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Par Paola Da Silva, le 4 novembre 2024

Journaliste

Les baskets N’go Shoes misent sur l’éthique

Ronan Collin, cofondateur de la marque, dans un atelier du Vietnam ©N'go Shoes

Et s’il était possible de porter des baskets sans avoir trop mauvaise conscience ? N’go Shoes, jeune marque nantaise, fait le pari depuis 2017 de proposer des baskets portant les valeurs du commerce équitable et de la solidarité. L’entreprise, dont les modèles sont fabriqués au Vietnam, a en effet mis en place un partenariat équitable avec des artisans locaux. 2% de son chiffre d’affaires annuel sont en outre reversés aux habitants des villages concernés afin d’y construire des écoles. Un premier pas vers une mode plus éthique ?

Selon l’organisme Refashion, 94 millions de paires baskets ont été vendues en France en 2023. Un chiffre impressionnant (1), qui cache un problème environnemental et sociétal important. Les sneakers (2) sont en effet généralement fabriqués à l’autre bout du monde, dans des conditions de travail peu satisfaisantes. Et à partir de matières qui, souvent, sont à la fois source de pollution et difficiles à recycler. Ces constats, mais aussi l’émergence d’une prise de conscience pour de nombreux consommateurs, ont incité depuis quelques années des marques à se lancer sur le marché de la basket éthique et/ou écologique. C’est le cas de N’go Shoes. <!–more–>

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Tisser un réseau d’acteurs locaux

La jeune marque est créée à Nantes en 2017 par Kevin Gougeon et Ronan Collin. Les deux amis, alors âgés de 25 ans, souhaitaient entreprendre, plutôt autour de l’artisanat et du commerce équitable. L’envie de se lancer sur ce marché leur est venue d’un goût commun pour les baskets, et d’un savoir-faire repéré au Vietnam, pays de cœur de Ronan Collin.

« J’ai parlé de ce projet à Ronan alors qu’il finissait une mission pour une ONG au Vietnam, explique Kevin Gougeon, directeur général et cofondateur de N’go shoes. Il parlait la langue, connaissait des artisans et avait tissé un réseau d’acteurs dans les régions défavorisées du nord du pays. Le Vietnam est par ailleurs LE pays de la basket. C’est là que sont fabriqués, souvent de A à Z, les modèles de très nombreuses marques. Il était intéressant de s’appuyer sur ces compétences. »

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Kevin Gougeon et Ronan Collin créateurs de la marque ©N’go Shoes

Une volonté de transparence

Les deux amis décident dès le lancement de la marque de travailler avec des habitantes des villages reculés et défavorisés du nord du Vietnam, qui maîtrisent l’artisanat traditionnel du tissage. « Ce sont elles qui fabriquent la bande tissée colorée présente sur tous nos modèles. Le détail qui nous distingue. Nous bénéficions de leur maîtrise technique et, en contrepartie, nous leur assurons une rémunération et des conditions de travail correctes (3) », raconte Kevin Gougeon. 

En outre, dès le départ, la marque s’engage à verser 2% de son chiffre d’affaires annuel à l’ONG Sao Bien afin de financer la construction d’écoles maternelles et primaires dans ces provinces marginalisées du pays. Mais leur volonté d’avancer en matière d’éco-responsabilité va plus loin. « Nous souhaitons, d’une manière générale, être complètement transparents envers nos clients. Ronan, qui travaille depuis le Vietnam, connaît nos fournisseurs. Il va voir ce qu’ils produisent et dans quelles conditions. Nous vérifions également la provenance de nos matières premières ».

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2% du chiffre d’affaires annuel est reversé à l’ONG Sao Bien afin de financer la construction d’écoles ©N’go shoes

L’impact des matières premières

Car ce sont bien les matières premières qui impactent le plus lourdement le bilan carbone de l’entreprise. « Nous faisons une évaluation de ce bilan depuis 2019. Et ce qu’il en ressort, c’est que 80% de notre impact vient de la fabrication des matières premières », détaille Kevin Gougeon. Les baskets N’go sont fabriquées à partir de trois matières principales : le cuir, la toile de coton bio et le mesh (tissu en maille) en polyester recyclé. Le jeune dirigeant explique l’importance donc de savoir exactement où et comment sont sourcées ces matières depuis le Vietnam, pays de leur fabrication.

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La problématique du transport

Mais est-il possible de parler d’éco-responsabilité quand les produits sont confectionnés dans un pays d’Asie ? « Le transport en container ne représente que 5% de notre bilan carbone. Paradoxalement, la livraison en boutique par camions est plus impactante ! ». L’entreprise est néanmoins régulièrement contactée par des fournisseurs européens. « Pour le moment nous leur répondons non, car nous ne maîtriserions plus le sourcing des matériaux. Et notre histoire est au Vietnam. Mais nous savons que nous ne sommes pas parfaits. Que nous pouvons encore nous améliorer sur certains aspects ».

N’go Shoes a par ailleurs mis en place un programme nommé « second life » qui permet, soit de faire réparer ses baskets via un service de cordonniers français, soit de recycler les matériaux lorsque les sneakers sont très abîmée.

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La marque travaille avec des habitantes des villages reculés et défavorisés du nord du Vietnam, qui maîtrisent l’artisanat traditionnel du tissage ©N’go shoes

20 000 paires vendues par an

Aujourd’hui, N’go Shoes propose environ 40 modèles, tous unisexes, et vend 20 000 paires de baskets par an. Principalement en ligne, dans des concept-stores, des magasins de chaussures ou de prêt-à-porter. « Nos clients sont assez fidèles. Ils viennent chercher des valeurs chez nous. Nous vendons principalement en France et en Allemagne, mais aussi un peu hors Europe », précise Kevin Gougeon. L’entreprise compte actuellement neuf employés, dont deux au Vietnam. Elle développe également des partenariats avec des clubs sportifs (HBC Nantes, Stade Français) et des entreprises auxquelles elle propose des baskets à leur image.

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Les bandes de tissu latérales appartiennent à l’ADN de la marque ©DR

Faire rimer éthique et esthétique

Si son chiffre d’affaires atteint actuellement un million d’euros par an, l’entreprise entend bien se développer afin de se faire une vraie place dans le marché de la basket. « Nous comptons dans les mois qui viennent développer le marché allemand. Et créer une gamme de bagagerie. Nous allons aussi recruter afin de travailler sur notre image de marque. Et proposer des produits plus mode. Notre bande de tissu est notre ADN, mais elle est clivante. Nous sommes conscients de l’importance du style sur ce marché ! »

L’idée de la jeune marque n’est pas de devenir un nouveau Nike. Plutôt un acteur qui compte dans cet écosystème de la mode éthique. « Enfin, bien sûr, nous allons continuer à financer des écoles au Vietnam via un pourcentage de notre chiffre d’affaires. Aujourd’hui, six écoles sont sorties de terre et 400 enfants sont déjà scolarisés grâce à cette action ». ♦

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(1) Un chiffre néanmoins en baisse par rapport à 2022 ( -17 millions de paires de chaussures de tous types vendues en France).

(2) Autre terme employé pour désigner une paire de chaussures de sport détournée pour un usage citadin et quotidien.

(3) L’entreprise a le label B Corp. Ce label est octroyé aux sociétés commerciales répondant à des exigences sociétales et environnementales, de gouvernance et de transparence envers le public.