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À Aix-Marseille Université, l’engagement s’apprend
Pour « inciter, accompagner et valoriser l’engagement étudiant », Aix-Marseille Université est la première faculté de France à proposer un diplôme universitaire reconnu et intitulé « Engagement ». Soit 240 heures de cours en ligne et de mission de terrain pour acquérir et valider des compétences sur les enjeux et la promotion de l’action, la conception et la gestion de projet. Un cursus gratuit pour les étudiants inscrits dans une autre formation au sein d’amU, mais également ouvert à tous, en formation initiale ou continue.
En 2022, selon une étude de France bénévolat, 16% des étudiants étaient engagés dans une association, principalement dans les secteurs du sport, de la culture, du social et de l’environnement. Un chiffre que l’État essaie de faire grimper. Parce que s’impliquer dans une association, comme dans une fondation ou encore une instance, permet de gagner en maturité sur les grands sujets de société, de vivre une première expérience en milieu professionnel ou encore de développer des savoir-être (les fameux « soft skills ») comme l’empathie, la tolérance, le sens des responsabilités ou la capacité à travailler en équipe. Ces jeunes représentent par ailleurs un important vivier de bénévoles, dans un pays qui en a perdu 2 millions entre 2018 et 2022.
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Depuis la loi Égalité et citoyenneté du 27 janvier 2017, et encore davantage depuis un cadrage ministériel de 2022, l’engagement bénévole étudiant peut notamment donner lieu à un aménagement du parcours universitaire ou permettre de bénéficier de points majorés. Des pistes explorées par Aix-Marseille Université, qui a mis en place cette année 2025/2026 un bonus pour ceux qui participent activement à la vie territoriale, au sein du Conseil Marseillais de la Vie Etudiante, du Conseil des Jeunes Marseillais, d’Aix Conseil Etudiants et du du Conseil des Jeunes Métropolitains. Et surtout, qui a créé un DU « Engagement », un diplôme universitaire reconnu, le premier du genre en France. Il a été conçu dans le cadre du projet IDeAL (Integration and Development at Aix-Marseille through Learning), lauréat du programme d’investissements France 2030.
Dix enseignants mobilisés pour créer le DU

Il s’appuie sur 120 heures de cours théoriques balayant les enjeux et la promotion de l’action, la conception et la gestion de projet RSE. Associées à 120 heures « de terrain » en tant que bénévole dans une association, réserviste, élu étudiant ou encore en service civique. Un contenu qui a nécessité trois années de travail.
« Dix enseignants et des ingénieurs pédagogiques ont passé deux ans sur la seule phase expérimentale, notamment pour préparer les vidéos, podcasts et activités proposées, retrace Isabelle Bruniau di Monté, cheffe de projet du « Programme engagement étudiant », de la direction Vie étudiante et de Campus, dont fait partie ce DU, à amU. Depuis deux ans, ils se sont appuyés sur des élèves testeurs, élus ou engagés dans des associations étudiantes, avec qui ils ont organisé des réunions de suivi pédagogique pour améliorer la plateforme, en particulier son ergonomie. »
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« L’idée de départ était d’inciter, accompagner et valoriser l’engagement étudiant, dans un contexte de maillage extrêmement complexe puisque notre université compte plus de 82 000 étudiants sur 17 composantes, parmi lesquelles des formations très axées développement durable par exemple et d’autres qui en sont très éloignées… » poursuit-elle. D’où le choix d’une formation à suivre en distanciel et en asynchrone (que chacun peut suivre quand il le souhaite), évaluée via des quiz, des mises en situation et études de cas, et validée par la réalisation de la mission de terrain.
Un cursus diplômant gratuit pour certains étudiants

Un véritable cursus universitaire, qui nécessite là encore, un réel engagement. « 240 heures en tout dont 60 heures de théorique par semestre, c’est un volume horaire à considérer, reconnaît Chris Mezergues, qui est coreprésentant des élèves de cette première promotion. Il ne faut pas mésestimer la charge de travail. C’est vraiment un contenu très riche, très bien conçu, qui propose énormément de ressources. Ça peut être lourd, notamment pour les nombreux étudiants qui travaillent ou ceux qui sont déjà en double cursus. Mais on peut avancer à son rythme, ce qui est un gros plus, et éventuellement choisir de le faire sur deux années universitaires au lieu d’une. »
Autre avantage non négligeable : ce DU, accessible à partir de la deuxième année d’études, est gratuit pour les étudiants d’amU, de Centrale Méditerranée et de Sciences Po Aix. Il est, cela dit, ouvert aux étudiants des autres facultés (1274 euros) ou en formation continue, avec la possibilité d’utiliser les crédits de son CPF (compte professionnel de formation). « Cela peut intéresser les petites associations comme les directions RSE (responsabilité sociétale des entreprises) », explicite Isabelle Bruniau di Monté. Mais aussi tous les bénévoles qui souhaitent se « professionnaliser ».
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Monter en compétences

C’est d’ailleurs le cas de Chris Mezergues qui, à 19 ans, a déjà une grande expérience de l’engagement. En deuxième année de licence d’administration publique à l’IMGT (Institut de management public et de gouvernance territoriale), il est ancien représentant lycéen, animateur de séjours organisés par des structures de l’éducation populaire et a fait son Service national universel.
Membre fondateur du Lions club Aix passion culture, vice-président de l’Association nationale de la jeunesse (ANJ) qui porte les valeurs républicaines et encourage la citoyenneté ainsi que l’implication des jeunes, il est également coprésident de Meridio, une autre association incitant les jeunes à prendre leur place, dans un cadre apartisan, apolitique et dans laquelle il réalise sa mission de terrain. « Le mot engagement signifie beaucoup pour moi, je ne pouvais qu’être intéressé, raconte-t-il. Ce diplôme vient crédibiliser ma démarche d’engagement et va me permettre de mieux agir, d’avoir plus d’impact. Sans compter que ce sera un plus que je pourrai valoriser dans mon parcours. »
L’an dernier, en phase de test, « déjà 88% des participants s’étaient dits très satisfaits à satisfaits, assure Isabelle Bruniau di Monté. Ils estimaient être montés en compétence, avoir changé d’échelle et pouvoir désormais aller plus loin dans leurs actions. Beaucoup considéraient également que cela augmentait leur employabilité ou leurs chances d’entrer dans un master. » Des résultats encourageants qui l’incitent à miser sur 300 inscrits l’an prochain contre 122 en rodage cette année, après une première campagne de communication auprès des différentes composantes de l’université. ♦