Environnement

Par Frédérique Hermine, le 18 décembre 2024

Journaliste

Dix ans de mécénat Martell pour un arboretum du Limousin

La maison de cognac Martell est engagée depuis dix ans dans la protection des forêts. Cet anniversaire est l’occasion de faire le point sur les actions engagées à l’arboretum de La Jonchère-Saint-Maurice au cœur du Limousin.

« Nous entretenons depuis longtemps une relation forte avec les chênes, pas seulement pour s’approvisionner en bois pour les fûts dans lesquels vieillissent nos cognacs, mais également pour transmettre un patrimoine et un savoir-faire », précise en préambule Emmanuel Daguerre, responsable distillation et acheteur de barriques pour Martell. Cet engagement s’est traduit par le soutien aux forêts de la Braconne (16), de La Coubre (17) mais également du Tronçais (03) et de Bercé (72). Il a d’ailleurs fait l’objet d’une vidéo en 2018, “Des chênes et des Hommes” évoquant le travail du bois, de l’arbre à la barrique. Martell est également mécène du fonds de l’ONF “Agir pour la forêt”.

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À l’arboretum de La Jonchère, l’entreprise du groupe Pernod-Ricard participe aux investissements d’entretien et de restauration. Elle participe ainsi au budget de l’ONF avec la vente de bois du domaine, complété par l’État et par les collectivités territoriales impliquées.

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Un suivi du réchauffement climatique dans un laboratoire in vivo ©F.Hermine

Un laboratoire à ciel ouvert

2500 arbres d’une quarantaine de variétés ont été replantés en une décennie à des fins d’adaptation climatique. “Le mécénat a évolué d’un soutien à une sylviculture pour des chênes de qualité à la préoccupation de la biodiversité et aujourd’hui du changement climatique. Également la création de corridors écologiques. Mais aussi le développement de l’accueil et de la sensibilisation du public”, explique Johanne Perthuisot, directrice territoriale de l’ONF.

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La préparation des nouvelles plantations ©F.Hermine

L’arboretum de La Jonchère est un véritable laboratoire à ciel ouvert. Il permet de tester diverses essences pour mieux évaluer leurs capacités d’adaptation, leurs limites et leurs facultés de résilience. « Au début, le réchauffement dans les années 90-2000 a d’abord accéléré la croissance des arbres, pointe Éric Sevrin, adjoint Forêt à l’ONF Centre Ouest Aquitaine. Mais, aujourd’hui, elle ralentit tandis que la mortalité de certaines espèces comme l’épicéa augmente. La forêt s’affaiblit avec les fortes sécheresses, les tempêtes, en particulier Lothar et Martin en 1999, et les grands incendies dont celui de 2022 ».

♦ Lire aussi : Alain Baraton, sentinelle de l’environnement

Forêt mosaïque et migration assistée

Une gestion durable doit d’abord s’appuyer sur un bon diagnostic et un inventaire, notamment en mesurant les arbres pour savoir à quelle vitesse ils poussent, pour évaluer leur état de santé. Le bilan est complété par des photos satellites afin de cartographier le dépérissement.

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10 km de sentiers ouverts au public©F.Hermine

Il s’agit également de ne pas mettre tous ses œufs dans le même tonneau en diversifiant les essences, en récupérant des graines plus au sud. “On parle alors de migration assistée, précise Éric Sevrin. Par exemple de l’Allier vers les Charentes, sans faire de grands bonds pour éviter les risques de gel. On y teste des essences exotiques comme les chênes verts dans des secteurs en péril. Et on bascule de la régénération à la plantation en collaboration avec les pépiniéristes“.

L’ONF promeut ainsi le modèle de la forêt mosaïque. Il associe des futaies régulières (avec des arbres du même âge) ou irrégulières ; des taillis avec des rejets de souches ou sous-futaies avec des arbres moins hauts ; des zones humides ; des îlots de vieillissement avec des coupes retardées ; des îlots d’avenir avec des essences plus méridionales ou exotiques ; des îlots de sénescence laissée en évolution naturelle ; et des zones de régénération naturelle.

95% de forêts privées

On dénombre peu de feuillus par ici hormis quelques chênes dans des forêts privées, récupérés pour la fabrication de merrains, matière première des tonneliers. La région compte davantage de résineux utilisés pour les bois de parquets et de charpentes. Si au niveau national, les trois-quarts des forêts sont privés, ce chiffre atteint 95% en Limousin avec une surface moyenne de 2,5 hectares, rarement d’un seul tenant. « Il y a un siècle, il n’y avait pas de forêt dans les environs, rappelle Jérôme Vany, technicien à l’ONF Limousin. Elle a été replantée sur les déprises agricoles, éparpillées au fil des successions. Beaucoup de propriétaires ne savent même pas qu’ils ont des bois sur leur terre ».

