SantéSociété
Le chien, un assistant de vie au quotidien
[bestiaire] Les bénéfices de la compagnie du chien sur la santé humaine sont nombreux, comme la diminution du stress ou l’accroissement du bonheur. Il est pour certains bien plus : un assistant au quotidien. Depuis quelques années, cet animal domestique est également un acteur incontournable dans certains hôpitaux et tribunaux.
C’est un dispositif inédit. Une dizaine de chiens d’assistance judiciaire (CAJ) se relayant par deux dans la salle d’audience au procès de l’affaire Le Scouarnec à Vannes, en Bretagne. La mission de ces animaux envoyés par Handi’Chiens : soutenir les victimes. Cette association, qui éduque des chiens d’assistance dans quatre centres en France, a formé son premier chien judiciaire en 2019. Un temps plein pour le tribunal de Cahors, à la demande de l’ancien procureur et du président de France Victime 46. Ce labrador noir, baptisé LOL, dont la mission est d’épauler les victimes à tous les stades de la procédure, a depuis fait des petits dans d’autres villes en France. Le dernier en date est Suki, affecté à la cour d’appel à Orléans depuis avril 2024. Les tribunaux de Paris auront bientôt à disposition 18 chiens.
Il sécurise et apaise les victimes

Sa présence est loin d’être un gadget. Ce mammifère, qui a une forte capacité à tisser des liens affectifs et à aider l’humain, sécurise et apaise les victimes. Les aide à aborder plus sereinement les faits, à gérer stress et anxiété. Enfin, à mettre des mots sur leurs traumatismes. Les chiens dits ‘’d’utilité’’ (bonus) se développent également dans les services hospitaliers. « Les professionnels de la santé se rendent de plus en plus compte des bienfaits de l’animal sur les patients. Cette croissance va de pair avec celle de la médiation animale », décrypte au téléphone Ulrich Deniau, responsable du centre Handi’Chiens Val de Loire.
L’association a notamment placé un chien d’Assistance d’Accompagnement Social dans le service des soins palliatifs de l’hôpital de Blois.
Il détend les patients, offre soutien et réconfort

À Paris, l’Institut Curie accueille en son sein Snoopy, un Setter anglais, pour accompagner les soignants et les patients. Ses missions ? Détendre les patients en salle d’attente ou en consultation, en particulier ceux qui ont du mal à communiquer. Et rendre visite à un malade une demi-heure avant un soin très anxiogène. « En salle de pause, sa présence permet d’alléger la charge émotionnelle du personnel soignant et de leur apporter une respiration apaisante dans leur quotidien », indique l’hôpital sur son site. Le chien est ici un auxiliaire de santé à part entière. Comme en EHPAD où sa présence diminue souvent le sentiment de solitude et d’isolement ressenti par les personnes âgées. Grâce à des interactions régulières, comme le brossage, il favorise leur éveil émotionnel et cognitif, améliorant ainsi motricité, mémoire et humeur.
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Une formation adaptée

Pour devenir chiens d’assistance, ces compagnons reçoivent une formation adaptée. L’association Handi’Chiens éduque ainsi 300 chiots à l’année. Principalement des golden et des labradors. Il faut en effet des gabarits pas trop gros pour qu’ils soient acceptés facilement dans les endroits accueillant du public (restaurants, magasins, etc.). Ni trop petits pour qu’ils puissent allumer les lumières ou ouvrir une porte. Pas trop volumineux pour rester discrets dans les ascenseurs et transports publics. Il faut également des chiens très gourmands, car la méthode d’éducation de l’association passe par « le renforcement positif à la nourriture », précise Ulrich Deniau qui essaie d’autres races comme le caniche royal dont la qualité est de ne pas perdre ses poils (voir témoignage). « Les bergers allemands sont aussi de super chiens, mais ils restent des chiens de garde dans l’imaginaire collectif ».
Sept profils de chiens d’assistance

Chez Handi’Chiens, les animaux résident de deux à dix-huit mois en famille d’accueil, puis sont formés jusqu’à deux ans dans l’un des quatre centres. Après un mois d’observations et de tests, et en fonction des dossiers en attente (trois ans), les éducateurs choisissent le futur profil du canidé parmi les sept de l’association. Outre ceux déjà cités au-dessus, elle éduque également des chiens dans le domaine de l’épilepsie, de la réussite scolaire, d’Assistance pour les personnes à mobilité réduite. Ainsi que ‘’d’éveil’’ pour les enfants en situation de handicap mental (troubles autistiques, trisomie 21, etc.), leur permettant de les stimuler et les éveiller, tout en apaisant leurs angoisses.
« Avant je détestais l’école. Maintenant, puisque Pesto est là, j’aime l’école. Il me rassure, je me concentre mieux ». Lancelot, 8 ans
Meilleure autonomie et intégrations sociale
Un Handi’Chien offre à son bénéficiaire, enfant ou adulte, une meilleure autonomie et une plus grande liberté grâce à sa capacité à répondre à plus de 50 ‘’commandes’’ (voir témoignage). Et facilite également indiscutablement leur insertion sociale. En effet, les personnes ne regardent plus la personne handicapée, mais davantage le chien. Depuis sa création en 1989, Handi’Chiens, qui repose sur des dons, a remis gratuitement plus de 3000 animaux à des enfants et des adultes en situation de handicap et/ou de vulnérabilité. ♦
L’histoire de Plume, première chienne d’accompagnement social en bibliothèque

