CultureSociété

Par Audrey Savournin, le 25 novembre 2025

Journaliste

Une expo en chambres d’hôtel parle des violences faites aux femmes

Pour l'artiste Sandrine Kiefer, l'exposition devait absolument être installée dans une chambre d'hôtel. © AS

En cette Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le greet Hôtel Marseille Centre Saint-Charles accueille une soixantaine d’œuvres engagées, réparties dans deux chambres de l’établissement : un cadre intime et feutré qui fait écho au foyer conjugal. L’exposition Chambre 39 est le fruit d’une rencontre entre deux femmes engagées : l’artiste Sandrine Kiefer et la directrice d’hôtel Fernanda Ravault.

Un tableau devant le miroir de la salle de bain, sur la tablette au-dessus du lavabo. Des œuvres posées sur la baignoire et la tête de lit. D’autres directement sur les draps… Deux chambres du greet Hôtel Marseille Centre Saint-Charles, à deux pas de la gare, accueillent actuellement l’exposition Chambre 39, en référence aux 39 artistes qui ont accepté d’y participer. Inaugurée ce mardi 25 novembre, Journée internationale pour l’élimination des violences à l’égard des femmes, elle rassemble une soixantaine de peintures, collages et installations traitant de cette thématique.

♦ Vernissage le 25 novembre de 18h à 21h. Exposition gratuite jusqu’au 30 novembre, de 17h à 21h le 26 et le 27, de 17h à 22h le 28, de 14h à 22h le 29 et de 14h à 18h le 30. Chambre 39, c’est aussi un défilé, des conférences et des ateliers. Voir le programme complet.

Des œuvres pédagogiques

Les oeuvres envahissent les chambres et les salles de bain.
Les œuvres d’art envahissent les chambres mais aussi les salles de bain. © AS

Une approche originale, artistique autant que pédagogique, dans un contexte lourd puisque les féminicides conjugaux ont augmenté de 11% en 2024, selon le ministère de l’Intérieur. 94% des plaintes pour viols sont classées sans suite. 70% des associations déclarent faire face à une dégradation de leur situation financière, menaçant la continuité de leurs actions, d’après l’enquête “Ne leur fermons pas la porte” réalisée par la Fondation des Femmes.

<!–more–>

Pourtant le projet de loi de finances 2026 ne prévoit aucune hausse des crédits consacrés à la lutte contre les violences faites aux femmes. “Cette exposition, c’est une grande cause relayée dans un cadre intime“, résume Sandrine Kiefer, l’artiste collagiste qui l’a imaginée et souhaite soutenir La Maison des femmes Marseille Provence. Des cartes postales des œuvres sont vendues à son profit et les artistes participants s’engagent également à reverser une partie de leurs ventes à l’association.

♦ Lire aussi l’article : Les hôpitaux de Marseille ont leur Maison des Femmes

J’y montre certains de mes collages mais surtout des œuvres d’artistes que j’aime et qui servent le sujet, pour certaines détournées de leur signification d’origine, précise-t-elle. Des œuvres de femmes mais aussi d’hommes, c’est important pour moi, qui permettent d’aborder quasiment toutes les violences. Celles envers les femmes enceintes, puisque 30 à 40% des violences commencent à ce moment-là, quand la femme échappe à l’homme. La transphobie, l’excision, la précarité menstruelle, les attouchements, le viol, l’emprise psychologique… Il ne manque que l’esclavage et les violences migratoires.” Chaque œuvre est explicitée par un cartel. Des étudiants en médiation culturelle, ou souhaitant devenir éducateurs spécialisés, sont présents pour accompagner les visiteurs. Des boîtes aux lettres sont à disposition pour déposer des mots de soutien ou des ressentis trop lourds.

La chambre d’hôtel, une évidence

A l'origine de l'exposition Chambre 39, deux femmes engagées : l’artiste Sandrine Kiefer et la directrice du greet Hôtel Marseille Centre Saint-Charles, Fernanda Ravault.
A l’origine de l’exposition Chambre 39, deux femmes engagées : l’artiste Sandrine Kiefer et la directrice du greet Hôtel Marseille Centre Saint-Charles, Fernanda Ravault. © AS

Et le cocon que constituent les chambres amortit quelque peu le malaise que peuvent susciter les œuvres. Un cadre parfait pour l’organisatrice, qui ne pouvait imaginer cette exposition dans une galerie ou un lieu brut et froid. « Ça devait être installé dans une chambre, explique-t-elle. Parce que c’est moins dur mais aussi parce que c’est un lieu de repos, de sérénité, de sécurité. Qui devient un lieu de drame et de violence. On a même une chambre familiale, avec des lits superposés qui évoquent le cadre du foyer. Et un hôtel, c’est un lieu acteur, qui associe intimité et hospitalité. »

Qui fait le lien avec le réel et le monde extérieur. Les clients de l’hôtel par exemple peuvent découvrir des images de l’exposition au bar et la visiter. « Ils sont malgré eux sensibilisés à la cause », commente Fernanda Ravault, la directrice de cet établissement de 60 chambres, qui a vu des proches touchées par des violences. “Une dure cause, mais une belle cause. Ça m’a toujours révoltée“, poursuit-elle, faisant totalement écho au sentiment qui anime Sandrine Kiefer.

♦ Lire aussi l’article : Femmes victimes de violence, le pouvoir de la danse

Elle a donc immédiatement donné son accord pour héberger Chambre 39 gracieusement, en période d’activité dense puisque l’hôtel est complet. Peu étonnant quand on sait que Fernanda Ravault a également accepté sans réserve, en fin d’été, que greet Hôtel Marseille Centre Saint-Charles soit référencé par l’application Umay comme un lieu refuge pour les femmes en détresse (voir bonus). “On a de suite été totalement alignées, sourit l’artiste. Cette exposition, c’est un acte citoyen qui a rencontré une structure hospitalière.” Des convictions partagées qui font avancer. ♦

 

Bonus

# Un numéro est dédié aux personnes victimes de violences conjugales : le 3919. PLus d’infos sur le site national Arrêtons les violences.

Le greet Hôtel Marseille Centre Saint-Charles est aussi répertorié sur l'application Umay en tant que lieu refuge.
Le greet Hôtel Marseille Centre Saint-Charles est aussi répertorié sur l’application Umay en tant que lieu refuge. © AS

# 100 lieux sûrs répertoriés par Umay – Umay est une application mobile citoyenne gratuite qui lutte contre le harcèlement de rue et toutes formes d’insécurités dans l’espace public et les transports. Elle permet de partager sa géolocalisation avec des personnes de confiance et affiche les lieux refuges partenaires. Des bars, restaurants et boîtes de nuit. Mais aussi points de vente, magasins et institutions où toute personne qui se sent menacée peut entrer. A Marseille, plus de 100 lieux sont référencés, dont six hôtels. La carte est également disponible sur le site de la Ville de Marseille.