SantéSociété
L’application Digicope aide les Isérois à vieillir en bonne santé
En France, on comptait 19,2 millions de personnes de plus de 60 ans en 2025, dont près de 2 millions en perte d’autonomie. Dans ce contexte de vieillissement de la population, le Département de l’Isère joue les pionniers en France avec un dispositif de prévention médicale mis au point par l’OMS : Is-Icope. Grâce à son application Digicope, il est possible de repérer précocement les fragilités et ainsi permettre aux citoyennes et citoyens de rester acteurs de leur santé.
Je découvre Digicope en feuilletant le magazine du Département de l’Isère. « Une application qui permet de repérer ses fragilités pour vieillir en bonne santé », y est-il présenté. Malgré mes (seulement) 26 ans, je file prendre mon téléphone et télécharger cette chose qui m’intrigue. J’attends quelques minutes que l’application s’installe puis je me crée un compte. Démarrage du questionnaire : « Réalisez-vous le test à l’aide de quelqu’un ? Habitez-vous en Isère ? », avant des informations plus personnelles.
La suite de l’expérience, c’est Laurence Labalette qui nous la raconte. La retraitée de 74 ans a découvert l’existence de ce dispositif par l’intermédiaire de sa factrice. « C’était il y a environ 18 mois, quand j’habitais encore à Goncelin, en campagne grenobloise, entame-t-elle. La factrice m’a présenté un petit flyer avec ce programme intitulé Is-Icope. Elle m’a demandé si j’acceptais de faire le test. J’ai dit : pourquoi pas ? »
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Relever un défi de société

En 2023, le Département de l’Isère, le CHU Grenoble Alpes et La Poste ont lancé une expérimentation dans le domaine de la santé. Sa teneur ? Mettre en place, sur les territoires de Grenoble et du Grésivaudan, le programme Integrated Care for Older People (ICOPE, soins intégrés pour les personnes âgées) pensé par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Ce dispositif vise à « repérer de manière précoce les fragilités chez les personnes âgées. ».
Dès lors et dès 60 ans, les Iséroises et Isérois sont encouragés à devenir actrices et acteurs de leur santé, en la surveillant de sorte à maintenir leurs capacités cognitives et physiques. Comment ? En utilisant cet outil qui permet de faire un bilan et de prendre les rendez-vous médicaux utiles à chacun pour « vieillir en bonne santé le plus longtemps possible. »
Côté Département, la vice-présidente en charge de l’autonomie et des handicaps, Delphine Hartmann, explique le choix de lancer Is-Icope (la version iséroise d’ICOPE) et son application rattachée, Digicope. « Au vu des défis qu’on a à relever dans notre société de plus en plus vieillissante, la prévention est un axe très important. Il y a un besoin d’agir en amont de l’arrivée des problèmes de vieillissement. Is-Icope est là pour ça : intervenir quand les personnes vont bien, pour que ça perdure. Et, par exemple, accompagner la vie au domicile d’origine autant que la santé et l’envie le permettent. »
♦ Lire aussi : Un podcast contre l’isolement des personnes âgées
« Ça m’a poussée à le faire »

