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Par Paola Da Silva, le 31 mars 2026

Journaliste

Ici Toilettes recense les commerces sympathiques avec les envies pressantes

©DR

Comment et où trouver des toilettes propres, ouvertes et gratuites lorsqu’on se balade en ville ? Une question qui, si elle peut sembler anodine, se pose à tous. Et encore plus aux personnes âgées, à celles atteintes de la maladie de Crohn… ou même tout simplement aux femmes pendant leurs règles. Heureusement l’application Ici Toilettes, créée par une start-up nantaise en 2018, peut les soulager : elle cartographie les commerces qui acceptent d’ouvrir leurs toilettes aux envies pressantes.

Dénicher des toilettes en ville lorsqu’on est de passage n’est pas toujours une tâche aisée. « C’est d’ailleurs la troisième question la plus fréquemment posée dans les offices de tourisme ! », indique en souriant Thomas Herquin, dirigeant et cofondateur de la start-up Urban Services. La société qu’il a co-créée à Nantes en 2019 a développé l’application gratuite Ici Toilettes. Grâce à un partenariat avec plusieurs villes et métropoles, elle répertorie sur une carte tous les WC publics à proximité, ainsi que tous les commerçants qui acceptent de recevoir gracieusement les personnes ayant une envie pressante.

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« C’est une problématique, qui, de fait, touche tout le monde. Mais particulièrement les femmes, les personnes âgées, et tous ceux et celles qui ont des pathologies les obligeant à trouver rapidement des toilettes », détaille Thomas Herquin. C’est notamment le cas pour la maladie de Crohn, pour le syndrome du côlon irritable, pour les troubles de la prostate…

fondateurs Ici Toilettes - Nantes
Thomas Herquin, Damien Naour et Chloé Bergerat ont fondé la start-up Urban Services à Nantes, qui développe l’application Ici Toilettes. Crédit : Urban Services

Très chères toilettes publiques

C’est lors d’un hackathon organisé par La Cantine Numérique (1) que Thomas Herquin a cette idée. « Je faisais partie de l’équipe lauréate. Nous nous étions posé la question suivante : comment étoffer le maillage urbain de sanitaires en s’appuyant sur les commerces locaux ? J’ai conservé l’idée afin de monter une entreprise avec deux cofondateurs. » La conception de l’application s’inspire de Nette Toilettes, une solution très bien implantée en Allemagne depuis quinze ans.

« Nous partons du constat qu’une seule toilette publique à lavage automatique coûte entre 25 000 et 35 000 euros par an à une collectivité. Et qu’elle consomme 17 litres d’eau par passage. Or, plus de 90% des femmes sont aujourd’hui réfractaires à les utiliser et préfèrent se rendre dans un café, même si elles doivent consommer. »

Valoriser et indemniser les commerçants

Lorsqu’elle signe un contrat avec une collectivité, l’équipe d’Ici Toilettes s’engage à recruter un nombre déterminé de commerçants prêts à ouvrir leurs portes aux personnes souhaitant utiliser leurs toilettes. « Ils sont ensuite référencés sur notre application, avec adresses, horaires et photos, et nous leur fournissons des protections féminines. Nous les indemnisons également à hauteur de 100 euros par mois. Le service offert via ce système ne se substitue pas à la présence de WC publics en ville, mais en est un complément. »

Dix villes utilisatrices en France

Actuellement, neuf collectivités françaises ont passé un contrat avec Ici Toilettes : Amiens, Angoulême, Grenoble, Strasbourg, Toulouse… « Nous avons au tout début expérimenté la solution à Nantes, notre ville d’origine », retrace Thomas Herquin. « Elle était alors financée par un acteur privé, l’entreprise JC Decaux. Mais depuis, la ville a coupé notre contrat sans explication. » L’application y est tout de même toujours active, la ville leur servant de « laboratoire », mais les commerçants ne sont plus indemnisés.

