Économie

Par Patricia Guipponi, le 28 novembre 2025

Journaliste

La Feuille d’Érable recycle depuis vingt ans les corbeilles des bureaux

Un employé de bureau génère en moyenne 70 à 85 kg de déchets papier par an. Les recycler permet de fabriquer 900 kg de papier neuf pour chaque tonne collectée. C’est un vivier pour La Feuille d’Érable, un acteur majeur de l’économie circulaire de l’Hérault. Spécialisée dans la collecte et le traitement des déchets non dangereux, l’entreprise a déjà accompagné 150 salariés dans leur parcours d’insertion. Tout en structurant une filière locale de recyclage devenue incontournable.

Au mois d’octobre dernier, La Feuille d’Érable a célébré vingt ans au service du recyclage et de l’insertion. « J’ai lancé la structure en 2005 lorsque je me suis installé dans le département languedocien, inspiré par La Feuille d’Érable rennaise, pionnière française du recyclage du papier de bureau depuis 1983 », raconte son fondateur, Jean-Pierre Guilbert. Le papier : un employé de bureau en génère en moyenne de 70 à 85 kg sous forme de déchets. Les recycler permet de fabriquer 900 kg de papier neuf pour chaque tonne collectée. <!–more–>

Jean-Pierre Guilbert n’est pas un novice en la matière. Lillois d’origine, il a déjà travaillé dans le même secteur dans sa région natale. Et il souhaite, sur sa nouvelle terre d’activités, lancer une entreprise dédiée au recyclage, où il y a tant à faire, sans pour autant repartir de zéro. « J’ai alors eu l’idée de m’associer avec l’entité bretonne. Et cela s’est avéré possible, d’où nos noms communs ».

Jean-Pierre Guilbert, fondateur de La Feuille d’Erable, sur le site de Paulhan où le polystyrène recyclé est prêt à partir pour être réutilisé. © P. Guipponi

Plus de 3000 tonnes de matière recyclées chaque année

La Feuille d’Érable collecte, trie et recycle papiers de bureau, cartons, plastiques, archives confidentielles, polystyrène, métaux, bois, matériel informatique ou encore biodéchets. L’entreprise intervient dans tout l’Hérault, et plus largement en Occitanie, auprès des collectivités, administrations, entreprises, commerces ou professions libérales.

Les personnes en insertion sont recrutées pour un maximum de deux ans. © P. Guipponi

Avec plus de 3000 tonnes de matières recyclées chaque année et 150 salariés en parcours d’insertion depuis sa création, la structure assume pleinement son rôle social et environnemental. « Cela me paraît logique d’être socialement solidaire, de permettre à des personnes pas ou peu qualifiées de retrouver le monde de l’emploi et l’estime de soi. C’est dans notre ADN », souligne Jean-Pierre Guilbert.

La Feuille d’Érable fonctionne avec un agrément d’insertion par l’activité économique (IAE). Sept des douze postes qui composent aujourd’hui l’équipe concernent ainsi des personnes en insertion, souvent chômeurs de longue durée, recrutés pour une durée maximale de deux ans, renouvelable par contrats de quatre mois. « L’objectif est que les salariés ressortent mieux armés qu’ils ne l’étaient en arrivant », souligne l’entrepreneur. Chacun bénéficie d’un accompagnement personnalisé et peut suivre des formations qualifiantes, favorisant un retour durable à l’emploi.

♦(re)lire l’article sur le papier toilette Popee qui recycle les corbeilles de bureaux  

Un premier contrat avec Montpellier Méditerranée Métropole

Les locaux de production de La Feuille d’Érable sont situés à Paulhan, dans l’arrière-pays héraultais. On y trouve les bureaux, le pont-bascule, la pesée, les presses et les broyeurs. Un second site, à Montpellier, sert de dépôt pour les bennes et les véhicules. Il offre aussi une vitrine accessible aux clients des alentours. Dès 2006, Montpellier Méditerranée Métropole a permis à l’entreprise de démarrer son activité avec un premier marché public portant sur la collecte des papiers de bureau d’une centaine d’établissements publics (préfecture, mairie, CAF, rectorat…).

