Société

Par Zoé Charef, le 21 janvier 2026

Journaliste

Accompagner les sortants de prison vers un toit et des droits

Comment se réinsérer pleinement dans la société une fois sa peine accomplie ? ©Pixabay

Au 1er octobre 2025, le ministère de la Justice dénombrait 83 500 détenus dans ses établissements pénitentiaires en France métropolitaine. Comment leur permettre de se réinsérer pleinement dans la société une fois leur peine accomplie ? À Lyon, l’association Le Mas accompagne femmes et hommes détenus et anciens détenus vers un logement et une aide administrative, essentiels pour la réinsertion et contre la récidive. 

Sortir de prison n’est pas anodin : il faut se refaire une place dans une société qui a continué sans nous, avec ses codes et ses délais. Dans la métropole lyonnaise, l’association Le Mas (pour Mouvement d’Action Sociale) et son service Latitude s’attachent à transformer ce passage délicat en parcours de réinsertion pour les personnes placées sous contrôle judiciaire. 

Dans les bureaux de cette structure, éducateurs sociaux et juristes nous racontent les gestes qu’ils effectuent, les mots qu’ils disent, le temps et l’accompagnement qu’ils apportent à un public souvent invisibilisé ou dénigré. L’objectif de ces actions ? La prévention de la délinquance et la lutte contre la récidive.

<!–more–>

« Pas de réinsertion sans toit, sans droit et sans humain »

©Pexels

Les personnes sorties de détention se heurtent à un vide administratif et social qui peut rendre la réinsertion complexe : souvent l’absence de logement et de ressource. Latitude, l’une des branches de l’association, tente de combler ce fossé avec plusieurs dispositifs. Leur ligne conductrice est simple : « Il n’y a pas de réinsertion sans toit, sans droit et sans accompagnement humain, présente Virginie Macon, coordinatrice du service. On est convaincus que c’est un besoin primaire d’avoir une maison pour éviter la récidive, mais aussi quelques finances pour se garder d’aller par exemple voler de la nourriture ou des vêtements. » 

L’une des salariées, assistante sociale, explique que l’objectif est de « donner les clés à ces personnes pour qu’elles se débrouillent à leur sortie. L’accompagnement est individuel et on pense nos actions pour que ce soit concret et réaliste, en lien avec d’autres acteurs sociaux, le réseau local et les obligations administratives et judiciaires. »

♦ Lire aussi : Alternative à la prison : une ferme pour les femmes en fin de peine

Le « placement extérieur » comme alternative à la prison 

Affiche du documentaire « Au-delà des barreaux » réalisé par l’association. ©Le mas

Les individus placés sous contrôle judiciaire de moins de deux ans peuvent bénéficier d’un « placement extérieur » (PE). Mais ils doivent faire preuve de motivation et s’engager à répondre présents aux diverses obligations judiciaires. Cette mesure permet de commencer une peine en milieu ouvert, parfois dès l’étape du tribunal. 

En travaillant main dans la main avec le SPIP (Service pénitentiaire d’insertion et de probation), Chara Benfetouha, conseillère en économie sociale et familiale, et Tom Aucouturier, juriste, privilégient le lien humain au contrôle strict d’un bracelet électronique. « Ça se joue évidemment sur la confiance. On se rend au logement des concernés de manière impromptue, on discute avec eux, développe Tom Aucouturier. On ne les flique pas, on n’est pas là pour les punir, mais pour les soutenir. Évidemment, s’ils manquent à l’appel ou qu’ils ne respectent pas les règles, on fait un rapport au SPIP. C’est un contrôle humain. »

L’équipe du dispositif Latitude le rappelle : « En France, la surpopulation carcérale est une réalité. Malgré les enjeux de réinsertion, le placement extérieur est un aménagement de peine trop peu utilisé. » Elle cite comme exemple un ancien détenu qui a purgé une partie de sa peine et qui estime « avoir perdu assez de temps. »

Il a fait une demande de PE et a été aidé par l’association. « Je suis pressé de prendre mes marques parce qu’avoir un bon chez soi c’est hyper important, témoignait-il à sa sortie. J’ai l’impression d’être un nouvel homme dans cette nouvelle ville. Pas un délinquant. Je sais que c’est une chance qui se présente devant moi. »

Des délais d’accès au logement pesants

À la sortie de prison, trouver un logement, parfois dans une autre ville. © Pixabay

Côté logement, le défi reste majeur. L’accès par l’aide sociale peut prendre trois à cinq ans et l’hébergement temporaire autour de 18 mois. Avec Latitude, le processus est plus rapide mais nécessite une situation administrative parfaitement à jour, ce qui fait la plupart du temps défaut chez les ex-prisonniers. Là encore, les membres de l’association interviennent et aident.

Alors qu’un ancien détenu peut être dans l’interdiction de retourner dans son foyer (souvent à cause de violences conjugales), il faut trouver une nouvelle habitation, parfois dans une autre ville. Chaque cas devient un casse-tête administratif pour constituer des dossiers de location (tout comme ceux pour trouver un emploi). Virginie Macon est claire : « Dès le départ, on explique les délais. On ne veut pas laisser d’illusions : la première proposition de logement peut prendre six mois, parfois plus. En attendant, ils sont placés dans les résidences dédiées. » L’association œuvre à ce qu’à leur sortie, le projet de recherche soit déjà engagé.

♦ (re)lire : La Halte Vincent remet de l’humain dans les prisons

Sortir de prison : un défi social majeur

Née en 1961, cette association tient à l’utilité sociale de ses actions. « On rencontre les personnes pour faire un état des lieux, on traite les dossiers avec eux. Pour le logement, mais aussi la carte vitale ou d’identité ! On les tient informés et on leur fournit tous les documents nécessaires. C’est une aide énorme pour qu’ils ne se retrouvent pas sans rien », insiste l’assistante sociale.

Virginie Macon va plus loin : « On explique la CAF, les impôts, les droits perdus pendant la détention. Mais on ouvre aussi l’esprit avec des activités culturelles. » Des initiatives précieuses qui se heurtent toutefois à un contexte national fragile : les finances diminuent pour l’association, certains postes ont dû être supprimés et les places de logement restent limitées. « Dans les départements où il n’existe pas de dispositif comme Latitude, rien n’est fait pour ces personnes. Pourtant, on n’est pas sortant de prison toute sa vie. Même si cette étiquette pèse. » 

Bonus

#Quelques chiffres : Le rapport annuel de 2024 annonçait que l’association Le mas avait aidé 12 500 individus : 4000 personnes victimes d’infractions pénales, 2000 en accès au droit et 5000 personnes accueillies pour l’hébergement et le logement.

Dans le cadre du dispositif « placement extérieur », Latitude a reçu 101 candidatures (contre 47 en 2022) et accompagné 52 personnes en 2024.