Société
Une coopérative pour accompagner les nouveaux rites funéraires
Les rites changent et les funérailles d’un proche sont souvent l’occasion d’une cérémonie où musique, discours, et évocations tiennent compte des choix sociaux et familiaux. Pour accompagner cette évolution, la Coopérative Funéraire de Lille propose une autre forme d’organisation.
C’est un message un peu inhabituel qui tombe sur la boîte mail du correspondant lillois de Marcelle : « Étant donné votre ouverture d’esprit et vos valeurs environnementales que nous partageons… nous proposons des (visio)conférences ainsi que des visites de cimetières. La mort fait partie de la vie : parlons-en ». Bigre. Curieuse start-up que cette coopérative se recommandant de l’économie sociale et du fichier d’adresses de l’Union régionale des SCOP.
Trop de cérémonies froides et impersonnelles

Sur place, Séverine Masurel m’accueille dans une pièce claire, meublée de tables de bois brut, œuvres d’un artisan local. « J’ai longtemps travaillé dans le secteur de la vente par correspondance celle du commerce et du business. Puis j’ai éprouvé le besoin de mettre de l’humain dans ma vie ». Elle avait connu l’épreuve du décès de ses proches, et principalement de sa mère, avec la complexité des formalités et la difficulté à respecter la mémoire et les principes de celle-ci. « À plusieurs reprises, j’ai assisté à des cérémonies qui m’ont mise en colère. Je ne reconnaissais pas le défunt. C’était froid et impersonnel ».
En période de reconversion, elle a eu la possibilité de faire un stage à Nantes, dans la première des coopératives funéraires mises en place en France. « J’ai tout de suite su que c’était ce que je voulais faire ». Elle suit alors une formation de « conseiller funéraire » afin de pouvoir assurer l’ensemble des obligations prévues pour la gestion d’une société de pompes funèbres. L’organisation des funérailles est en effet soumise à des conditions légales strictes. « Il est, dit-elle, important justement de pouvoir expliquer ce qui est obligatoire et ce qui est facultatif. De façon à permettre à chacun d’organiser la cérémonie selon ses choix ».
Associer le plus grand nombre au projet grâce au statut de SCOP

La coopérative a besoin d’un capital estimé à 130 000 euros. « Nous pensons devenir rentables au bout de trois ans et nous investirons la totalité des bénéfices ». À ce jour, la coopérative a une salariée, Corinne, qui sera rejointe par Séverine lorsque ce sera possible. À terme, il est prévu trois salariés pour faire tourner l’entreprise.
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Respecter les volontés

Le projet économique est d’abord un projet social et humain. L’idée est d’encourager de nouveaux rites funéraires alors que de moins en moins d’enterrements s’effectuent à l’église sous une forme classique. « Bien sûr, nous respectons les choix des familles et nous sommes en relation avec les paroisses, qui restent responsables des rites religieux. Mais de plus en plus de cérémonies se déroulent dans des lieux ‘laïcs’. Il est par exemple possible d’organiser la cérémonie d’adieu au défunt dans un jardin, dans une salle privée ». Les familles peuvent alors tenir compte des engagements de vie des personnes qu’elles accompagnent.
Le choix d’un cercueil en bois naturel est facilité : « Nous avons un artisan de l’Aveyron qui nous fournit du bois naturel ». Le cercueil en carton est également possible. Le capiton et les décorations ne sont nullement obligatoires et la coopérative peut aider à des choix plus économiques et plus écologiques. « Il ne s’agit pas de faire du low cost, mais d’offrir une gamme de possibilités la plus large possible ».
Sur mesure

La relation avec les familles est le point central de la démarche. « Nous prenons le temps de discuter, pour accompagner ». La mort d’un proche, subite ou non, est toujours une épreuve et les familles désemparées doivent pouvoir exprimer leurs souhaits. Séverine accompagne les formalités. Crémations ou enterrements sont choisis selon les volontés exprimées. D’autres rites, moins polluants tels que l’humusation existent, mais ne sont pas encore autorisés. Il sera proposé lorsque ce sera devenu possible.
Corinne, l’adjointe, est animatrice. Selon les besoins, elle peut animer une cérémonie, fournir musiques et chants. De plus en plus souvent les funérailles ont un prolongement sur internet ou les réseaux sociaux. Et la « visio » devient un outil d’accompagnement classique. La coopérative accompagne ces évolutions.
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Dédiaboliser et ritualiser la mort

Ce qui compte affirme Séverine, c’est respecter les engagements des personnes défuntes et autoriser les proches à se retrouver autour d’une cérémonie qui leur ressemblent. La coopérative est ouverte à l’idée de « contrats obsèques » et surtout à l’accueil de celles et ceux qui désirent « préparer leur départ », en présentant à l’avance leurs souhaits pour une dernière cérémonie.
Les temps changent et nombre de personnes souhaitent « dédiaboliser la mort ». Les cérémonies peuvent être l’occasion de valoriser l’action, les engagements, les choix culturels de défunts. La coopérative funéraire de Lille propose ainsi une réflexion sur l’évolution des rites funéraires. Lors de conférences, des sociologues interviennent pour souligner l’importance de ces évolutions. « Il existe aujourd’hui une multitude de manières de ritualiser la mort, note le socio-anthropologue Martin Julier-Costes. Dans des lieux très différents les uns des autres : hôpital, maison, école, centre funéraire, église ou temple, en pleine nature et même désormais sur internet et les réseaux sociaux… Quel que soit le rituel, les vivants cherchent finalement à se rassembler, à garder des traces de l’être aimé, à le localiser et à maintenir une relation avec lui ».
S’adapter aux besoins contemporains

*Cet article a été publié pour la première fois le 17 mars 2022
Bonus
- Le développement de « coopératives funéraires ». Ce phénomène nouveau nous vient du Canada. La première en France a été créée à Nantes en 2016. C’est aussi la première du réseau de coopératives qui est en cours de formation. À ce jour, il existe des coopératives funéraires dans six villes françaises. Outre Lille et Nantes, à Bordeaux, Tulle, Dijon, Caen. Une quinzaine de projets sont en préparation. Tous partagent le souhait de promouvoir une vision socio et écoresponsable de l’organisation des funérailles.