S’initier à l’astronomie pour tutoyer les cieux
Du Morvan aux Cévennes, des Alpes du Sud aux Pyrénées, de nombreux sites préservés de la pollution lumineuse offrent une expérience exceptionnelle pour contempler les étoiles, s’immerger dans l’immensité du ciel et s’émerveiller devant la beauté de l’univers. Il existe une soixantaine d’observatoires en France, dont Mont Chiran. Niché au cœur du Parc Naturel Régional du Verdon à 1 905 mètres d’altitude, il ouvre sa coupole pour des soirées d’initiation à l’astronomie.
L’Observatoire du Mont-Chiran se mérite – l’ascension dure plus de deux heures, en plein soleil le jour du reportage. Mais au sommet, le panorama à 360° est époustouflant. Au sud se déploient les gorges du Verdon et le plateau de Valensole avec ses champs de lavande en fleurs. À l’est, l’arc alpin et le massif du Mercantour. Les randonneurs se pressent dans l’unique salle pour boire un rafraîchissement. Grandes tablées et bonne humeur. Il faut dire que le site est remarquable avec son atmosphère de bout du monde et son observatoire historique, ancien site du CNRS. Inaugurée à la fin des années 1970, sa coupole s’ouvre et tourne sur elle-même pour traquer les astres et les amas d’étoiles.
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Un télescope fabriqué par les habitants

Repris par l’association ABCDE du village, Blieux, situé 1000 mètres plus bas, le site abrite désormais un télescope Newton (à miroirs) de 300 millimètres, entièrement fait main par les habitants. « Il permet de regarder les astres faciles à voir – la lune et les planètes. Et, hors système solaire, les amas d’étoiles, les étoiles mortes, les nébuleuses et des galaxies », expose Isabelle Lamorlette qui anime le site le soir, de mai à mi-octobre (bonus). Elle a suivi une formation en astronomie l’hiver dernier, tout en la pratiquant sur le terrain avec des astronomes passés à l’observatoire. De fait, elle prévient : « Ce que je propose, c’est de l’initiation à l’astronomie ». Pendant deux heures, elle présente les caractéristiques du ciel au groupe présent – 21 personnes maximum.
Ambiance refuge

Cette bourlingueuse, qui a notamment été ingénieure à Istanbul et pizzaiola en Patagonie, gère par ailleurs le refuge avec Vincent. Lui a été berger durant huit ans à Castellane, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Malgré des installations sommaires (bonus), ils parviennent à concocter ce soir-là un curry de poulet carotte gingembre pour les 16 voyageurs. Tous participent à la soirée astronomie. Drifa est venue spécialement de Nice avec un couple d’amis pour découvrir ce site, qu’ils voulaient visiter depuis longtemps. « L’endroit est magnifique et j’aime l’ambiance refuge », précise cette randonneuse à la cinquantaine tonique, tout en terminant sa panna cotta à la confiture maison.
Ils ont grimpé par le sentier qui part de la chapelle Saint-Pierre aux Chauvets, à quelques kilomètres de La Palud-sur-Verdon. Six kilomètres, 600 mètres de dénivelé, « un peu plus de deux heures ». À la même table se tiennent Hélène et Marie, deux jeunes Toulonnaises venues par le même chemin et pour les mêmes raisons. La première a aussi l’habitude d’observer le ciel, à l’œil nu, notamment en Corse.
L’étoile Polaire indique le nord

Après un magnifique coucher de soleil, qui colore les champs de lavande, Isabelle emmène le groupe à côté du refuge, au pied de la coupole. La nuit est lumineuse, la voûte profonde et vertigineuse. À l’aide d’un laser, elle montre Vénus, dite aussi ‘’étoile du Berger’’ bien qu’elle ne soit pas une étoile, mais une planète. Elle doit ce surnom à sa fonction de repère pour les bergers et les voyageurs : sa luminosité si forte annonce, dès qu’elle est visible, l’aube ou le crépuscule.
Contrairement aux étoiles qui émettent leur propre lumière, Vénus réfléchit celle du Soleil. Isabelle pointe ensuite La Grande Ourse, identifiable grâce à sa forme de casserole ou de charriot. Composée de 18 étoiles dont sept principales, « elle constitue la troisième constellation du ciel par son étendue », raconte cette femme avenante, avant d’indiquer l’astuce pour trouver l’étoile Polaire – et donc, la direction du nord. « On reporte cinq fois la distance des deux étoiles du bout de la casserole de la Grande Ourse ».
♦ Le 12 août 2026, la France entière pourra assister à une éclipse solaire exceptionnelle.
La Voie Lactée

