Économie
Vendre des vêtements d’occasion : le pari fou mais réussi d’un ESAT
C’est un site marchand de vente de vêtements d’occasion pour enfants comme il en existe tant d’autres. À cette différence près que « Salopette et Petit col » est géré par l’établissement d’accompagnement par le travail (ESAT) Les Pierres Fauves. Autrement dit, par des salariés en situation de handicap. Un an après s’être lancée dans cette aventure, l’équipe en tire un bilan positif, en dépit de comptes déficitaires.
Pour habiller leurs minots et minottes, nombre de parents n’hésitent plus à acheter du seconde main. Un créneau sur lequel s’est positionné la marque Salopette et Petit col, gérée aujourd’hui par les salariées en situation de handicap de l’ESAT Les Pierres Fauves. « On a officiellement repris le flambeau il y a tout juste un an », rembobine Guy Biancotto, le directeur. Ce n’était pourtant pas dans les plans de cette structure installée depuis un quart de siècle à Vitrolles, dans les Bouches-du-Rhône (lire bonus). « Au départ, on s’occupait uniquement du stock et de la gestion des expéditions de cette marque, raconte le dirigeant. Lorsque les responsables de l’entreprise nous ont informés de leur souhait d’arrêter l’activité, on a décidé de prendre la relève ».
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Ce choix, acté collectivement, a fait l’objet d’une longue réflexion, se souvient Anne Badignon, cheffe de services. Et c’est l’opportunité d’offrir de nouvelles perspectives de travail aux salariés qui a convaincu l’équipe. « Puisque les vêtements étaient chez nous, que le site internet existait et qu’une communauté importante suivait le projet, on s’est dit qu’on allait apprendre à faire le reste », résume-t-elle.
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Missions inédites

Ce changement a nécessité une réorganisation interne de l’ESAT. Une brigade de cinq salariées dédiées à Salopette et Petit col a été montée, sur la base du volontariat. Karine, notamment, l’a rejointe, mue par l’envie d’assumer des tâches différentes. Depuis vingt-cinq ans aux Pierres Fauves, elle était déjà passée par tous les ateliers : espaces verts, conditionnement, restauration, multiservices et logistique.
Avec les autres recrues, elle a été formée à ses nouvelles missions, jusqu’alors inédites au sein de l’établissement et globalement peu proposées en ESAT. Comme la prise et la retouche de photos, la mise en ligne d’articles, la publication de posts sur les réseaux sociaux, la communication au sens large… « Ce qui me plaît le plus, c’est les photos », indique Anissa. Elle enchaîne avec une démonstration, posant une petite veste en jean sur le plan de travail réservé aux shooting. Des fiches accrochées au mur rappellent les étapes à suivre, mais l’énergique employée n’a pas besoin de les consulter. Après quelques manipulations, c’est dans la boîte.
Les photos sont ensuite publiées sur le site internet de Salopette et Petit col. Il regorge de centaines de vêtements, du bébé à la taille 12 ans, disponibles à prix réduits. « Pas plus d’un quart que leur équivalent neuf », assure Anne Badignon. Il s’agit principalement d’articles de marques haut de gamme, rachetés à des particuliers et minutieusement inspectés avant d’être mis en vente (bonus). Un positionnement hérité des fondateurs, que les Pierres Fauves ont conservé pour se différencier des sites marchands existants. Car la concurrence est des plus rudes sur le marché des vêtements de seconde main !
Plus de polyvalence

L’équipe de l’ESAT a toutefois apporté sa patte à Salopette et Petit col. En développant par exemple le canal des ventes physiques. Il y en a au moins deux par mois chez Remise en jeux à Vitrolles et Éguilles, entreprise d’insertion spécialisée dans le recyclage et la revente de jeux et jouets d’occasion (notre reportage à retrouver ici). Les salariées endossent alors le rôle de commerçantes : tenir le stand, renseigner les clients, gérer les transactions… « Il y en a qui sont clairement faites pour ça », sourit Anne Badignon.
Des employés des autres ateliers viennent parfois leur prêter main forte. À l’image de Nordine, qui apprécie l’expérience. « C’est intéressant de voir comment ça se passe et d’être en contact avec les clients », estime-t-il, sans pour autant vouloir quitter l’atelier conditionnement, où il se plaît depuis plus de vingt ans. A contrario, Anissa est ravie d’avoir changé d’activité après plus de deux décennies à la cuisine. Elle y retourne cependant ponctuellement, lorsqu’il y a besoin de renfort derrière les fourneaux. « C’est une bonne chose pour casser la routine », souligne la cheffe de services.
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Pari réussi

Depuis un an aux manettes de Salopette et Petit col, l’équipe des Pierres Fauves tire un bilan positif de la nouvelle activité. Les ventes sont au rendez-vous, même si le chiffre d’affaires ne permet pas d’être excédentaire. « D’autres ateliers sont plus porteurs, notamment les espaces verts, si bien que nous sommes à l’équilibre au global, rassure Guy Biancotto. On n’a pas de visée économique pure avec notre marque. Notre but est de la faire vivre et évoluer pour en faire profiter nos salariées ».
Parmi les perspectives de développement, les responsables mûrissent l’idée d’ouvrir une boutique au sein de l’ESAT. En plus de pérenniser la vente physique, elle serait un bon moyen d’y attirer le grand public pour casser les idées reçues, encore nombreuses, sur les salariés en situation de handicap. Un pari une fois de plus ambitieux, mais l’équipe des Pierres Fauves a démontré qu’elle était capable de tout. ♦
Bonus
# Vendre ses vêtements à Salopette et Petit col – L’ESAT rachète les vêtements par lots, selon une grille prédéfinie et communiquée en amont. Une démarche, simple et rapide, expliquée sur son site internet en cliquant ici.
# Bientôt 40 ans pour Les Pierres Fauves – L’ESAT a vu le jour en 1996. C’est quatre ans plus tard qu’il a aménagé sur son site actuel, dans le quartier de l’Anjoly. Il emploie 82 salariés en situation de handicap dans différentes activités : espaces verts, restauration, conditionnement, multiservices et logistique. Certains sont détachés au sein d’entreprises clientes comme Airbus ou Décathlon. L’ESAT dépend de l’association Les Fauvettes, qui gère en parallèle un institut médico-éducatif (IME) pour enfants en situation de handicap et un foyer de vie pour adultes dont le handicap ne permet pas ou plus d’exercer une activité professionnelle.