Chantiers du patrimoine : des pierres et des histoires
Chaque été, des bénévoles de tous horizons se retrouvent sur les chantiers du patrimoine pour restaurer, construire ou entretenir des trésors architecturaux. Derrière les outils, les travaux physiques et les matériaux, ce sont des histoires humaines qui se dessinent. Coup de projecteur sur ces aventures collectives avec Solidarités Jeunesses, C.H.A.M, Union Rempart et Le Club du Vieux Manoir.
Sur un chantier du patrimoine, on ne vient pas seulement apprendre à poser des pierres ou mélanger du mortier. On vient pour vivre une expérience unique, où chaque jour apporte son lot de défis et de bons moments. Nora Smith, étudiante en architecture, a découvert les monuments anciens quand elle était enfant, grâce à sa mère qui l’emmenait visiter des châteaux, comme celui de Gaillon, et des malouinières – maison des armateurs et des corsaires à Saint-Malo. Dès l’été du bac, elle s’est engagée avec C.H.A.M (Chantiers Histoire et Architectures Médiévales) pour restaurer l’abbaye du Bec-Hellouin. Trois semaines à rénover les murs de soutènement des jardins : démontage des pierres abîmées, nettoyage, pose de nouvelles rangées alignées au cordeau, jointoiement au mortier et application d’un enduit à la chaux teinté de sable rouge.
Un tremplin personnel,

Elle a réitérée cette expérience trois années de suite au Bec-hellouin avant de travailler sur le château de la Turmelière, en Anjou. trois années de suite avant de travailler sur le château de la Turmelière, en Anjou. Ces missions ont beaucoup apporté à la jeune fille : « J’ai vaincu ma timidité, gagné en confiance, mais aussi développé ma dextérité grâce au travail manuel ». Cinq étés plus tard, elle compte toujours parmi les volontaires de l’association, aux côtés d’équipes variées. Quinze à vingt jeunes pour la plupart, mais aussi des 40 ans, des 60 ans… « C’est génial d’avoir cette mixité et de partager ces moments ensemble. La dimension humaine est le cœur du projet ».
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Depuis 2024, la jeune femme siège au conseil d’administration de l’association, où elle agit activement pour préserver le patrimoine et trouver les financements nécessaires. Aujourd’hui en troisième année d’architecture, elle sait déjà que son avenir sera dédié à sa sauvegarde.
Une aventure sociale

Antoine Dutourné a eu besoin de faire une pause à l’issue de sa deuxième année de licence Stups (sciences et techniques des activités physiques et sportives). Passionné par les châteaux et le travail manuel, il s’est tourné alors vers Union Rempart, un réseau d’associations qui recense des chantiers en France. Il a ainsi participé à la reconstruction du mur de la porte principale de Castelroc, près d’Albi, « à la chaux », puis à la construction d’un plancher en menuiserie traditionnelle à Coucy-le-Château, au nord de Soissons.
Ce qui l’a le plus marqué dans ses chantiers ? L’aventure sociale : « Vivre en communauté du matin au soir, partager les repas… Une expérience inhabituelle pour moi ». Le chantier de Coucy est celui qui lui a laissé le souvenir le plus fort. « J’ai aimé travailler le bois, mais surtout, c’est là où je me suis senti le mieux, moi qui suis de nature réservée ». Il y a rencontré des jeunes en césure comme lui, mais aussi des retraités en quête de liens. « Les discussions au dîner étaient très riches ! » À l’issue de cette année de pause, il a repris le chemin de Stups. Actuellement en stage de fin d’études, il se sent enfin à sa place, il accompagne des personnes en situation de handicap en sport adapté. « Ces chantiers m’ont appris à vivre avec les autres, à m’ouvrir ».
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Parfois une vocation

Yohan Verrier, lui, a découvert les chantiers du patrimoine grâce à une colonie de vacances avec le Club du Vieux Manoir. « On y retrouvait l’esprit des colos – le collectif, les rencontres, l’amusement… Avec, en plus, la satisfaction de travailler de ses mains pour un projet concret ». Sa première expérience ? Une semaine à l’Abbaye Royale du Moncel, dans l’Oise, pour rejointoyer un mur extérieur avec des 14-17 ans. « J’ai tellement accroché que j’ai enchaîné avec une deuxième semaine, puis suivi la formation pour devenir animateur bénévole ». L’été suivant, il encadrait un groupe sur les ruines du château de Montfaucon, dans le Gard, pour remonter un mur en pierres sèches. « C’était ma première fois en tant qu’animateur, un mélange de stress et d’aventure ».
Les années suivantes, il a repavé sols et terrasse de la forteresse de Guise. Puis retour à Moncel l’été dernier, cette fois pour poser des pierres en maçonnerie. Grâce à cette expérience, il a compris que la voie générale ne lui correspondait pas, mais que le travail manuel, lui, le passionnait. « Comme j’avais un attrait particulier pour l’acier, j’ai choisi des études de ferronnerie d’art. Il n’existe pas vraiment de chantiers de patrimoine dans ce domaine, ce que je regrette un peu, mais j’apprends en contrepartie des techniques très différentes. Aujourd’hui, par exemple, je sais tailler la pierre ou construire un mur ». Ces projets lui ont aussi apporté une assurance dans ses relations avec les autres, ainsi qu’en gestion de travaux et d’équipe. « J’ai appris à gérer les conflits, à motiver les troupes… » Le prochain chantier ? « Je ne sais pas encore. J’irai là où on aura besoin de moi ».
Et une ouverture vers les autres cultures

Julia Coulon se souvient comme si c’était hier de son chantier à Montendre, en Charente-Maritime, avec Solidarités Jeunesses. « Aux côtés de jeunes venus du Mexique, de Turquie, d’Espagne et d’Italie, nous devions construire les soubassements de cabanons à outils pour les jardins partagés de la commune ». Entre coffrages en bois, béton armé et fers à béton, les matins étaient consacrés au travail, tandis que les après-midis l’étaient aux ateliers pour faire connaissance et explorer la région.
Ce qui lui reste en mémoire ? L’expérience de vie collective : « Cuisine, repas, ménage… tout se faisait ensemble ». À Solidarités Jeunesses, on apprend à vivre avec autrui, à dépasser les malentendus interculturels – « les mots, les horaires, les codes sociaux qui, finalement, ne sont pas si universels. Cette aventure m’a ouvert l’esprit, a questionné certaines de mes certitudes et offert un nouveau regard sur notre monde ». Aujourd’hui chargée de projet dans la solidarité internationale, elle met ces apprentissages au service de son travail. ♦