Environnement

Par Agathe Perrier, le 26 mai 2026

Journaliste

Le filet PolluSub s’attaque aux déchets des fonds marins

Photo d'illustration générée par IA © PortSundries, Pixabay

Alors que la quasi-totalité des déchets plastiques coulent lorsqu’ils se retrouvent en mer, les solutions de dépollution ciblent surtout la surface. Un trou dans la raquette des filets de collecte que l’association Blue Odyssey Initiative cherche à recoudre avec PolluSub, un spécimen ciblant les déchets sous-marins. Un dispositif innovant, mais plus complexe à mettre en place qu’il n’y paraît.

Les initiatives destinées à débarrasser nos mers de leurs innombrables déchets plastiques se sont multipliées ces dernières années. Et c’est tant mieux, puisqu’entre 4,8 et 12,7 millions de tonnes de plastiques s’accumulent dans les océans tous les ans (lire bonus). Mais voilà : près de 80% des plastiques finissent par couler et rejoindre les abysses, où ils deviennent inaccessibles. François-Alexandre Bertrand l’a constaté de ses propres yeux au cours d’expéditions en Méditerranée avec son association Blue Odyssey Initiative. « Je pensais voir de très grandes décharges de plastiques, qu’il aurait suffi d’aspirer pour s’en débarrasser. En réalité, lorsque l’on croisait des plastiques, ils formaient comme un couloir de déchets au fond de l’eau », se remémore-t-il.

De ces images encore gravées dans sa mémoire, il va tirer une idée. Créer un filet capable de capturer ces plastiques qui vont et viennent au rythme des courants, avant qu’ils ne s’abîment dans les profondeurs. De quoi combler un manque car, parmi toutes les solutions existantes, aucune ne collecte les déchets sous l’eau, assure l’inventeur.

♦ Lire aussi l’article « Des drones pour nettoyer la Méditerranée de ses microplastiques »

Fausse simplicité

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PolluSub ressemble à un filet de tennis posé au fond de l’eau © Blue Odyssey Initiative, DR

Baptisé « PolluSub », ledit filet est pensé pour être notamment installé à l’embouchure des ports, zones où les déchets marins se concentrent naturellement. Concrètement, il ressemble à un filet de tennis posé au fond de l’eau. Avec, en plus de la partie verticale, une autre étalée à plat (le tout formant un « L »).

Ce mécanisme simple d’apparence cache en réalité une grande technicité. Pour maintenir le filet droit, il est équipé de flotteurs et lesté par une chaîne. Et pour ne pas gêner la circulation de la vie aquatique, il se compose de grandes mailles renforcées. Autre particularité de PolluSub, son double flux : « Cela signifie qu’il peut capturer les déchets à la fois entrants et sortants du port, tout en les empêchant de ressortir », détaille François-Alexandre Bertrand.

Pour vider le filet, la partie déployée sur le fond est rabattue sur l’autre, puis l’ensemble est remonté. Une opération qui se réalise depuis la terre ou depuis un bateau, sans besoin d’aller sous l’eau. « C’est un dispositif low-tech, robuste, non-intrusif, facile à manipuler et complémentaire des solutions de surface existantes », résume celui qui l’a imaginé. La réalisation du premier prototype a été confiée à Pollustock, entreprise française reconnue dans le milieu de la lutte contre les déchets pour ses systèmes anti-pollutions (bonus).

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Pour vider le filet, la partie au fond de l’eau est rabattue et l’ensemble remonté © Blue Odyssey Initiative, DR

Deux ans de test

L’heure est désormais à l’expérimentation pour PolluSub, qui a déjà remporté son premier prix dans le cadre d’un programme international récompensant des initiatives locales en faveur de la conservation de l’environnement (bonus). Au cours des deux prochaines années, Blue Odyssey Initiative et ses partenaires souhaitent équiper trois sites différents afin de tester le filet dans diverses conditions. La première installation est d’ores et déjà prévue le 17 juin prochain, dans un lieu tenu encore secret.

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François-Alexandre Bertrand (au centre) a développé PolluSub avec l’aide de plusieurs partenaires © Blue Odyssey Initiative, DR

L’objectif de cette phase pilote est d’établir un protocole fixant, entre autres, les caractéristiques des zones où le filet est adapté, le volume des déchets pouvant être capturé, la périodicité des remontées, le devenir des déchets récoltés… À ce sujet, l’association aimerait travailler avec Carbon Blue, entreprise de la région marseillaise qui transforme les plastiques usagés en mobilier (notre reportage à retrouver ici). Beaucoup de paramètres restent donc à définir. « On ne peut pas affirmer aujourd’hui que PolluSub réussira, reconnaît d’ailleurs sans détour François-Alexandre Bertrand. Mais on va tout faire pour ».

Si le filet prouve son efficacité, l’association le mettra à la disposition de « tous les industriels de la planète, associations et acteurs concernés ». Blue Odyssey Initiative conservera la propriété intellectuelle et fléchera les royalties vers le développement d’autres solutions. « PolluSub est notre premier projet. Il y en aura d’autres avec, comme point commun, l’innovation au service de la défense de l’environnement », expose son responsable. Et, en la matière, il y a (malheureusement) encore beaucoup à faire. ♦

 

Bonus

# Derrière PolluSub, de précieux partenaires – Si Blue Odyssey Initiative porte le projet, l’association ne l’a pas concrétisé seule. On trouve à ses côtés, Pollustock, entreprise qui a développé filets et autres solutions pour capturer déchets et pollutions. C’est elle qui a co-conçu PolluSub et sera à terme chargé de le produire. Dans les partenaires figure également Ekkopol, à la conception de systèmes low-tech pour ramasser les déchets flottants (notre reportage ici). Cette start-up apporte son expertise sur les déchets marins et l’analyse des courants.

# Un filet déjà primé – Blue Odyssey Initiative a remporté en début d’année la première édition des « Defender Awards ». Ce programme international, initié par la marque automobile appartenant au groupe Jaguar Land Rover, a récompensé des initiatives locales en faveur de la conservation de l’environnement et de l’action humanitaire. Sept projets ont été lauréats, parmi 56 prétendants. À la clé pour chacun : une bourse de 120 000 euros, un véhicule Defender et un accompagnement pendant deux ans. « On est très fiers d’avoir gagné, car on est une petite association marseillaise », rappelle François-Alexandre Bertrand.

# La fourchette XXL de la pollution plastique – Entre 4,8 et 12,7 millions de tonnes de plastiques finissent dans les océans chaque année, indique le Parlement européen. Une estimation du simple au presque triple qui illustre la difficulté à quantifier ce phénomène. Reste que même le chiffre le plus bas s’avère trop élevé. Car les plastiques contaminent l’eau, affectent la flore marine, perturbent pour ne pas dire asphyxient la faune… Si les solutions de dépollution sont essentielles, le meilleur déchet demeure celui que l’on ne produit pas.