Solidarité

Par Philippe Lesaffre, le 4 février 2026

Journaliste

L’arrondi en caisse fait recette

©microDON

De nombreux citoyens acceptent de faire un micro-don lors de leurs achats en magasin. Plus de 14 millions d’euros ont ainsi été reversés à des associations en 2025, grâce à un dispositif imaginé par l’entreprise microDON, filiale de La Banque Postale. « Les Français se montrent généreux », note Diane Lefébure, responsable marketing et fundraising.

Un geste ancré dans les habitudes ? Au moment de régler en caisse, un.e client.e sort sa carte bancaire, et une question apparaît sur le terminal de paiement. Une simple proposition. Souhaite-t-elle, oui ou non, arrondir la note à l’euro supérieur en vue d’envoyer la petite différence à une association ? En un instant, le client a tranché. Il a accepté d’effectuer un don de quelques centimes d’euros, avant de s’échapper avec ses courses, l’esprit tranquille.

Mine de rien, en une dizaine d’années, 81,1 millions d’euros ont pu être collectés de cette manière pour les associations. Il s’agit de l’arrondi en caisse, un dispositif lancé par le fondateur de l’entreprise solidaire d’utilité sociale (ESUS) microDON, Pierre-Emmanuel Grange. Ce dernier avait découvert le principe du micro-don au cours d’un séjour au Mexique, dans un supermarché.

L’arrondi en caisse dans 7000 magasins

Comme il avait trouvé l’idée « génialissime », de son propre aveu, il a cherché à l’importer en France. Le pays disait déjà oui – depuis 1989 – à l’opération Pièces jaunes, chère à Bernadette Chirac. Mission accomplie, donc, lorsqu’une première enseigne – Franprix du groupe Casino – accepte, en 2013, de mettre en place l’arrondi en caisse. Le but est de proposer à ses clients de donner quelques centimes à des ONG, telles que le Secours populaire français ou la Croix-Rouge.

Pierre-Emmanuel Grange vise ainsi à développer le « réflexe solidaire » des citoyens et à « diversifier les ressources » des associations. La Fondation des Femmes, Petits Frères des Pauvres, Les Restos du Cœur… Jusqu’à présent, 2000 associations, qu’elles soient d’envergure nationale ou locale, en ont bénéficié. Et une quarantaine d’enseignes jouent le jeu, comme celles du groupe Casino (Monoprix, Naturalia…), Picard, Sephora ou Galeries Lafayette. « En tout, 7000 magasins ont déjà proposé ce système de collecte », indique Diane Lefébure, responsable marketing et fundraising (à traduire par collecte de dons -NDLR) de microDON, filiale de La Banque postale depuis 2020. Selon elle, le dispositif leur permet en particulier de « renforcer leur image de marque ». 

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Les ONG sélectionnées par les enseignes

Diane Lefébure, responsable marketing et fundraising de microDON

Ces dernières choisissent les ONG qu’elles comptent soutenir, souvent des associations avec lesquelles elles ont parfois déjà noué des partenariats par le passé. Ces entreprises déterminent également le temps de la collecte. « En moyenne, une campagne dure deux semaines. C’est en tout cas ce que nous conseillons pour avoir le plus d’impact », souligne Diane Lefébure. En fonction de ce qu’elle appelle « les marronniers de solidarité », à l’instar du Téléthon, ou en cas de catastrophes naturelles, Microdon peut proposer à des magasins la mise en place de telle ou telle campagne d’urgence. « Mais le dernier mot revient à l’enseigne. »

Il faut simplement que l’association sélectionnée respecte « certains critères de conformité » lors d’un audit réalisé par microDON avant chaque collecte. « L’association loi de 1901 doit être reconnue d’utilité publique, être en mesure de collecter des dons et de justifier de l’usage de ces dons. Mais en général, il y a peu de refus. »

« Les Français sont généreux »

Et la campagne peut alors démarrer. Via l’arrondi en caisse, les Français ont donné 13 millions d’euros en 2024, puis 14,6 millions d’euros en 2025. Dans le détail, il y a eu, en 2024, 35 millions de mini-dons qui ont profité à 160 associations. « Même en cas de périodes d’inflation, les Français se montrent assez généreux », note Diane Lefébure. On le voit notamment à certains moments de l’année : « Lors d’Octobre Rose, par exemple, 1,65 million d’euros ont été reversés au bout d’un mois de campagne. »

L’initiative semble être de plus en plus connue par les Français. Selon une étude OpinionWay menée pour microDON (lire bonus), plus de sept personnes sur dix ont récemment déclaré avoir d’ores et déjà « entendu parler du dispositif » ou le « connaissent bien ». Un chiffre qui a presque doublé en cinq ans, si l’on se fie aux résultats de cette enquête (voir bonus). 75% des sondés ont expliqué qu’on leur avait déjà proposé de faire un don lors d’un passage en caisse.

De plus en plus de donateurs

48% des Français ont dit avoir accepté au moins une fois, quand 52% n’ont jamais sauté le pas. Toutefois, la participation augmente : en 2019, 19% des interrogés avaient indiqué avoir déjà dit oui à un mini-don.

L’élan de solidarité touche de nombreux citoyens, y compris des personnes aux revenus assez limités, à l’instar des étudiants. « Les personnes font un don de 40 centimes en moyenne, explique-t-elle. Cela reste une somme indolore pour le plus grand nombre. » Et pas de perte de temps, en deux secondes, l’affaire est pliée en caisse. Ce qui peut sans doute également motiver les uns et les autres, c’est que cela concerne des associations plutôt médiatisées et connues du grand public, à qui l’on donne une somme non négligeable, au final.

D’après Le Nouvel économiste, l’association Surfrider Foundation a par exemple reçu, en 2024, 42 000 euros via cette solution. Cela n’a représenté que 0,9% des dons qu’elle a reçus cette année-là. Pour autant, en cette période de crise pour de nombreuses ONG, le montant n’est pas anodin… ♦

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Bonus

[pour les abonnés] – Le financement de “l’arrondi en caisse” – Des dons sur salaires défiscalisés – La polémique autour de l’asso Espérance Banlieues – L’étude micro-don d’OpinionWay –  <!–more–>

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