Comment réduire la pollution lumineuse dans les villes ?
Avancée humaine incontestable, la lumière artificielle est aujourd’hui devenue un enjeu environnemental à part entière. Dans la métropole grenobloise, communes et chercheurs expérimentent des solutions depuis une dizaine d’années pour réduire cette pollution lumineuse qui affecte la biodiversité, la santé et la qualité des ciels étoilés. Le résultat ? Éclairages LED, extinctions lumineuses et sensibilisation ont permis une baisse la brillance des nuits de 30%.
« Pollution lumineuse », un terme qui décrit succinctement les impacts de l’éclairage artificiel sur les organismes vivants, la faune et la flore. Mais aussi sur le ciel nocturne. Un phénomène qui, cet été encore, privera de nombreux citadins du spectacle des nuits étoilées.
Pourtant, depuis une dizaine d’années, des collectivités, des scientifiques et des parcs naturels s’engagent et agissent pour tenter d’inverser la tendance. Preuve en est avec les communes alpines du Parc naturel régional de la Chartreuse. Elles expérimentent des « trames noires », ces corridors écologiques pensés par France Nature Environnement pour préserver les déplacements de la faune nocturne. Ainsi, à 22h30, une grande partie de leurs lampadaires s’éteignent. Dans l’agglomération grenobloise, les résultats commencent à se voir… jusque dans le ciel.
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Une pollution invisible mais bien réelle
Insectes désorientés, oiseaux perturbés dans leurs migrations, cycles biologiques modifiés chez certaines espèces, sommeil humain altéré… Les conséquences dépassent largement la seule question de la consommation énergétique. « Pendant le confinement du Covid, on a revu le ciel étoilé au-dessus de Grenoble. Ça nous a bien interrogés », raconte Fabien Malbet, chercheur à l’Université Grenoble-Alpes (UGA). « Beaucoup de personnes n’ont plus accès au ciel nocturne. Certains n’ont même jamais vraiment vu une voûte céleste avec des étoiles. »
Mais le déclic a eu lieu bien avant, en 2014. Grenoble participe alors à l’opération nationale Jour de la Nuit, qui encourage les communes à éteindre ponctuellement leur éclairage pour sensibiliser à la pollution lumineuse. Puis en 2021, la Métropole et les Parcs naturels régionaux (PNR) de Chartreuse et du Vercors décident d’aller plus loin. Ils lancent le Mois de la nuit, un programme d’animations destiné à accompagner les politiques d’extinction nocturne. « On a organisé des observations astronomiques, des conférences, des spectacles… L’idée était de créer du dialogue autour du sujet, explique Sophie Roy, chargée de mission transition énergétique au PNR Chartreuse. On voulait montrer que la nuit est aussi un patrimoine à préserver. »
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Bernin, laboratoire local de sobriété lumineuse
Le Parc accompagne financièrement les communes de son territoire dans la rénovation de leur éclairage public. Depuis 2018, elles sont une quinzaine à bénéficier d’aides pour moderniser leurs installations, principalement en remplaçant les anciens lampadaires par des LED moins énergivores. Également en réduisant les températures de couleur de façon à les rendre moins agressives pour la biodiversité.
Bernin, ville d’un peu plus de 3300 habitants, est l’une des plus engagées du coin sur le sujet. Son adjoint municipal chargé des travaux et du développement durable, Hervé Lambert, la présente comme un laboratoire local de la sobriété lumineuse. Des efforts qui ont valu à cette commune l’obtention de deux étoiles au label Villes et villages étoilés, décerné par l’Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturnes (ANPCEN).
« Nous avons vraiment pris un virage vers 2014. Aujourd’hui, 90% des points lumineux que la commune gère sont éteints entre 22h30 et 6h. Seule une partie de la route départementale reste éclairée à 20% de sa puissance. Nous avons aussi renouvelé près de 90% de notre parc d’éclairage et on développe des systèmes de détection de présence, liste-t-il fièrement. L’objectif n’est pas seulement de faire des économies d’énergie. Nous recherchons surtout un éclairage raisonnable, le moins impactant possible pour la nature et les habitants. »
Et si la commune espérait décrocher une troisième étoile lors de sa dernière labellisation, sa proximité avec la zone technologique industrielle de Crolles et les nombreuses contraintes de sécurité qui l’accompagnent limitent sa marge de progression. Des réalités du terrain qui posent de vraies questions : ces diverses actions ont-elles un réel impact ?

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Une baisse de 30% de la brillance du ciel nocturne
Pour étudier plus précisément le sujet, les chercheurs de l’UGA ont analysé plusieurs années de données collectées grâce à une caméra installée sur le toit de leur laboratoire, sur le campus grenoblois. L’appareil photographie le ciel toutes les minutes depuis 2016. Résultat ? « Entre 2016 et 2023, la brillance du ciel nocturne au-dessus de Grenoble a diminué d’environ 30%, table Fabien Malbet. Nous observons clairement une baisse de la pollution lumineuse, surtout à partir de 23 heures. Cette tendance est confirmée par les mesures satellitaires. » Une preuve concrète que les décisions prises localement produisent des effets mesurables.
Pour autant, les collectivités ne contrôlent pas tout. Un travail de communication et de sensibilisation auprès des habitants est nécessaire. « Nous travaillons sur l’acceptabilité sociale, explique Sophie Roy. Montrer ce que font les communes voisines, ce qu’il est possible d’améliorer encore. Créer une dynamique collective ! » Des panneaux explicatifs et des réunions municipales ont essaimé, mais le résultat n’est pas flagrant et l’éclairage privé pèse dans la balance. En effet, enseignes commerciales, parkings d’entreprises et copropriétés éclairent encore les espaces extérieurs la nuit, malgré une réglementation existante. « Les communes ont davantage de difficulté à agir sur ces acteurs », reconnaît Sophie Roy.
Car retrouver nos ciels étoilés ne consiste pas seulement à éteindre quelques lampadaires. « C’est repenser son rapport à la nuit, à la faune, à son territoire, rappelle Fabien Malbet. Et à l’environnement. » ♦

