La posidonie, rempart contre l’érosion des plages
Longtemps arrachées car jugées gênantes pour le bien-être des baigneurs, les banquettes de posidonie font désormais partie intégrante du paysage de certaines plages de Marseille. La mairie compte même sur elles pour freiner le phénomène d’érosion côtière.
Il va falloir s’y habituer, si ce n’est encore fait. Peuplée de posidonie, la mer à Marseille n’est pas claire et limpide. Cette plante aux longues feuilles en forme de ruban jonche aussi les rivages, teintant sable et/ou galets de résidus marron. « C’est une caractéristique propre aux plages de Méditerranée, où cette espèce est endémique », souligne Patrick Astruch, ingénieur de recherche appliquée en écologie marine au sein du groupement d’intérêt scientifique sur la posidonie (GIS Posidonie).
Si beaucoup l’ignorent, à commencer par les Marseillais et les Marseillaises, c’est parce qu’ils ont été mal habitués. Chaque été pendant des années, l’ancienne équipe municipale dirigée par feu Jean-Claude Gaudin a consciencieusement arraché les bancs de posidonie pour en supprimer toute trace. Les baigneurs ne les appréciaient pas et les assimilaient à une algue ou de la saleté. Une pratique révolue depuis 2020 et l’arrivée du Printemps Marseillais aux manettes de la ville. « La posidonie a longtemps été évacuée et détruite, probablement parce que le modèle touristique a fait croire aux gens qu’il fallait que les plages soient de sable fin. C’est un écocide que l’on a stoppé », estime Hervé Menchon, adjoint au maire de Marseille délégué à l’environnement.
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Couteau suisse de la Méditerranée

Il faut dire que posidonia oceanica, de son nom scientifique, assure de nombreux services écologiques bénéfiques à la biodiversité marine. Regroupée en herbiers, elle oxygène l’eau et stocke le carbone – ce qui lui vaut le surnom de « poumon de la Méditerranée ». Tel un couteau suisse, elle sert aussi de nichoir et de source de nourriture à la faune, stabilise les fonds, atténue la houle et les courants…
Ce n’est pas tout : quand elle perd ses feuilles, ces dernières s’échouent sur le rivage en formant des banquettes. Également puits de carbone, abris et source d’alimentation de diverses espèces, elles se révèlent de véritables alliées contre l’érosion côtière. « Lorsque l’eau se jette sur la plage, ce matelas freine sa puissance et l’empêche d’emporter le sable », explique Hervé Menchon. Et Patrick Astruch d’ajouter : « Entre 30 à 50% de la masse d’une banquette de posidonie est constituée de sédiments. L’enlever, c’est finalement comme retirer un petit bout de plage ». Un non-sens qui appartient au passé.
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Des « mille-feuille» sur les plages

Sur les plages du Prophète, de la Vieille Chapelle et de la Pointe Rouge, dans la rade sud de Marseille, particulièrement fournies en banquettes de posidonie, les amas de feuilles ne sont toutefois pas laissés à l’air libre. La mairie y a lancé au printemps 2025 une expérimentation consistant à les étaler et à les recouvrir de sable, en alternant les couches, pour former un « mille-feuille ». Une façon de préserver la biodiversité tout en répondant aux préférences des touristes et de certains locaux. « La posidonie ne se voit pas, mais elle est toujours là pour jouer son rôle », appuie Hervé Menchon.
Le GIS Posidonie, en charge du suivi de ce projet expérimental de trois ans tempère : « Cette opération a le mérite de conserver la banquette sur zone, mais reste une méthode intrusive qui déstructure la plage. On a établi un protocole pour en suivre les impacts sur les écosystèmes », indique Patrick Astruch.
En attendant d’en connaître les effets écologiques, les retombées économiques sont déjà chiffrées. Réitérer les mille-feuilles sur quatre plages sur trois ans coûtera 332 000 euros au total. Contre 450 000 euros déboursés auparavant sur le même laps de temps pour recharger trois plages en sable ou en galets, d’après les chiffres de la mairie.
♦ Lire aussi l’article « Un mollusque méditerranéen sauvé de la disparition grâce à des chercheurs corses »
Évolution des mentalités

Lors des prochains étés, les banquettes de posidonie pourraient bien carrément se dorer la pilule au soleil. C’est déjà le cas à la plage du Fortin, dans la rade nord, où elles ne font plus l’objet de mille-feuille. « Les enfants qui gèrent l’aire marine éducative (ndlr : zone littorale maritime dont la gestion est confiée à une école par la mairie) ont demandé à ce qu’elles restent, estimant qu’elles y avaient toute leur place », affirme Hervé Menchon.
Un cas exceptionnel que l’élu espère voir devenir norme. « Les mentalités évoluent, notamment grâce aux actions de sensibilisation que l’on mène. Auparavant, la population considérait les banquettes comme quelque chose de dégueulasse (sic), quand elle les voit aujourd’hui comme un élément pas très agréable, mais nécessaire. Je crois en l’intelligence collective : cette expérience s’arrêtera car les gens auront accepté la présence de la posidonie ».
Ce changement de vision est plus que nécessaire aux yeux de Patrick Astruch, même s’il n’est pas la panacée. « Ce ne sont pas les banquettes à elles seules qui vont stopper l’érosion. Elles représentent néanmoins une solution fondée sur la nature pour ralentir le recul du trait de côte, alors autant s’appuyer dessus ! », conclut l’expert. Le message est passé. ♦
Bonus
# La posidonie, une espèce protégée mais menacée – La protection légale de la posidonie figure dans une loi de 1976. Elle a ensuite été officialisée dans un arrêté de juillet 1988 listant les espèces végétales marines protégées. Ce dernier interdit « de détruire, de colporter, de mettre en vente, de vendre ou d’acheter et d’utiliser tout ou partie » de la plante. Malgré cela, la surface des herbiers a fortement diminué en France, d’après l’ONG WWF France. Elle aurait perdu 10% en un siècle, et même 30% en cinq ans dans certaines baies. Plus d’infos en cliquant ici.
# Un plan spécial posidonie – Le mille-feuille de posidonie – ou projet GeBPoMa (gestion des banquettes de posidonie à Marseille) de son nom officiel – figure avec onze autres mesures dans un plan plus global destiné à protéger et restaurer la posidonie dans la cité phocéenne. Voté au conseil municipal en décembre 2023, il a pour but de mieux connaître l’état des herbiers et leurs menaces, de les protéger voire de les restaurer, et de sensibiliser la population à leur rôle crucial. Plus d’infos en cliquant ici.