Les autres collectivités passent un contrat, parfois par le biais de marchés publics. Le montant est indexé au nombre de commerçants démarchés. « Nous facturons 39 000 euros l’année à une ville qui choisirait d’avoir 15 commerçants partenaires. Mais cela reste très dépendant de la taille de la ville. 10 commerçants sont par exemple suffisants pour une ville comme Angoulême. » Une somme à mettre en parallèle avec le prix de l’utilisation à l’année d’une seule toilette publique à lavage automatique. Une fois le contrat signé, la start-up met en place en interne toute la communication dédiée qu’elle fournit aux commerçants : affiches, distributeurs de protections périodiques, stickers avec QR codes…

toilettes restaurant à la carte postale
Les restaurants partenaires reçoivent des stickers et affichettes d’identification ainsi que des protections périodiques pour les femmes. Crédit : PDS

Demander poliment l’accès aux WC

La start-up a signé un partenariat avec l’association La Cloche pour déterminer au mieux quels commerçants seraient susceptibles d’accepter leur proposition. « Ils nous mettent à disposition leur réseau nommé Le Carillon, qui référence les commerçants engagés contre la grande exclusion. Ils acceptent souvent d’être référencés sur l’appli (2) », explique Thomas Herquin. Les cafés, bars et brasseries représentent 90% des 150 commerçants partenaires en France. « Très souvent, les femmes qui tiennent un café de quartier acceptent. Et en général elles mettent à disposition une table à langer. » Bien évidemment, les commerçants ont le droit de refuser une personne impolie qui se présenterait. « Les usagers doivent leur demander l’accès aux WC poliment, avoir une conduite citoyenne et respecter notre charte de bonne conduite », confirme Thomas Herquin.

♦ Relire le portrait de Pauline Deluca, responsable de la Cloche sud

« On est content de le faire »

La plupart des commerçants reconnaissent un impact sur leur chiffre d’affaires, car bien souvent les usagers consomment quand ils viennent. Cela leur permet également de découvrir un lieu. « Nous ne savons pas exactement quelle est l’incidence chez nous », raconte Morgane, gérante du restaurant À la carte postale à Nantes. « Mais ce n’est pas un souci. On est content de le faire, notamment pour les femmes qui ont besoin de protections périodiques ou pour les personnes qui vivent dans la rue ». La start-up, qui dispose de chiffres, sait que chaque commerçant participant est susceptible de recevoir quatre à cinq passages par jour.

deux restaurants partenaires - application Ici Toilettes
La Trinquette et A la carte Postale, deux établissements partenaires d’Ici Toilettes à Nantes. Crédit : Urban Services et PDS.

Un futur auprès d’acteurs privés

Aujourd’hui, la start-up Urban Services n’est pas encore viable, même si elle espère arriver à l’équilibre à la fin de l’année. Le principal frein à son développement reste le manque de prise de risque politique de certaines villes. « Cela prend du temps de travailler avec des collectivités. On a affaire à des services différents, tout peut être un peu « lourd », raconte Thomas Herquin. Le sujet même des toilettes peut parfois bloquer. « On nous répond que la thématique n’est « pas sexy ». Ou qu’il existe déjà des toilettes publiques dans les villes ». Mais la situation est très variable d’une ville à une autre. Strasbourg et Bordeaux sont par exemple très actives sur ce sujet qui touche à l’inclusion.

Par conséquent, l’objectif pour la start-up est, à moyen terme, de travailler avec le secteur privé. Mais aussi, en parallèle, d’augmenter le nombre de villes sous contrat. « On a une solution peu onéreuse à leur proposer. On a envie de dire aux collectivités qu’il est possible de progresser sur cette thématique, et qu’on aidera par là également à valoriser leurs centres-villes et leurs commerçants ». ♦

(1) La Cantine Numérique est une association nantaise. Elle accueille et accompagne les entreprises nantaises pour les aider à relever leurs défis d’innovation, de business et d’impact.
(2) L’entreprise Urban Services fait partie de l’économie sociale et solidaire. Elle reverse un pourcentage de son chiffre d’affaires à l’association La Cloche.

 

Bonus 

# Succès. L’application compte 200 000 inscrits (700 000 utilisateurs du service) sur trois ans.

# Stats. Sur les 40 plus grandes villes de + de 100 000 habitants, la moyenne est 1 toilette public/16 000 habitants. Bordeaux a le meilleur ratio : 1 pour 3 300 habitants. À Marseille, le chiffre est 1 pour 30 000.

# Loi. Il n’existe actuellement pas de législation ni obligation à mettre des toilettes publiques en place.

# JO. Ici Toilettes a été disponible à Paris lors des JO de 2024, où plus de 100 commerces partenaires avaient alors joué le jeu.