Le Syndicat Centre Hérault, qui regroupe les communautés de communes du Clermontais, de la Vallée de l’Hérault et de Lodève-Larzac, fait également partie des partenaires historiques. La Feuille d’Érable intervient dans une dizaine de déchetteries du territoire où elle récupère les cartons pour en faire des balles. « Les bornes d’apport volontaire du syndicat – environ 1500 tonnes de papier – sont désormais gérées par le centre de tri de Saint-Thibéry. Nous avons toutefois conservé le marché des cartons, en attente de renouvellement en 2026. »

Le site de Paulhan prend en charge les déchets de cartons produits sur le territoire du Syndicat centre Hérault. © P. Guipponi

La structure propose de plus la destruction sécurisée d’archives et de documents confidentiels (dossiers médicaux, comptabilité, données judiciaires…). Puis leur réintégration dans la filière de recyclage papier, garantissant ainsi une traçabilité complète. Parallèlement, l’entreprise développe un service sur-mesure pour les professionnels : artisans, professions libérales, commerces, administrations ou entreprises. « On travaille à la carte, on s’adapte », souligne son fondateur.

Les balles sont envoyées en Espagne, au nord de Barcelone, plus proche

Au-delà de la gestion des déchets, l’enjeu environnemental est central. En effet, le recyclage du papier permet d’économiser eau, énergie fossile et bois, notamment importé d’Amérique du Sud où les forêts sont dépouillées. Selon l’ADEME, le recyclage du papier évite chaque année 390 000 tonnes de CO₂, soit l’équivalent des émissions de 200 000 voitures.

Les balles de papier, de carton ou de polystyrène traitées sur le site de Paulhan sont envoyées en Espagne, près de Barcelone. Là où se trouvent les papeteries et les cartonneries les plus proches. Une logique de proximité qui vise à réduire l’empreinte carbone des transports et les coûts logistiques.

« Les dernières entreprises françaises de ce secteur d’activité se trouvent du côté de Strasbourg, du Nord-Pas de Calais, ou plus au sud entre Vienne et Valence. Donc pas plus près que le nord de Barcelone », explique le chef d’entreprise. Car son objectif est de privilégier les circuits les plus courts possibles. « Mais je ne maîtrise pas la suite. C’est-à-dire à qui est revendu, ce qui sort des usines qui récupèrent mes balles ».

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Accompagner les professionnels dans l’optimisation de leurs déchets

Protéger les forêts et limiter l’extraction des ressources premières. © P. Guipponi

Le polystyrène recyclé sert ensuite à fabriquer des matériaux isolants, des bardages ou certains mobiliers. Quant au matériel informatique que se charge aussi de collecter La Feuille d’Érable à la demande, il est massifié puis envoyé en centre spécialisé pour démantèlement et récupération des métaux précieux.

La Feuille d’Érable encourage aussi le réemploi, notamment pour le mobilier, le métal ou le bois. Réduire l’enfouissement, limiter l’extraction de matières premières, soutenir l’économie locale : les bénéfices sont nombreux. « Recycler ces matériaux nous permet de récupérer des métaux précieux, voire des plastiques. Cela contribue ainsi à réduire notre dépendance aux matières premières », rappelle Jean-Pierre Guilbert.

Le bois collecté peut être se revaloriser en panneaux, broyats, granulés… Ou retrouver un usage d’occasion. Quant au métal, entièrement recyclable à l’infini, il est réintroduit dans l’industrie sans perte de qualité. La structure accompagne également les professionnels dans l’optimisation de leurs gisements de déchets. Elle les conseille alors sur le tri, le réemploi et les bonnes pratiques environnementales. Un rôle toujours plus essentiel à l’heure où les réglementations se renforcent. ♦