AlimentationSolidarité

Par Virginie Menvielle, le 29 juin 2026

À Lens, l’hôpital prend des airs de guinguette pour les enfants malades du cancer

Comment préserver des moments de vie quand le quotidien est rythmé par les soins ? Depuis plus de vingt ans, l’association Tout le monde contre le cancer développe partout en France des initiatives destinées à améliorer le quotidien des enfants malades et de leurs proches. Au centre hospitalier de Lens, son opération Toques en truck mise sur la convivialité d’un repas partagé pour offrir une respiration aux familles confrontées au cancer.

Depuis la fenêtre de sa chambre, Melinda, 11 ans, a suivi les préparatifs pendant une bonne partie de la matinée. Les tables et chaises vertes et roses apparaissent sur la pelouse de l’hôpital lensois, suivies des fanions colorés. Puis l’installation du food truck et tandis que bénévoles s’affairent sous le soleil. Hospitalisée depuis quelques jours, Melinda attend surtout de goûter à la pavlova préparée par Élie Beghin, chef du restaurant étoilé Le Cerisier à Lens. « Je ne sais pas ce que c’est, mais ça a l’air trop bon », glisse-t-elle avec gourmandise.

A chaque étape, l'association peut compter sur des bénévoles locaux prêts à leur prêter main forte. A Lens, la patronne des boulangerie Lebreuilly (à droite) était aussi de la partie. ©Toutlemondecontrelecancer
A chaque étape, l’association peut compter sur des bénévoles locaux prêts à leur prêter main forte. A Lens, la patronne des boulangerie Lebreuilly (à droite) était aussi de la partie. ©Toutlemondecontrelecancer

Ce mercredi 17 juin, les abords du service pédiatrique prennent des airs de guinguette grâce à l’association Tout le monde contre le cancer. Petits et grands dégustent des granitas, participent à des ateliers pâtisserie et partagent les petits plats préparés par Gaëlle, Gemma et Elie Beghin.

<!–more–>

Le chef Elie Beghin fait découvrir sa pavlova, que Melinda a hâte de déguster. ©Toutlemondecontrelecancer
Le chef Elie Beghin fait découvrir sa pavlova, que Melinda a hâte de déguster. ©Toutlemondecontrelecancer

À quelques mètres de là, Shaïna, 5 ans, est un peu impressionnée. Hospitalisée régulièrement depuis décembre 2024, elle participe pour la première fois à l’événement. « L’an dernier, elle était alitée, nous n’avions pas pu venir », raconte Nelly, qui l’accompagne au quotidien. Ce qu’attend la petite fille avec le plus d’impatience ? L’arrivée de sa copine Maëlle. Ensemble, elles vont partager ce repas « comme au restaurant », participer aux animations et découvrir les surprises distribuées par les bénévoles. Quelques minutes plus tard, lorsqu’une personne de l’association s’approche avec un tote bag rempli de cadeaux, le visage de Shaïna s’illumine.

« On se rencontre autrement »

Pour les proches, cette journée offre une parenthèse réconfortante dans un quotidien largement rythmé par les rendez-vous médicaux et les traitements.« Cette journée permet aux enfants de sortir un peu de leur maladie. Ils sont dans la fête, ils ne sont plus centrés sur les soins », souligne Hortense Demont, référente de l’association au sein du CH de Lens.

Toques en truck offre aussi un interlude aux soignants. Le matin, Gemma et Gaëlle ont préparé un brunch spécialement pour eux. Une occasion rare de partager un moment ensemble, loin de l’urgence du service. « On peut enfin prendre le temps d’échanger entre nous, mais aussi avec les familles. Toutes celles à qui on en a parlé avaient hâte de ce moment », ajoute Marie-Charlotte, soignante au sein du service pédiatrique.

Remettre de la vie là où les soins dominent

Pour les jeunes patients, leur entourage et le personnel de l’hôpital, cette journée est une pause. Mais pour les bénévoles de Tout le monde contre le cancer, elle représente plus de vingt ans d’engagement auprès des jeunes malades. Créée en 2005, l’association intervient dans des établissements de santé partout en France avec une conviction simple : si les traitements sont indispensables, ils ne peuvent pas résumer à eux seuls le quotidien des jeunes patients. Derrière chaque enfant hospitalisé, il y a aussi des parents, des frères et sœurs, des anniversaires manqués, des sorties annulées et des moments de vie suspendus.

