Un refuge pour la faune au plus près des transformateurs électriques
À Paris, le gestionnaire de réseau de distribution d’électricité Enedis se mobilise pour la biodiversité. Dès 2013, l’entreprise a mis en place des refuges LPO sur le terrain dont elle dispose, autour de dix postes sources parisiens.
Enedis, le gestionnaire du réseau de distribution d’électricité, s’occupe à Paris d’une trentaine de postes sources. Ce sont des ouvrages électriques visant à transformer une très haute tension en haute tension. Dans la ville, ces équipements sont parfois implantés au sein d’un espace vert d’une centaine de mètres carrés ou plus. Il en va ainsi des dix postes sources situés dans différents arrondissements de la capitale. L’équipe d’Enedis s’est engagée à y préserver la biodiversité locale. Dès 2013, elle y a installé des panneaux « Refuge LPO ».

Cela fait seize ans que la structure a noué un partenariat au niveau national avec la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). L’association de défense de la faune sauvage l’aide à « réduire son empreinte écologique », selon les termes de l’organisation. Enedis en a pris conscience, les lignes électriques aériennes qui traversent les champs et les forêts en France représentent une cause majeure de mortalité des animaux. Chaque année, des oiseaux et des chauves-souris meurent en effet par électrocution ou après une collision ; et l’entreprise essaie d’y remédier.
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Des refuges LPO pour…
À Paris, le réseau est principalement souterrain, mais le gestionnaire voulait tout de même agir pour sauvegarder les non-humains qu’elle accueille au plus près des postes sources. « Étant donné que ce sont des lieux fermés au public et au vu du manque de passage, indique Adèle Maler, responsable environnement d’Enedis Paris, nous avons compris à quel point il était intéressant d’ensauvager ces espaces naturels et d’éviter les interventions dans la mesure du possible. »

Depuis plus de cent ans (voir bonus), l’ONG cherche à impliquer les citoyens en vue de défendre les pics, les mésanges et les abeilles sauvages. Sur le territoire, l’association recense actuellement plus de 62 700 refuges LPO, dont les sites d’Enedis Paris. En tout, cela représente plus de 70 000 hectares d’espaces préservés, ce qui est loin d’être négligeable afin de sauvegarder ce qui nous entoure.
…accueillir la biodiversité
Des dizaines d’organisations comme Enedis ont sauté le pas aux côtés de l’association présidée par Allain Bougrain Dubourg. Dans la catégorie « entreprises », l’ONG dénombre 407 refuges LPO, soit 6 680 hectares. Pour que celle-ci leur valide l’inscription Refuge LPO (opération payante – voir bonus), encore faut-il que « le site présente un intérêt écologique avéré », souligne Clémence Lerondeau, responsable des programmes d’actions citoyennes à la LPO. En somme, « le sol doit respirer » et compter « un minimum de 30% d’espaces végétalisés de pleine terre », explique-t-elle encore.
Les propriétaires d’espaces verts non artificiels, tant les entreprises que les collectivités et les particuliers, consentent à respecter une charte ainsi qu’une série de quinze gestes visant à « accueillir, protéger et favoriser la biodiversité », pour une durée de trois à cinq ans en général. Typiquement, il ne peut y avoir d’activités de chasse ou de pêche. Et il convient d’éviter toutes les pollutions, y compris lumineuses et sonores. « Bien entendu, ajoute Clémence Lerondeau, on incite les uns et les autres à se mobiliser également en-dehors des refuges LPO pour que ce soit cohérent. »

