Économie
Avec Fil Rouge, du Made in France à l’échelle industrielle
Cette entreprise marseillaise s’est lancée il y a tout juste dix ans dans le pari – un peu fou à l’époque – d’une fabrication textile 100% française. C’est pleinement le cas aujourd’hui, grâce à l’insertion et la montée en puissance de la production. Si bien que Fil Rouge est désormais sur la voie de l’industrialisation.
Les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 n’en finissent pas de mettre Marseille en lumière. Récemment avec l’arrivée de la flamme, bientôt avec la tenue de certaines épreuves de voile et de football. Mais aussi parce qu’ ici sont confectionnés 103 000 des 250 000 tee-shirts destinés aux 45 000 volontaires qui prêteront main-forte au bon déroulé de cette grande messe sportive (lire bonus). Ici, et plus précisément dans les locaux de Fil Rouge, dans le quartier de la Capelette (10ème arrondissement).
« On en fabrique entre 600 et 700 par jour depuis septembre dernier. La production doit s’arrêter le 24 juin prochain », indique Annie Carrai, directrice du développement de l’entreprise, missionnée par Décathlon. Cette aventure d’envergure, démarrée à l’été 2022, aura permis à l’entreprise de se transformer en profondeur et de développer sa stature.
-
Lire aussi l’article « Revive, un exemple durable dans l’industrie de la mode »

De la petite PME…
À sa création, il y a dix ans tout pile, le fondateur et actuel patron de Fil Rouge, Jean-François Aufort, mûrit l’ambition de « redonner une impulsion à l’industrie française de l’habillement et d’accompagner l’emploi local », comme on peut le lire sur son site internet. Jusqu’en 2020, l’entreprise répond aux sollicitations de marques et de créateurs, réalise leurs productions de prêt-à-porter en petites séries, de l’ordre de 50 à 200 pièces par modèle.
Survient alors la pandémie de Covid-19, qui marque un tournant dans l’histoire de cette PME marseillaise. « On a répondu à un appel d’offres qui nous a permis de fabriquer des masques pour l’État. Puis la métropole (ndlr : Aix-Marseille-Provence) nous en a commandés. À chaque fois, on a montré notre capacité à produire à grande échelle. Ça nous a fait connaître et créé un effet boule de neige », rembobine Annie Carrai. Derrière, en tant qu’équipementier de l’Olympique de Marseille, la marque Puma a sollicité Fil Rouge à plusieurs reprises – cette année par exemple pour le maillot « OM Africa ». Décathlon également.

… à l’échelle industrielle
Ces contrats XXL en termes de volumes l’ont fait basculer dans une autre dimension. « On a développé des process pour mettre en place une vraie machine de guerre industrielle. Ils nous ont accompagnés pour que l’on se structure de cette façon, en nous partageant leur méthode de travail. On n’aurait jamais pu y arriver aussi bien sans ces gros marchés », souligne la directrice du développement.
Ainsi, aujourd’hui, chaque client dispose de son unité de production au sein de l’usine. À savoir un espace et des salariés dédiés à l’élaboration de sa commande. Pour Décathlon par exemple, ce sont une quarantaine de personnes qui ont été embauchées. Leurs postes de travail ont été installés à l’étage d’un des bâtiments avec peu de passage, pour assurer un maximum de confidentialité – car la collaboration n’a été officiellement révélée qu’en mars dernier. Chaque salarié est affecté à une opération : il conçoit les manches des tee-shirts ou le col, les écussons, les étiquettes… D’autres sont chargés du contrôle qualité, pièce par pièce, à la recherche du moindre potentiel défaut. Un cadre dans lequel se plaît Fathia, couturière depuis 30 ans. « Il y a une bonne ambiance et un côté familial », apprécie-t-elle, malgré le bruit constant des machines.
Fil Rouge est d’ailleurs en discussion avec deux autres « gros » clients, sans vouloir en dire plus pour le moment. « Notre modèle économique aujourd’hui est fait pour du volume. Notre objectif est de produire un million de pièces en 2026 et, pour cela, il faut des clients qui fassent appel à nous tout au long de l’année », précise-t-elle. Et de préférence plusieurs, pour ne pas dépendre d’un seul et même grand compte, ce qui pourrait mettre à mal l’entreprise.
-
Lire aussi l’article « Ankore, une mode durable et océan friendly »

L’insertion au cœur du projet
Depuis ses débuts, et c’est aussi ce qui lui permet d’être compétitive, Fil Rouge emploie une grande partie de ses salariés – 160 sur 250 – en contrat d’insertion. Ce dispositif permet à des personnes éloignées de l’emploi ou en situation de handicap de remettre un pied dans le monde du travail tout en bénéficiant d’un suivi. Leur passage dans l’entreprise doit leur servir de tremplin pour trouver emploi, pas forcément dans la couture. « Nos cinq CIP (ndlr : conseillers en insertion professionnelle) les accompagnent sur ce qu’ils ont envie de faire », assure Annie Carrai.
Certains restent et sont embauchés en CDD ou CDI chez Fil Rouge. À l’image de Sangare, qui y a mis un pied il y a deux ans via l’insertion, avant que son poste soit pérennisé. Il exerce ainsi son métier de couturier, appris dans sa Côte d’Ivoire natale aux côtés de son oncle. Ce qui n’a pas été de tout repos. « Quand je suis arrivé en France, j’ai d’abord travaillé dans le bâtiment, car on m’a dit que la couture c’est le travail des femmes », se souvient-il. Intégré à l’équipe de l’unité Décathlon, il a apporté sa pierre à l’édifice de l’organisation des JO. Une belle revanche. ♦

Bonus
- Une boutique Fil Rouge aux Terrasses du Port – L’entreprise dispose de son point de vente dans ce centre commercial. Le magasin est évidemment ouvert au grand public. L’occasion d’acheter des vêtements fabriqués localement, qu’il est d’ailleurs possible de personnaliser. Quant aux tissus, ils proviennent essentiellement du Portugal et plus marginalement de Turquie. À retrouver au niveau R2.
- Le reste de la panoplie des volontaires des JO et JP 2024 – Elle se compose au total de 15 pièces. Outre quatre tee-shirts (identiques afin d’avoir du rechange), on y trouve aussi deux paires de chaussettes, une de chaussure, deux pantalons modulables en shorts, un gilet coupe-vent, un bob, une banane et un sac. Décathlon revendique une panoplie « 100% éco-conçue ». En plus de l’usine Fil Rouge, trois autres structures françaises ont participé à leur confection. Au total, 53% de la production aura été réalisée dans l’Hexagone d’après l’enseigne.