Shaïna retrouve le plaisir simple de déguster une granita. ©Toutlemondecontrelecancer
Shaïna retrouve le plaisir simple de déguster une granita. ©Toutlemondecontrelecancer

C’est pour répondre à cette réalité qu’est née l’opération Toques en truck, il y a dix ans. « Quand on discute avec des personnes hospitalisées, les repas reviennent souvent dans les conversations. Pour certains enfants, c’est la nourriture qu’ils mangent pendant des jours, des semaines, parfois des mois », détaille Marion Guibert, cheffe de projet de l’opération.

« Ces familles ne vont jamais au restaurant, alors on le fait venir à elles »

L’objectif de ces journées n’est pas seulement d’apporter une nourriture plus savoureuse, comme l’explique Marion Guibert. « Ces familles ne vont jamais au restaurant. Avec Toques en truck, on le fait venir à elles ».

On mange, et on cuisine aussi ! L’après-midi, les enfants enfilent à leur tour leur toque de cuisinier. Sous la houlette d’un chef pâtissier, ils décorent des cupcake, découvrent quelques gestes professionnels et repartent avec leurs créations. 

Si la maladie reste présente, l’association cherche avant tout à lui laisser un peu moins de place. Le temps d’une journée, les discussions tournent autour du choix d’un burger, de la recette du dessert, de comment positionner les fruits sur une tartelette ou un cupcake. Des discussions toutes simples, mais devenues si rares pour tant de familles. Avec Shaïna, Nelly et Jérôme parlent malheureusement plus souvent médicaments, chimio et sonde, que jouets ou nourriture.

Un food truck qui roule grâce à la solidarité 

Chaque étape fonctionne grâce à des bénévoles locaux et à un solide réseau. Carnet de commandes dans une main, stylo dans l’autre, Sophie Lebreuilly ajuste son tablier avant le début du service. Quelques minutes plus tard, la dirigeante des boulangeries Lebreuilly circule entre les tables pour servir les enfants et leurs proches aux côtés des autres bénévoles. Par l’intermédiaire de sa fondation, elle soutient financièrement l’opération Toques en truck. Pour elle cependant, l’engagement ne se limite pas à un don. « Ces moments nous permettent de grandir, de nous impliquer pour les autres et de garder les pieds sur terre », confie-t-elle.

Melinda et sa maman ont pu profiter d'un moment de repos loin des soins. ©Toutlemondecontrelecancer
Melinda et sa maman ont pu profiter d’un moment de repos loin des soins. ©Toutlemondecontrelecancer

Derrière les burgers, les ateliers pâtisserie et les granitas se cache en effet une organisation bien rodée. Chaque année, Tout le monde contre le cancer embarque son food truck sur les routes pendant un mois et demi. La tournée fait étape dans une vingtaine d’hôpitaux français, à raison d’un établissement par jour. À Lens, 50 soignants ont participé au brunch matinal et 80 familles étaient invitées au déjeuner.

« Chaque étape coûte entre 3 000 et 4 000 euros », précise Marion Guibert. Pour maintenir cette tournée de vingt hôpitaux en un mois et demi, la structure combine dons financiers, mécénat en nature et bénévolat. Une organisation qui lui permet de déployer bien d’autres actions tout au long de l’année.

♦ Lire aussi : Le sport pour mettre le cancer KO

Bien au-delà d’un repas partagé

En 2024, Tout le monde contre le cancer disposait ainsi d’un budget de 2,27 millions d’euros. Au-delà de Toques en truck, l’association organise des fêtes de Noël dans une centaine d’hôpitaux, des journées bien-être ou encore des séjours de vacances pour les familles confrontées à la maladie.

La journée s'est terminée par un atelier pâtisserie, Shaïna est très fière de sa création. ©Toutlemondecontrelecancer
La journée s’est terminée par un atelier pâtisserie, Shaïna est très fière de sa création. ©Toutlemondecontrelecancer

Cet été, Shaïna sera peut-être de la partie. « On nous a déjà proposé de partir en vacances, mais jusqu’à présent son état ne le permettait pas », raconte Nelly. « Depuis quelques mois, elle va beaucoup mieux. Elle a même pu retourner à l’école. »

Alors que les bénévoles commencent à ranger les tables et les fanions, la petite fille profite encore de cette journée avec sa copine Maëlle. Dès le lendemain, les soins reprendront leur place. Mais pendant quelques heures, son monde aura tourné autour  d’une amitié, d’un burger partagé et d’un sac rempli de cadeaux.♦