La soirée se poursuit à l’intérieur de la coupole, dont l’acoustique si particulière renvoie le moindre bruit : on peut y entendre distinctement les chuchotements d’une personne à l’autre bout de la salle ronde. Isabelle explique que notre Galaxie, appelée aussi la Voie Lactée, renferme 100 à 200 milliards d’étoiles. La première rencontre que réalisent tour à tour les visiteurs au télescope est bien sûr la lune, majestueuse avec ses cratères.
L’animatrice actionne ensuite le mécanisme de la coupole, grinçant à souhait, pour pointer l’amas globulaire d’Hercule, dit aussi M13, « un exemple typique des amas d’étoiles en périphérie de notre galaxie ». Situé à environ 25 000 années-lumière de la Terre, il a été découvert par Edmond Halley en 1714. La nébuleuse de la Lyre, elle, est reconnaissable à sa forme ovale creusée d’un disque plus sombre. Cet astre est une nébuleuse planétaire, « un nuage de gaz et de poussière issu des couches externes d’une étoile en fin de vie ».
Pas de Jupiter ce soir

La soirée se poursuit avec la constellation du Cygne qui héberge une étoile double aux couleurs particulièrement contrastées – Albiréo. Pas de Jupiter ce soir, au grand dam de certains voyageurs. « Elle est déjà couchée : elle est de l’autre côté de la terre. Le ciel change d’un mois à l’autre, mais ce sera toujours le même à la même époque sauf pour les planètes et la lune », détaille Isabelle, tout en refermant la porte de l’observatoire.
Tout en gagnant son dortoir, Simon, un voyageur venu en couple, partage son ressenti : « Vertigineux ! ». Il avait occulté cet infini au-dessus de sa tête, « où pourtant il se passe tellement de choses ». Contempler les astres lui a permis de se « reconnecter avec l’univers ».
Drifa, elle, est amatrice d’astronomie qu’elle pratique déjà à Caille, sur les hauteurs de Grasse. Elle a cependant trouvé magiques la lune, si belle ce soir-là, et le mécanisme de la coupole. « C’est un sacré challenge d’avoir repris ce lieu isolé et de le faire vivre ». Hélène loue aussi l’atmosphère « de dingue ». « Les gardiens du refuge ont réussi à rendre ce lieu simple, super chaleureux, avec des échanges entre voyageurs, et une bonne cuisine ». Le lendemain, après un petit déjeuner copieux, elle regagne avec son amie La Palud-sur-Verdon pour reprendre sa voiture et se baigner au lac de Sainte-Croix. D’en bas se distingue nettement la coupole du Mont-Chiran. Elle étincelle, suspendue entre ciel et terre.♦
Bonus
# Mont Chiran est un lieu isolé qui accueille 16 personnes avec le confort de petits dortoirs de 4-5 personnes. Le site fonctionne en autonomie totale. Aucune source naturelle n’y est raccordée, l’eau de pluie est récupérée et utilisée au quotidien pour la vaisselle et laver le sol. Et l’électricité est le fruit des panneaux solaires. Parmi les curiosités qui font sa réputation, il y a les toilettes sèches, dotées d’une vue panoramique peu commune. À noter toutefois : impossible d’y prendre une douche. Une contrainte à prendre en compte pour organiser son séjour. 52 euros la demi-pension, 23 euros la soirée astronomie. Tous les soirs juillet et août, ponctuellement en mai, juin, septembre et octobre.
# Pour y accéder. Depuis La Palud-sur-Verdon, prenez la D123, puis à droite vers les Chauvets jusqu’à la D17. Juste avant les Chauvets, garez-vous près de la chapelle Saint-Pierre. C’est là que débute la randonnée – six kilomètres, 600 mètres de dénivelé (comptez deux heures pour de bons marcheurs). Autre voie possible par Blieux. Sept kilomètres, 1000 mètres de dénivelé, trois heures.
# Autres observatoires astronomiques : Le ciel du Morvan avec Morvan Céleste, des Alpes-de-Haute-Provence avec le Centre d’Astronomie de Saint-Michel-l’Observatoire. Du Var avec l’Observatoire du Pic des Fées. D’Occitanie avec l’Observatoire du Cap Guzet (accessible aux personnes aveugles et mal voyantes). Liste complète ici.