Christine Minot, sa référente-bibliothécaire : « Plume est employée de la bibliothèque Abbé-Grégoire, à Blois, depuis 2022. Elle a un contrat de travail, des horaires précis et un salaire en croquettes ! Sa mission ? Donner envie aux habitants de venir et d’amener l’enfant à la lecture. Et ça marche ! L’atelier tout public ‘’Je lis avec Plume’’ a explosé. De 12 personnes au début, il est passé à 92 la dernière fois ! J’organise le même atelier, en plus petit comité, avec des enfants en situation de handicap d’instituts médico-éducatifs (IME), ou de classes ULIS, et aussi de quartiers défavorisés accompagnés dans le cadre du Projet de réussite éducative (PRE).
Deux fois plus de lecteurs

Plume diminue les troubles du comportement, apaise et stimule. Je me souviens de cet enfant très agité à qui j’ai fini par confier Plume. Vingt minutes plus tard, je l’ai retrouvé lui lisant un livre. Je travaille avec d’autres structures, notamment avec un foyer pour mamans ados, qui ont assisté à un atelier avec leur bébé. Beaucoup n’avaient jamais mis les pieds dans une bibliothèque, certaines sont revenues seules à une séance tout public.
Je propose également un atelier hebdomadaire ‘’Lecture au chien’’. Pendant six semaines, un enfant en difficulté de lecture emmène Plume à l’abri du regard et il lui lit un livre pendant 10 minutes. Le chien ne jugeant pas, n’interrompant pas, ne relevant pas les fautes, lui donne confiance et l’aide à progresser. Plume travaille entre 12 et 14 heures par semaine. Le reste du temps, elle se repose dans mon bureau, et le soir et le week-end, vit chez moi. En 2023, nous avons eu 1652 usagers aux ateliers avec Plume. Deux fois plus qu’en 2022 ».
Jagger, chien d’assistance de Nathalie qui souffre d’une maladie invalidante

Nathalie Andréo : « Jagger est mon compagnon de vie. À part les aides à domicile, on est que tous les deux. Je souffre d’une maladie neurologique dégénérative. J’ai notamment des vertiges et du mal à coordonner mes mouvements. Jagger me suit partout pour voir si j’ai besoin d’aide ou si je ne vais pas tomber. Il ramasse les objets qui m’échappent, m’aide à défaire mes chaussettes, ouvre les placards, va chercher le camembert dans le frigo et le pose sur la table. Exactement à ma place ! Au supermarché, il me prend les produits dont j’ai besoin en bas du rayon et tend mon porte-monnaie à la caissière. Pareil chez la boulangère, sauf qu’elle fait le tour du comptoir pour me donner la baguette, sinon Jagger mangerait tout ! Il est avec moi depuis 2017.
Un stage pour apprendre les 52 ‘’commandes’’

J’ai connu Handi’Chiens grâce à un flyer chez mon kiné. Ma fille et mon fils quittaient la maison cette année-là, ils m’ont incitée à prendre un chien d’assistance. Quand je suis arrivée dans le centre à côté de chez moi, à Vineuil, cinq Golden et un Labrador patientaient. J’ai fait un tour en fauteuil avec chacun. Le seul qui m’ait regardée, c’est lui, Jagger. J’ai eu le coup de foudre.
Pendant 15 jours, j’ai fait un stage pour apprendre les 52 ‘’commandes’’ qu’il avait déjà apprises : ‘’demi-tour’’, ‘’recule’ ’ ‘’tugg’’ pour ouvrir la porte, ‘’hop’’ pour monter sur les genoux, ‘’fais tes besoins’’, ‘’tête’’ pour lui mettre son collier, etc. Je continue à le faire travailler, car ma maladie ne va pas en s’arrangeant. À la fin de l’année, Jagger aura 10 ans, il sera à la retraite. Ça signifie qu’il n’aura plus le droit de me suivre au cinéma, au restaurant ou au supermarché. Il deviendra chien domestique et non plus d’assistance. Pas question d’en prendre un nouveau. Jagger restera avec moi jusqu’au bout. Mes commerçants sont d’accord pour continuer à l’accueillir ». ♦
*Cet article a été initialement publié le 14 mars 2025
Bonus
# Les chiens dits ‘’d’utilité’’ sont dans la police et les douanes, présents sur les lieux de catastrophe et d’avalanches, secouristes en mer, vigiles dans des sociétés de surveillance, guides pour aveugles et assistant d’accompagnement social. Les chiens, par la qualité de leur service, placent la France parmi les premiers rangs mondiaux en matière de cynotechnie.
# Pour les résidents en Ehpad et les personnes hébergées en établissement médical, la loi « Bien vieillir » d’avril 2024 garantit, entre autres, le droit d’accueillir un animal de compagnie.
# Sur les 300 chiots à l’éducation chaque année, Handi’Chiens en remet gratuitement 120 au niveau national (40% sont réformés et deviennent des chiens de compagnie, les autres redoublent six mois de plus pour être prêts). Un chien coûte 17 500 euros à l’association, le bénéficiaire paye uniquement les quinze jours de stage obligatoire dans le centre. Handi’Chiens ouvre son cinquième centre au Cannet-des-Maures courant 2026, mais développe déjà son réseau de familles d’accueil.
# Financements : particuliers, entreprises et État (2%).