Selon l’OMS, vieillir en bonne santé signifie « garder ses fonctions pour continuer à faire ce qui est important pour chacun d’entre nous. » Pour Laurence Labalette, notre témoin, cela veut dire lire, voir sa famille, se balader, aller au musée. Alors, quand la factrice lui propose de faire ce test imaginé par le Département de l’Isère, l’idée lui plaît.
Et le rendez-vous est vite pris. « Un autre facteur est venu avec son petit ordinateur et on a fait le test ensemble. C’était assez amusant, ça a duré une petite heure. » Le temps de tester la mémoire, l’audition, la vision, la nutrition, la mobilité, l’humeur et la situation sociale de la personne « du troisième âge » qu’elle est (terme que notre septuagénaire apprécie peu).
« Je savais que j’avais une mauvaise audition, mais je n’avais pas fait les démarches, reconnaît l’Iséroise. On dit toujours qu’on le fera, mais on ne prend jamais les rendez-vous nécessaires. Mes enfants me le répétaient sans cesse. Là, ça m’a poussée à le faire. Et depuis, j’ai mes petits appareils derrière les oreilles. Je les porte en ce moment même ! »
Plus de 2 millions de personnes en perte d’autonomie
Ce dépistage n’a rien d’un examen médical au sens strict. Basé sur le volontariat, c’est plutôt un outil d’alerte pensé pour repérer des fragilités parfois invisibles ou, comme dans le cas de Laurence Labalette, mises de côté. « Ce n’était pas angoissant du tout. Au contraire. Ça permet de se sentir vue, écoutée, accompagnée dans notre société quand on est retraitée, un peu isolée du monde qui bouge vite. »
D’après les chiffres du département, une personne sur trois accepte de se faire dépister lorsque le test est proposé par son facteur. De fait, 88% des personnes évaluées ont au moins une fragilité avérée, ce qui conforte Delphine Hartmann dans l’utilité d’Is-Icope. Mais un travail de sensibilisation et de connaissance du dispositif est encore nécessaire.
En France, en 2025, on comptait 19,2 millions de plus de 60 ans. Dont, selon l’INSEE, plus de 2 millions seraient en perte d’autonomie. « Dans une trajectoire démographique et sanitaire médiane, le nombre de seniors en perte d’autonomie augmenterait jusqu’aux années 2050 pour approcher 2,8 millions. C’est la conséquence directe du vieillissement de la population, atténuée par l’amélioration de l’état de santé à âge donné. »
♦ (re)lire : Des soignants en bas des quartiers contre les inégalités de santé
Objectif 11 000 dépistages en Isère en 2027

La dimension sociale d’Is-Icope est donc essentielle. Elle s’appuie sur un relais précieux : La Poste. Les facteurs sont parmi les derniers professionnels à passer régulièrement au domicile des gens et donc à pouvoir maintenir le lien humain.
Pour Laurence Labalette, le bénéfice est indiscutable. Elle a profité de cette initiative pour suivre des examens médicaux plus poussés. « Depuis, je suis suivie par l’Agence conseil retraite Agric-Arrco et me suis installée en centre-ville de Grenoble. Ça fait neuf ans que je suis en retraite et l’idée de vendre ma maison pour me rapprocher de la vie était déjà là, mais j’ai vraiment agi il y a un an, un peu grâce à Is-Icope. Et je suis délicieusement bien ici. Le summum, c’est qu’une de mes filles habite au bout de la rue. Elle m’aide pour les grosses courses, et je me débrouille pour le reste. Je vais au marché, je me balade plusieurs fois par jour, je vais au musée, à la bibliothèque… »
Fort de l’efficacité du test, le Département de l’Isère prévoit de déployer Is-Icope progressivement sur tout le territoire entre 2025 et 2027. Objectif ? 11 000 dépistages, soit environ 3,6% des 60 ans et plus. Un petit impact dans un secteur de la France où déserts médicaux et fragilités sociales se combinent. Peu importe, l’aide est là, qui permet de « reprendre un peu le contrôle de sa vie. » ♦
Bonus
# ICOPE, qu’est-ce que c’est ? Acronyme d’Integrated Care for Older People (soins intégrés pour les personnes âgées), l’ICOPE est un programme de prévention de la dépendance auprès des seniors. Élaboré par l’Organisation mondiale de la Santé, il repose sur la surveillance des capacités essentielles au maintien de l’autonomie que sont la nutrition, la mobilité, la cognition, l’état psychologique, la vision et l’audition. Ainsi que l’accompagnement médical en cas de besoin.
# Et ailleurs ? L’ICOPE a été implanté en Isère, mais également dans le Finistère sud, les Vosges, la Loire, les Yvelines, la Haute-Garonne, la Guyane française et de nombreux départements français.