AlimentationSolidarité

Par Stella Roca, le 17 août 2026

Journaliste

À Lyon, une résidence culinaire accueille des chefs exilés

© Lionel Rault

[nourrir] C’est un projet qui mélange lutte contre la précarité alimentaire, écologie et accueil de personnes exilées : au sud de Lyon, l’association Le Faitout propose une résidence culinaire à un ou une cheffe d’origine étrangère. Une façon de faire voyager nos papilles, de promouvoir une nourriture saine et respectueuse de la planète, le tout à bas prix.

[article originellement publié le 15 avril 2026]

« On m’a appelé pour me proposer la résidence. Je me suis dit que c’était un signe », rembobine la cheffe Susana Daza. À La Mulatière, petite commune située au sud de la métropole de Lyon, un tiers-lieu engagé et gourmand de 750 m2 propose aux habitants du quartier de venir découvrir des saveurs d’ailleurs. Car ici, un restaurant solidaire, bio et végétarien, installé depuis 2023 dans l’ancienne cantine des cheminots de la SNCF, a monté un projet innovant : des résidences culinaires destinées à des personnes issues de l’exil. Pensée par trois associations – Singa, Belle Bouffe et Le Faitout – l’initiative a rapidement eu du succès.

Dans un désert alimentaire et populaire

« La première résidence a eu lieu en juin 2024. On a accueilli Lydia, cheffe éthiopienne qui a expérimenté le concept : mettre à disposition une cuisine professionnelle à quelqu’un qui a vécu l’exil, explique le directeur du Faitout, Baptiste Peycelon. L’idée est d’accueillir celles et ceux arrivés sur le territoire français et régularisés. Auto-entrepreneurs, ils doivent être en capacité de produire une spécialité culinaire de leur pays, tout en prenant en compte la charte alimentaire, une cuisine végétarienne, de circuit court, de saison et biologique ».

Initier le public à la cuisine du monde sans se ruiner @Lionel Rault

Et c’est là tout le concept de ce lieu chaleureux et atypique : initier le public à des plats du monde sans se ruiner (grâce à une triple tarification) et en respectant l’environnement. Car Le Faitout est implanté dans un quartier populaire, qui est aussi un désert alimentaire. « Les personnes qui vivent dans les parages n’ont pas accès à une alimentation saine et durable. On voulait faire vivre l’hospitalité et la justice alimentaire », reprend Baptiste. En plus des équipes présentes la semaine, les chefs exilés choisis après un processus de recrutement prennent possession de la cuisine, du jeudi soir au samedi midi. Et ils doivent obligatoirement penser et élaborer leurs menus à partir de produits bio, locaux, de saison et végétariens.

« Tous les chefs accueillis n’étaient pas végétariens et aujourd’hui, ils ne le sont pas, continue le directeur. Par contre, ils gardent souvent après la résidence, dans leur projet, une option végétarienne qu’ils n’avaient pas forcément avant. Pendant, ils travaillent avec des produits bio, plus chers, mais c’est un choix de notre part. Peut-être qu’après, ils ne pourront pas acheter bio tout de suite, mais ils n’oublieront pas que des fournisseurs existent et que c’est possible. Ce sont de petites victoires ».

Pas seulement de la cuisine, un projet de restauration

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