Fermer

“Journal d’un café de campagne ”, roman rural

Par Frédérique Hermine, le 3 avril 2023

Journaliste

Un café fermé © Pierrick Bourgault

Après de nombreux guides et livres de photos sur les bistrots et bars de tous bords, d’ici ou d’ailleurs, Pierrick Bourgault, journaliste agricole, s’est lancé dans l’écriture d’un roman de café, à siroter au comptoir.

 

L’univers des cafés et autres bistrots lui est aussi familier que s’il était né sur le zinc, entre deux pompes à bière. Pierrick Bourgault avait bien un grand-père bistrotier qui tenait un minuscule café-tabac dans les années 50 à Saint-Fraimbault-de-Prières, en Mayenne, tout en étant polyculteur. Toute la famille de Pierrick venait du monde rural, son père menuisier et sa mère couturière étaient issus du même village. Même après la fermeture du Café Bourgault, où il n’y avait qu’une table et quelques chaises en paille, le grand-père Pierre avait continué à y recevoir ses amis.

“Journal d’un café de campagne ”, roman rural 1
Pierrick Bourgault© F.Hermine

« Pour moi qui étais de santé fragile et qui suivais l’école par correspondance, c’était une véritable porte ouverte sur le monde. Tout comme les vacanciers de milieux modestes qui venaient louer dans notre village une baraque avec un robinet pour la toilette et un WC au bout du jardin. On les appelait les Parisiens, même s’ils venaient du Havre ou d’ailleurs. Ils pêchaient dans la Mayenne, buvaient du ‘calva’ pas cher dans des tasses à café et, surtout, ils apportaient des nouvelles des villes et des banlieues. Contrairement aux paysans plutôt taiseux, ils parlaient beaucoup. Ils ont été mon premier contact avec Paris ».

 

♦ Lire aussi : Chez Josette, à Charleville-Mézières, un café-librairie solidaire

 

Témoigner du monde paysan

Curieux de tout, surtout des sciences naturelles, lisant beaucoup à défaut d’aller à l’école, et fréquentant souvent la bibliothèque de Mayenne, véritable cabinet de curiosités, Pierrick aime avant tout les études et la nature, écrire et photographier. Il sera d’abord ingénieur agronome. Puis à 24 ans, il poursuit son cursus à la capitale pour s’orienter vers des études d’anthropologie et d’audiovisuel. « Je n’avais pas très envie de conseiller des paysans de 50 ans en produits phytosanitaires ; je voulais plutôt filmer le milieu agricole, témoigner d’un monde autrefois autonome qui produisait presque tout ce dont il avait besoin, un monde fragile qui raconte plein de choses, mais qui commençait déjà à disparaître ».

Pierrick aime écrire des bouquins utiles, guides de cuisine, de gastronomie, de photo, d’audiovisuel, de communication… et photographier la campagne, les rivières, les moulins, puis les bistrots de France et du monde entier.

“Journal d’un café de campagne ”, roman rural 2
Un café fermé @ Pierrick Bourgault

 

Le tour du monde des bistrots

Il écume avec son appareil et son stylo les cafés, estaminets et autres zincs pour rencontrer des personnages simples, mais souvent hauts en couleur qui lui racontent des tranches de vie, partagent un verre et des souvenirs avec ce garçon discret à l’éternelle allure de jeune homme malgré ses cheveux grisonnants. Qui prend la peine de les questionner et de les écouter. Il en fait des livres témoignages, des biographies, des guides touristiques qui commencent à le faire connaître en parallèle de son métier de journaliste agricole. Il retourne régulièrement en Mayenne où il ne peut que constater avec tristesse la disparition des bistrots de village, remplacés par des dépôts de pain et des distributeurs à pizzas automatiques.

Pierrick se défend toutefois d’une nostalgie mélancolique en rappelant que l’on petit assister de nos jours à une renaissance de bistrots sous d’autres formes, comme ces cafés associatifs et communaux qui voient le jour dans tout l’Hexagone, mais sans garantie de longévité.

