À Cannes, un cinéma de transmission entre la Méditerranée et l’Afrique
Présent au Festival de Cannes, le réalisateur marseillais Gérard Chargé poursuit un parcours atypique, à la croisée du journalisme, du cinéma, de la réalisation et de la transmission. Fondateur de Ciné Zooms à la fin des années 1980, il en a profité pour présenter CinéMaFormAfrica. Destiné à plusieurs pays africains francophones, ce programme itinérant de formation aux métiers du cinéma entend valoriser l’immense potentiel créatif d’une jeunesse très connectée à l’image, mais qui n’a pas toujours accès aux formations nécessaires pour transformer ses idées en films.
Depuis près de quarante ans, Gérard Chargé construit un parcours singulier, loin des grands circuits institutionnels. Journaliste spécialisé dans le cinéma devenu réalisateur, scénariste et formateur autodidacte, il a fondé à Marseille Ciné Zooms. Au fil du temps, l’association est devenue à la fois un média indépendant, une structure de production et une école itinérante de cinéma. « Le but, depuis son origine c’est la promotion, la création et la diffusion cinématographique », résume-t-il.
Une école de cinéma ouverte à tous

Depuis plus de vingt-cinq ans, sa structure organise des stages accessibles à des profils très variés : étudiants, retraités, passionnés autodidactes, personnes éloignées des écoles classiques ou encore publics en situation de handicap. « On est ouvert à tous et on mélange tout le monde quand on fait des formations », explique Gérard Chargé. Le principe repose sur une immersion rapide mais concrète. Pendant cinq jours, les participants écrivent un scénario, découvrent les différents postes techniques, tournent un film, puis participent au montage et à la diffusion du projet. « Le dernier jour, on tourne ce qui a été écrit ».
Chaque session accueille une douzaine de personnes maximum afin de conserver un accompagnement de proximité. Réalisation, scénario, image, son, storyboard, jeu d’acteur : tous les métiers du cinéma sont abordés. Les films réalisés sont ensuite diffusés dans des salles partenaires ou sur la chaîne YouTube de Ciné Zooms. Au fil des années, certains anciens stagiaires sont devenus professionnels. Gérard Chargé évoque des réalisateurs, des scénaristes, des producteurs ou encore des techniciens passés par ses ateliers. « On leur a transmis le virus complet ».
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Une réponse au manque de formations en Afrique
Avec CinéMaFormAfrica, ce modèle est désormais adapté à plusieurs pays africains francophones, notamment le Sénégal, le Bénin et le Cameroun. L’idée est de proposer des formations de terrain accessibles, au plus près des réalités locales, tout en créant des passerelles avec des professionnels européens et africains. Partenaire du projet, la réalisatrice et responsable associative Aïda Diop insiste sur le déficit actuel de formations spécialisées sur le continent. « L’UNESCO reconnaît un énorme potentiel en Afrique, c’est donc dommage qu’il manque des formations, notamment dans le domaine technique », rappelle-t-elle. Direction photo, étalonnage, son, montage professionnel, animation 3D… selon cette professionnelle reconnue, les besoins sont importants. D’autant que les usages audiovisuels explosent chez les jeunes générations. « Les jeunes maintenant font des trucs extraordinaires avec le téléphone, il leur faut passer à l’étape d’après : la professionnalisation, synonyme de vision économique. Avec, à la clé, des budgets ».
Le premier déploiement du programme doit avoir lieu à Dakar, avec l’appui de partenaires déjà implantés dans plusieurs pays francophones. L’objectif est aussi de faire circuler les compétences dans les deux sens, entre Cannes et plusieurs capitales africaines du cinéma émergent.

Former aussi les acteurs
Le projet ne se limite pas aux seuls métiers techniques du cinéma. Des comédiens professionnels interviendront dans les ateliers afin d’accompagner les jeunes sur le travail du corps, de la voix et de l’interprétation. Parmi eux, Antoine Coesens, habitué des stages de théâtre et de cinéma. « L’essentiel est d’être vrai, de ne pas tricher », résume-t-il à propos du jeu d’acteur.
Pour l’acteur lillois, ces ateliers pourront aussi révéler des vocations chez des jeunes qui ne s’imaginaient pas accéder un jour au métier de comédien. « C’est tout l’intérêt du modèle inventé par Gérard et déployé par Ciné Zooms. Dans ces formations on découvre tous les métiers du cinéma. Peut-être que de se retrouver aussi devant la caméra donnera à certains l’envie de devenir acteurs ».
♦ (re)lire : Un cinéma marseillais initie les plus jeunes aux vertus du 7e Art
Le cinéma avec peu de moyens… mais beaucoup d’idées
À travers cette initiative, Gérard Chargé prône un cinéma artisanal, mais accessible. Les formations intégreront aussi l’usage des smartphones et des outils légers afin de montrer qu’il est possible de créer sans équipements lourds ni budgets importants. « Ce n’est pas le format qui compte, mais la forme et le contenu », insiste-t-il. Le réalisateur voit dans cette démarche une réponse à la démocratisation massive de l’image sur les réseaux sociaux. Pour lui, apprendre à raconter une histoire reste essentiel, quelle que soit la technologie utilisée. Il observe aussi avec prudence l’arrivée de l’intelligence artificielle dans les métiers créatifs. « L’IA ne peut faire que des choses qui existent », estime-t-il. Car l’originalité et le regard humain continueront à faire la différence, il en est convaincu.
Il était présent à Cannes comme journaliste accrédité presse, et à ce titre au contact des stars lors des projections ou sur le tapis rouge. L’occasion pour Gérard Chargé de défendre parallèlement une autre idée du cinéma : « Un outil de transmission capable de créer des passerelles entre les territoires, les générations et les cultures ». ♦