La Ligue pour la protection des oiseaux met à disposition des entreprises volontaires “des connaissances scientifiques et naturalistes”. Elle réalise des diagnostics faune-flore, puisque “pour protéger, il faut d’abord connaître”, affirme la LPO. Celle-ci leur propose un plan d’actions réalisé sur-mesure et vérifie ensuite que les engagements en faveur du vivant soient « respectés dans la durée et en vue du renouvellement du refuge », indique Wendy Lambillon, à Enedis Paris. « Nous souhaitions laisser la nature évoluer à sa guise », précise encore cette responsable environnement.
Limiter les interventions
Dans le détail, Enedis Paris a renoncé, dans ses refuges LPO, aux produits phytosanitaires. Et évite de tondre – ou alors juste pour laisser un passage aux agents. Le groupe peut intervenir « en cas de besoin d’accéder par exemple à une zone donnée », explique Wendy Lambillon. Mais jamais entre mars et octobre, soit durant les périodes de nidification des volatiles. L’équipe a installé des nichoirs au plus près des équipements et les nettoie régulièrement avec de l’huile de lin.
Enedis retire parfois des végétaux envahissants, à l’instar des spirées de Van Houtte issues de Mongolie. À la place l’entreprise plante des espèces endémiques, telles que des sorbiers des oiseleurs, des sureaux noirs, des cornouillers sanguins, des lierres, des groseilliers à grappe, des genêts à balai, des houx, des digitales ou des centaurées des prés.

Une fois par an, Florent Huon, chargé d’étude de la LPO Île-de-France, effectue un inventaire sur place. « On attend les résultats du dernier passage », nous glisse Adèle Maler. Les années précédentes, des nids de mésanges charbonnières avaient été par exemple repérés près du poste source Temple, situé dans le 10e arrondissement. Sur place, Enedis a d’ailleurs posé une vitrophanie sur des vitrages : un autocollant visant à « alerter la faune de l’obstacle », détaille Adèle Maler.
Sensibiliser
Les refuges LPO offrent l’opportunité aux entreprises de mettre en lumière leur engagement. La Ligue pour la protection des oiseaux peut leur recommander « un certain nombre d’idées pour sensibiliser ou impliquer les collaborateurs », glisse Clémence Lerondeau. Tout dépend de ce qui est possible d’effectuer. Du côté d’Enedis Paris, l’équipe profite de certains événements pour faire connaître aux collaborateurs l’ensemble des initiatives en faveur du vivant. “Cela a du sens pour nous”, soutiennent Adèle Maler et Wendy Lambillon.
Elles y pensent durant notre échange. Un élu de la ville était venu découvrir les lieux lors de la précédente mandature : « Maintenant que la campagne des élections municipales est passée, il faudrait en organiser une autre. » ♦
Bonus
# LPO recense 62 737 terrains inscrits comme refuges LPO . Soit un total de 70 100 hectares d’espaces préservés
Dans le détail :
- 54 035 jardins et 2 341 balcons du côté des particuliers,
- 5 034 sites catégorisés « établissements » accueillant du public (écoles, hôpitaux, bibliothèques…),
- 920 sites appartenant aux collectivités et aux administrations publiques,
- 407 terrains d’entreprises, soit 6 680 ha (avec une moyenne de 9,2 ha par site).
- Le premier a été mis en place en 2008 sur un espace appartenant à l’époque au groupe Yves Rocher (aujourd’hui Arcade Beauty). Le refuge LPO est situé à Ploërmel en Bretagne. Une carte de France est disponible ici.
# Les refuges LPO ont plus de 100 ans. Le premier refuge date de 1921, comme l’a raconté la LPO. C’est dans les années 1980 que les choses se sont accélérées pour l’association lancée en 1912.
# Signer un refuge LPO n’est pas gratuit
- L’inscription Refuge Entreprise est de 399 euros pour la LPO-France (200 euros pour les frais d’abonnement, 50 pour le coffret d’accueil (nichoir, guides), 149 euros en ce qui concerne le panneau Refuges (personnalisé).
- Les frais d’accompagnement de la LPO locale, dont les inventaires et les audits, sont sur devis et à régler à la LPO locale. Plus d’infos : ici
# On peut aussi s’engager avec d’autres associations :
- En créant un « Havre de paix pour la loutre d’Europe» avec la Société française pour l’étude et la protection des mammifères (SFEPM).
- Ou un « Havre de vie sauvage» avec l’Aspas.
