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Par Zoé Charef, le 11 mars 2026

Journaliste

Isère Véto soutient l’installation des vétérinaires ruraux

Le vétérinaire rural explique le traitement que les animaux devront prendre. ©ZC

Face à la baisse significative du nombre de vétérinaires dans ses campagnes, le Département de l’Isère a lancé le dispositif incitatif Isère Véto en 2022. Aide financière, soutien aux déplacements et stages pour les étudiants : l’objectif est de préserver dans les zones agricoles un maillage essentiel à l’élevage. À La Tour-du-Pin, le vétérinaire Jules Jeannot sillonne les routes pour soigner les animaux et accompagner les éleveurs.

Il est presque 8h30 à La Tour-du-Pin, en Isère. Et il pleut depuis plusieurs jours maintenant. Le froid mord encore un peu les doigts quand le vétérinaire rural Jules Jeannot, la trentaine, met en marche son véhicule floqué Vet Nord Isère Élevage. Une matinée de visite commence. D’un élevage à l’autre en passant par les animaux de particuliers, il traverse les routes de campagne pour venir en aide aux bêtes et à leurs propriétaires.

Service à domicile

Jules Jeannot aide à l’agnelage de deux bêtes. ©ZC

« Là, on va voir une brebis dont l’agnelage ne se passe pas bien », annonce brièvement le spécialiste avant de sortir l’équipement nécessaire et de s’activer. « Avant, il fallait emmener les bêtes chez le vétérinaire. Et c’était loin ! Là, c’est un luxe pour nous. Merci encore d’être venu, et si vite », se rappelle le couple d’amoureux des animaux, soulagé d’avoir pu sauver l’un des deux agneaux. <!–more–>

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Avec environ 400 éleveurs et 800 petits propriétaires d’ovins ou de chèvres suivis, la clientèle de la clinique fait travailler neuf vétérinaires. Jules Jeannot, ses associés et leurs trois salariés se relaient pour répondre à chaque urgence, chaque besoin. Ils maintiennent ainsi, grâce à leurs soins, une agriculture active dans cette partie de l’Isère.

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La vocation ne suffit plus

Être au plus proche des éleveurs… et de leurs animaux. ©ZC

« Ce n’est pas un métier de routine. Nos horaires varient, les rendez-vous aussi. On peut intervenir au bord de la route quand il fait -5°C comme en plein pré à 35°C », confie le vétérinaire. Il souligne aussi l’importance du lien humain : « Ce que j’aime, c’est le travail avec l’éleveur. On le voit beaucoup et on développe plutôt une relation de partenaires. On les accompagne sur la gestion de leur élevage au quotidien, on comprend, on anticipe. Quand on commence à connaître les prénoms des enfants, c’est qu’on est vraiment dans leur vie, à les soutenir dans leur travail ! »

Pourtant, cette vocation seule ne suffit pas. Ce métier a longtemps été exercé par des hommes, disponibles 24h/24, souvent au détriment de leur vie personnelle. Aujourd’hui, la démographie a changé mais les défis restent nombreux : la charge de travail, les heures de garde, la fatigue physique (et mentale), les difficultés de déplacement… Une grande partie des futurs vétérinaires préfère s’atteler à la population canine, moins exigeante. En France, en 2024, on compte environ 22 000 vétérinaires, mais moins d’un quart a le principal de son activité en milieu rural. 

Une aide financière pour l’installation

Pourtant, « les vétérinaires sont essentiels à l’élevage français, rappelait le ministère de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire. Moins ils sont nombreux en zone rurale, plus leur zone d’exercice s’agrandit. » Entre 2017 et 2020, le Département de l’Isère annonçait avoir perdu 30% de ses vétérinaires ruraux, résultat de départs à la retraite non remplacés et d’isolement professionnel.

La maman découvre son nouveau-né, après une mise bas compliquée. ©ZC

Alors, cette collectivité territoriale a choisi d’agir. En 2022, le dispositif Isère Véto voyait le jour. Depuis, il propose trois formes d’aides. Pour les vétérinaires comme Jules Jeannot, le département débloque 15 000 euros à l’installation. Le deal ? Un exercice de la fonction sur le territoire pendant trois ans au moins. « La contrepartie n’est vraiment pas insurmontable, témoigne Jules Jeannot. Si j’ai décidé de m’associer, c’est bien que je compte rester ici ! Cette aide est là pour implanter une structure vétérinaire rurale et c’est ce qu’on a fait. Elle a servi pour financer l’achat de mes parts et du matériel professionnel. Du concret ! » Dans d’autres cas, ces 15 000 euros peuvent permettre la création d’une nouvelle clinique rurale.

Un maillage fragile mais essentiel en cas de crise sanitaire

Ici, les animaux ont la gale. Le vétérinaire est là pour en attester et s’assurer des traitements nécessaires. ©ZC

Avec ce dispositif, six vétérinaires ont pu s’installer à Monestier-de-Clermont, Pontcharra, Roybon, La Tour-du-Pin et Villard-de-Lans. Assez pour stabiliser le maillage vétérinaire rural isérois. La crise de la dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC) de l’été dernier l’a démontré : sans réseau vétérinaire présent sur place pour vacciner, la gestion des épizooties aurait été bien plus complexe. 

Sur le terrain, Jules Jeannot le constate chaque jour. « On a une double casquette : on est là pour soigner les animaux, mais aussi pour assurer un rôle sanitaire pour l’État », explique-t-il. Prises de sang annuelles, contrôles des maladies réglementées, suivi des déplacements d’animaux d’une exploitation à une nouvelle. Dans sa clinique du Nord-Isère, cela représente des volumes considérables. « Sur notre structure, une campagne sanitaire pour la DNC représente 30 000 bovins à vacciner. Ce n’est pas rien ! » Un travail qui s’ajoute aux urgences quotidiennes.

♦ (re)lire : Les animaux, bons compagnons en toutes circonstances

« Soutenons l’agriculture avec un grand A et à grande échelle »

La césarienne de cette génisse se présente comme le meilleur choix pour la mère et le petit… L’éleveur participe à cette opération. ©ZC

Entre deux rendez-vous, la camionnette vétérinaire reprend la route. Ici, les distances comptent autant que les soins. « Le déplacement fait partie du métier, explique le professionnel. On peut faire vingt minutes de route pour une seule consultation. » Un temps qui, économiquement, reste difficile à rentabiliser. 

C’est pour cette raison que le dispositif départemental prévoit aussi une indemnité de 20 centimes par kilomètre dans les zones de montagne ou proches, classées difficiles d’accès. Une manière d’aider les praticiens à maintenir une activité dans les secteurs les plus isolés. Pour Jean Papadopulo, vice-président du Département de l’Isère et délégué à la santé animale et vétérinaire, l’équation est simple : « Il ne peut pas y avoir d’agriculture sans vétérinaire. Et il ne peut pas y avoir de vétérinaire rural sans agriculture. Les deux sont indissociables. Du cercle vicieux actuel, passons à un cercle vertueux. Soutenons l’agriculture avec un grand A et à grande échelle. »

Et pour attirer de futurs praticiens, Isère Véto aide les étudiants vétérinaires en stage à hauteur de 300 euros par mois. L’objectif est simple : leur faire découvrir le quotidien du métier en milieu rural et susciter des vocations. Jules Jeannot referme le coffre de sa voiture et regarde son téléphone : quelques moutons malades et une génisse l’attendent, à une demi-heure de route. La journée est loin d’être terminée.