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L’arboretum était au XIXe la pépinière de l’étang©F.Hermine

♦ (re)lire : Un verger conservatoire pour les variétés anciennes de fruits

De la pépinière à l’arboretum

L’arboretum de La Jonchère-Saint-Maurice dans le Limousin se niche dans la forêt domaniale des monts d’Ambazac. En 1884, le magistrat Henri Gérardin, grand voyageur passionné de botanique, ramène régulièrement des graines du monde entier dans ses poches, notamment d’Amérique du Nord. Il alimente ainsi la pépinière de l’étang et ambitionne de reboiser les monts du Limousin et le plateau de Millevaches. Débarquent ainsi en Haute-Vienne chênes, sapins, pins, épicéas, mélèzes. Également des essences plus rares dans nos contrées tels séquoias, cyprès, thuyas géants, calocèdres, araucarias…

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Évaluer l’âge des arbres par le nombre des stries©F.Hermine

La pépinière reste en activité jusqu’en 1914. Elle est alors abandonnée, mais les arbres continuent à grandir. Puis, en 1938, l’École nationale des eaux et forêts la reprend et la transforme en arboretum. La collection forestière grossit encore, avec des objectifs de rentabilité à partir des années 60. Et ce jusqu’à la cession à l’État, en 1988, qui la rend à sa vocation première.

Biodiversité et suivi scientifique

Les habitants du village ont toujours eu l’habitude de se promener dans cette forêt-vitrine. Elle offre une triple vocation : l’accueil du public, la préservation de la biodiversité et le suivi scientifique des espèces de plusieurs continents. Pour la première, les visiteurs bénéficient depuis le printemps d’un nouveau parking. Ils peuvent sillonner une dizaine de kilomètres de sentiers ponctués de bancs réalisés dans des arbres morts. Des balades commentées sont régulièrement organisées pour le grand public et les scolaires.

Côté biodiversité, “notre travail est de gérer l’espace pour aider les arbres à se développer et la lumière pour limiter les espèces invasives comme les fougères et les ronces, détaille Vincent Pagès, forestier en charge des lieux. Nous nous attachons aussi à garder de vieux arbres, pas toujours sains. Car ils favorisent la nidification des oiseaux qui trouvent leur nourriture dans les troncs“.

Des arbres à records

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Plusieurs records de hauteur de séquoias centeaires©F.Hermine

L’arboretum abrite également sur plus de 7 hectares de nombreuses espèces d’animaux, cerfs, sangliers, chevreuils, écureuils…” On suit l’évolution des espèces au regard du changement climatique, celles qui résistent bien ou celles qui commencent à dépérir. Avec du recul en observant ces très grands arbres de 100-150 ans“. L’arboretum se félicite ainsi d’avoir su sauvegarder parmi les plus grands spécimens d’Europe : des thuyas de 48 mètres de haut, des douglas qui atteignent 65 mètres, des séquoias géants à peu près à la même hauteur, un rare tsuga de Californie de 51 mètres, des cyprès chauves qu’une quarantaine de mètres.

Après trois ans d’inventaire, 36 000 arbres ont été cartographiés dans un atlas, les arbres remarquables mesurés. Pour la plupart d’entre eux, le nom des espèces figure au pied, pour informer les visiteurs. Ont ainsi été dénombrées, en 2021, 250 espèces d’arbres, moitié feuillus, moitié résineux. S’y rajoute une cinquantaine d’autres espèces, en particulier des feuillus moins sujets aux attaques fongiques. L’arboretum vient d’accéder l’an dernier au rang de site classé pour son caractère exceptionnel au titre du paysage et du réseau hydraulique. Une belle récompense qui vaut bien une visite. ♦

Bonus

# Une décennie de mécénat. Dans le cadre du partenariat avec l’arboretum de la Jonchère-Saint-Maurice signé en 2014, Martell participe au financement du renouvellement des plantations, à l’abattage d’arbres morts dangereux ou au printemps dernier, à la réalisation d’un parking pour accueillir le public (qui se garait auparavant le long de la route). Les grands arbres du site nécessitent de surcroît l’intervention de bûcherons-élagueurs qui doivent couper à partir du sommet des tronçons de 4 mètres. Cet entretien spécifique est particulièrement coûteux.

Martell finance également l’écopâturage par un troupeau local de chèvres qui vient notamment réguler ronces et fougères.