 

♦ Relire l’article Ils remettent de la vie dans leur village

 

Du guide au roman

“Journal d’un café de campagne ”, roman rural 5Arrive le confinement et l’envie d’écrire un roman à partir d’un puzzle de vécus et d’anecdotes glanés çà et là au comptoir, de tranches de vie, y compris la sienne, en modifiant lieux et personnes. « J’ai eu envie de raconter l’évolution des villages ruraux, la disparition du patrimoine, petit et grand, d’une rue, d’un cimetière, d’un ruisseau sans que cela n’émeuve grand monde, de témoigner de cette standardisation qui pollue de plus en plus le charme des villages alors que paradoxalement, c’est ce charme que recherche à notre époque les touristes ». Et de déplorer ces mairies toujours avides du moindre rond-point ou d’aménagement destructeur de paysages. Qui préfèrent céder aux sirènes du BTP à tout-va.

 

Un roman de café militant

Ce roman qui n’en est pas tout à fait un se veut militant, comme pour inciter à la prise de conscience. Et pour apporter un autre regard et un peu de profondeur si ce n’est de hauteur de vue à tout ça, Pierrick a imaginé un couple de quadras parisiens devenant néoruraux. Yann d’origine bretonne nostalgique de son enfance à la campagne et sa compagne Lin, de Taïwan, qui ne comprend pas les complications administratives, la déshumanisation et la bétonisation du monde rural.

Il y a bien sûr du Yann et du Lin en Pierrick qui s’insurge, dénonce, regrette et parfois s’en excuse, âme de journaliste oblige, de peur de ne plus être crédible. C’est quand même un beau roman, une belle histoire, une romance d’aujourd’hui un peu triste, entre ville et campagne, entre la France et Taïwan qui finalement fait office d’Eldorado. L’ambassadeur de Taïwan est d’ailleurs venu à la signature parisienne du livre. Mais si la lecture de ce roman pouvait juste inciter quelques lecteurs à aller passer quelques heures dans un petit café de quartier ou de village, Pierrick Bourgault s’en montrerait déjà très satisfait. ♦

 

*Journal d’un café de campagne. Collection Fiction, Editions Ouest-France.160 pages. 15 euros

 

Bonus
  • “Journal d’un café de campagne ”, roman rural 4
    @Frédérique Hermine

    La disparition des cafés. On dénombrait 500 000 bistrots en France au début du XXe siècle, 200 000 dans les années 60 ; il en reste à peine 30 000 aujourd’hui regroupés dans environ 10 000 communes. « Un bistrot, c’est une société où se tissent des relations souvent simples et vraies, où l’on rencontre le monde à la hauteur des yeux, du comptoir et du cœur », estime Pierrick Bourgault.

“Selon une étude du Crocis (Centre Régional d’Observation du Commerce, de l’Industrie et des Services d’Ile-de-France) parue fin 2021, 40% des cafés parisiens ont disparu en 20 ans pour atteindre à peine plus de 1400 et la situation ne s’est sans doute guère arrangée depuis.

 

♦ Lire aussi : Plouc Pride, le livre qui réhabilite la France rurale

 

  • L’expo. “Au bonheur des Bistrots” du 21 avril au 31 mai aux Grilles de l’Hôtel de ville de Paris et à l’espace Paris Rendez-vous. En hommage aux femmes et aux hommes qui gardent les cafés ouverts tels des phares dans la nuit, lieux de vie et « parlements du peuple », selon Balzac.

Deux regards photographiques sur ces petits univers, ceux de Pierrick Bourgault, journaliste agricole, anthropologue et écrivain, et Pierre Josse, rédacteur en chef pendant 40 ans des Guides du Routard. On peut suivre l’actualité de Pierrick Bourgault sur son site, monbar.net.