2026, ils seraient co-présidés par la Mairie, la Métropole et Basta. Et viseraient à « sanctuariser le financement du plan, lever les blocages opérationnels et choisir les premiers quartiers pilotes » dixit le collectif.

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Ce dernier plaide notamment pour un élu marseillais, responsable politique identifié. Et pour un responsable opérationnel unique ainsi qu’un comité citoyen trimestriel par quartier. Mais aussi pour des offres adaptées et une juste contribution des professionnels. Pour la suppression des bacs ouverts au vent. Ou encore pour le développement du tri. « Si on installe des bornes tous les 150 mètres à la place des bacs roulants classiques. Qu’on rassure les habitants sur la réalité du tri (Ndlr : il a longtemps été dit que les déchets triés finissaient eux aussi à l’incinérateur). Et qu’on leur explique que ce qui coûte le plus, c’est les ordures non triées, on règle 80% du problème, assure Félix de Monts. Aujourd’hui, on paie tous l’addition. » ♦

 

Bonus

# Les solutions des citoyens – Beaucoup des 3700 répondants à l’enquête menée par Basta 20 décembre 2025 et le 10 février 2026 ont suggéré de favoriser la coopération Mairie-Métropole (à 91%), de nettoyer plus régulièrement les rues (86%), d’installer plus de corbeilles et poubelles de rue (88%), de mieux adapter la fréquence de collecte (89%), de démultiplier les points de tri (80%), de répondre aux besoins des professionnels (89%) et de sanctionner les responsables de dépôts sauvages (87% pour les professionnels, 90% pour les particuliers).