Éducation

Par Olivier Martocq, le 5 mars 2026

Journaliste

Marseille : des collégiens immergés dans les métiers de la Ville

© Ville de Marseille

Police municipale, crèches, cybersécurité, musées, marins-pompiers… Pendant une semaine, 100 collégiens marseillais issus de six établissements des quartiers d’éducation prioritaire ont découvert les coulisses de leur ville.  “Mon Stage C’est Marseille !” a permis à ces élèves de 3e de découvrir des métiers qu’ils n’imaginaient pas. Derrière ce programme, une ambition : ouvrir le champ des possibles et retisser le lien entre jeunesse et service public. À la veille des vacances d’hiver, la restitution sur une scène devant du public a été le premier grand oral de ces jeunes. Et Marcelle y était !

Quand ils montent sur la scène de l’Espace Bargemon et prennent place derrière le pupitre face au public les mots de la plupart des orateurs s’emmêlent. Quand on a 14 ans, parler devant ses professeurs, les agents que l’on a côtoyés et des élèves d’autres collèges rend nerveux. Luc*, chef de projet à la mairie de Marseille, anime cette restitution et assume ce choix : « C’est un exercice qui n’est pas facile. Il y a beaucoup de stress, beaucoup d’émotion. Mais on va vous écouter car votre ressenti sur la semaine que vous avez vécue, nous intéresse. » L’exercice d’éloquence s’avère délicat. Certaines voix tremblent, certains propos décousus sont difficiles à comprendre ou contextualiser, mais toutes parviennent finalement à donner chair à des métiers parfois méconnus.

Expériences diverses et variées

À la bibliothèque de l’Alcazar, Maharishi a découvert le métier de bibliothécaire. « On a appris qu’il avait 20 000 euros de budget par an pour acheter des livres, notamment des mangas. Il faut être souriant, sociable, accueillant. Mais il faut aussi être prêt à travailler le samedi et recevoir beaucoup de monde ». À la surprise des élèves, le professionnel rencontré ne se destinait pas du tout à ce métier. Il ne fréquentait même pas les bibliothèques auparavant.

Pour évoquer les crèches, Annabelle raconte le quotidien des professionnelles : « leur patience, leur courage et leur bienveillance m’impressionnent ». Naïma évoque les gestes techniques appris : « Quand le bébé pleure, on passe au portage affectif pour le rassurer. Après, au portage dépendant pour qu’il se muscle ». Puis de conclure : « Un agent de crèche, c’est plus que garder des enfants, c’est les voir grandir ».

© Ville de Marseille

Moment aussi laborieux que drôle : la restitution du groupe “Responsable sécurité des systèmes d’information”. Les élèves racontent l’histoire du chanteur marseillais, Jul. Victime d’une arnaque numérique autour d’un concert, une rançon d’un million d’euros lui avait été demandée. Dans un récit décousu, ils tentent d’expliquer comment un simple branchement du téléphone portable peut devenir une porte d’entrée pour le piratage. « Le métier de Jérôme, ça sert à protéger les gens », concluent-ils après moult hésitations. Commentant au passage qu’« un million pour Jul, ce n’était pas beaucoup mais quand même ! ».

♦ (re)lire l’article : Initiation aux métiers manuels par des retraités motivés

Protéger les gens, les données…

Sina, du groupe “protection des données”, raconte l’histoire d’une amie victime de harcèlement après la diffusion de photos. « Je vous conseille d’éviter de donner vos coordonnées sur des sites bizarres et de mettre vos profils en privé, glisse la collégienne. Le rôle du délégué à la protection des données qui nous a accueillis est de sécuriser et protéger toutes les données que la ville a sur les Marseillais, pour qu’elles ne soient pas piratées ».

Avec les Marins-pompiers ou la police municipale, retour sur le terrain. « Est-ce que vous vous rappelez l’incendie dans le 16ᵉ arrondissement, à l’Estaque ? ». Les élèves décrivent un métier « très difficile et très physique, mais passionnant ». Pour devenir marin-pompier, expliquent-ils, « ce sont la motivation et la condition physique qui comptent ». Ils ont noté que « chaque année, il y a de plus en plus de filles au bataillon ». Pour parler de la police, un autre groupe imagine une scène sur la plage des Catalans : « Revenir de la baignade et découvrir ses affaires volées, c’est pas cool. La police sert à la tranquillité publique. »

Aux archives municipales de la Belle-de-Mai, Yasmine raconte comment des documents anciens ont permis de résoudre des affaires criminelles et insiste : « c’est accessible à tous, gratuitement ».

♦ Relire l’article sur le dispositif Viens voir mon taf !

« L’administration municipale offre mille et une missions »

Culture, sécurité, petite enfance, archives, numérique, sports, musées… L’objectif de ce dispositif lancé en 2025 est de garantir un stage de qualité à des jeunes qui peinent parfois à en trouver, tout en leur donnant accès à la diversité des métiers de la fonction publique. La Ville veut « apporter une solution concrète à un problème de territoire et éviter que la première rencontre avec le monde professionnel ne rime avec échec, résume Christelle*, instructrice RH à la division stages d’apprentissage. C’est une opportunité pour eux parce que beaucoup ne connaissent pas l’ensemble des services d’une ville comme Marseille. C’est grand, mais on ne sait pas trop ce qui s’y passe. Là, ils découvrent par demi-journée des univers totalement différents. »

Karim*, du service des politiques jeunesse, reste lucide : « Objectivement, on n’a pas encore de retours concrets sur l’évolution des jeunes, parce que l’expérimentation n’en est qu’à sa seconde année et qu’on les voit en one shot. Mais on espère que c’est utile en termes d’information car l’administration municipale est aujourd’hui attractive et offre mille et une missions, de bac -5 à bac +5 ». Luc* complète : « On vient casser les stéréotypes d’une fonction publique uniquement administrative. Il y a plein de parcours à la Ville. »

© Ville de Marseille

Fierté partagée

Au-delà des vocations potentielles, l’opération crée un double mouvement : des jeunes qui découvrent leur ville et des agents qui présentent leur métier avec fierté. Est-il utile de préciser qu’à la fin de la cérémonie les applaudissements ont résonné sous les voûtes de Bargemon ? Pour une agente de surveillance de la voie publique (ASVP), présente dans la salle « Le respect commence par la découverte de nos métiers. On devrait aller plus souvent dans ces collèges des quartiers prioritaires pour expliquer ce qu’on fait au quotidien dans la rue. Qu’on n’est pas là pour les emmerder, mais assurer une présence et donc leur sécurité ». ♦

*en période électorale, les agents publics sont tenus à un devoir de réserve.