Un kit clé en main pour protéger sa maison des feux de forêt
Le risque de voir les incendies atteindre les villes augmente en même temps que la Terre se réchauffe. Pour permettre à chacun d’agir sans se mettre en danger, deux anciens marins-pompiers de Marseille ont inventé un dispositif pour brumiser efficacement sa maison en attendant l’intervention des secours. Facile à installer, il crée une barrière d’eau en pompant directement celle d’une piscine.
L’été vient à peine de débuter que des feux ont déjà brûlé des centaines d’hectares dans le sud de la France. Une saison précoce qui ravive le douloureux souvenir du 8 juillet 2025, quand un incendie a non seulement ravagé 750 hectares entre les Pennes-Mirabeau et le nord de Marseille, dans les Bouches-du-Rhône, mais aussi détruit 90 habitations (lire bonus). Certains ont tout tenté pour aider les secours et sauver leur maison des flammes, attisées par un fort mistral, en vain. Il faut dire qu’avec, souvent, un simple tuyau d’arrosage, l’action se révèle limitée et inefficace. Asperger murs, sols et végétation est pourtant une bonne idée et à la base du dispositif Repli, inventé par deux anciens marins-pompiers de Marseille.
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Rideau d’eau

Il aura fallu trois ans au binôme de quadragénaires pour s’arrêter sur le bon mécanisme. Leur système se compose d’un réseau de perches de deux mètres de haut alimentées par une piscine. Contrairement à un jet qui asperge, elles envoient l’eau par brumisation, créant une véritable barrière de gouttes. « En plus de tout mouiller, le dispositif empêche le rayonnement thermique qui propage l’incendie », précise Damien Molinengo, qui a quitté le bataillon des marins-pompiers après vingt ans de carrière pour se lancer pleinement dans ce projet.
L’idée lui est venue de son expérience terrain dès 2009, suite au violent incendie parti du camp militaire de Carpiagne, au-dessus des calanques de Marseille, qui a dévoré plus de 1 000 hectares. « On avait réussi à sauver des maisons efficacement et je me suis dit que les personnes qui ont des piscines pouvaient être utiles », rembobine-t-il. À l’aube de sa carrière de soldat du feu, le moment s’est révélé opportun pour sauter le pas. Il a embarqué avec lui son collègue de caserne, Lionel Lopez, qui troquera également son casque de marin-pompier pour la casquette d’entrepreneur en octobre prochain, au terme aussi de vingt ans de service.
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Système autonome

Selon la surface à protéger, trois kits sont proposés aux particuliers. Ils comprennent trois à sept perches, raccordées les unes aux autres par un tuyau. Démontables, elles s’installent « en deux à quatre minutes », assure Damien Molinengo. « Un feu de forêt n’est généralement pas soudain. On a le temps de voir venir et de mettre en place le dispositif sans stress », rassure-t-il. Il est d’ailleurs possible de laisser les perches de façon permanente, le démontage ayant pour but ne pas nuire à l’esthétique des jardins.
Les deux inventeurs recommandent de placer les perches entre la façade à protéger et la forêt. Car, le vent, qui progresse dans le même sens que le feu, devient un allié, propageant une partie de l’eau contre les murs et sur le toit de la maison. Les braises incandescentes qu’il transporte – parfois sur plusieurs centaines de mètres, bien avant l’arrivée des flammes – sont ainsi éteintes par le rideau d’eau ou tombent sur la toiture mouillée.
Le système fonctionne grâce à une motopompe thermique. Un choix là encore mûrement réfléchi : « Dans la majorité des cas, au moment des incendies, il n’y a plus d’électricité sur place », glisse le concepteur. L’ancien soldat du feu conseille d’actionner le dispositif quand les secours demandent d’évacuer l’habitation. Le déclenchement peut même être automatisé, piloté à distance directement depuis son smartphone.
Prise de conscience

Équiper les maisons avec Repli est, pour ses concepteurs, essentiel face à l’aggravation à venir des feux de forêt. La saison des feux, qui se cantonnait généralement dans l’Hexagone aux mois de juillet et août, démarre désormais plus tôt et se finit plus tard. Davantage de territoires vont y être confrontés à l’avenir, quand seul le sud de la France était jusqu’à présent concerné.
Or, « on ne pourra pas mettre un camion de pompiers derrière chaque maison et il y aura peut-être des choix à faire en termes de bâtiments à protéger », prévient Damien Molinengo. Des bâtiments publics ou des infrastructures techniques (comme des antennes par exemple) pourraient être priorisés. D’où l’importance de s’équiper pour freiner l’incendie. « Notre système ne se substitue pas aux pompiers. C’est un moyen parmi d’autres pour contenir le feu et diminuer son intensité », souligne-t-il.
À chacun d’en prendre conscience et d’apporter sa pierre à l’édifice de la prévention. Cette anticipation portera d’autant plus ses fruits que l’action sera collective. Dit autrement : plus de maisons seront équipées, plus la barrière d’eau sera étendue et, donc, efficace. Conscients que les collectivités ont aussi leur rôle à jouer, les deux associés derrière Repli ont déployé une offre à leur destination ainsi qu’à celle des professionnels. Leur but ultime : que leur dispositif soit intégré au système des services de secours. Une façon de boucler la boucle.
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Crédibilité prouvée

Lancés en mai 2025, une dizaine de kits Repli a été vendue sur cette première demi-année de commercialisation. 2026 est synonyme de montée en puissance, grâce à une visibilité gagnée suite à une médaille d’or au concours Lépine. « C’est une belle reconnaissance et la preuve de la crédibilité de notre dispositif », estime Damien Molinengo.
Les sollicitations affluent depuis, de professionnels comme de particuliers. En attendant de trouver des revendeurs, le binôme d’entrepreneurs assure lui-même la vente de ses kits. Les prix oscillent entre 2 390 euros pour l’entrée de gamme, qui couvre une surface de 25 mètres linéaires et permet de protéger une maison de plain-pied ou à un étage. Pour trois fois plus de surface (75 mètres), il faut compter 5 490 euros. Des aides à l’achat sont d’ailleurs proposées par certaines collectivités, dont le Département des Bouches-du-Rhône (bonus). Le prix à payer pour mettre à l’abri son bien, mais aussi tout le matériel et les précieux souvenirs. ♦
Bonus
# Les feux particulièrement ravageurs en 2025 – La France a enregistré près de 15 000 départs de feu l’année dernière, selon le bilan dressé par l’Office national des forêts (ONF). Parmi eux, 1 800 feux de forêt ayant réduit en cendres près de 20 000 hectares. Le plus impressionnant en superficie est celui survenu le 5 août à Ribaute, dans le massif des Corbières (Aude). Il a détruit à lui seul plus de 11 300 hectares, et a même malheureusement causé la mort d’une personne.
# 1 000 euros d’aide à l’achat d’un kit motopompe – C’est le montant maximal octroyé par le Département des Bouches-du-Rhône. Plusieurs conditions doivent être réunies : être propriétaire occupant d’une résidence principale située à proximité d’un massif forestier, que la maison soit concernée par les obligations légales de débroussaillement et qu’elle possède une piscine d’au moins 15 m3. Il faut aussi que sa commune ait signé une convention avec la collectivité et le Service départemental d’incendie et de secours (SDIS 13). Plus d’informations en cliquant ici.